‹ Le salon de 1896Chapitre 19 sur 64 · MME SARAH BERNHARDT · texte numérisé non relu

MME SARAH BERNHARDT

RÔLE DE GISMONDA

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LA PEINTURE

toque et en toge, par une fine étude de lumière. Il a fait poser dans son atelier le modèle derrière une toile bise, que le soleil illumine et traverse de reflets d’un rose doux. Projetés sur la face jeune et blonde, ces reflets en avivent la fraîcheur et en diversifient le modelé par un délicieux effet de contre-jour.

Mêmes recherches heureuses dans un aimable portrait de jeune fille, que l’artiste a représentée dans un parc et détachée, sans

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lui rien enlever de sa finesse, sur un fond clair et gai de verdures ensoleillées.

M. Calbet, dans un portrait de jeune femme brune en robe paille ; M. Braut, dans un simple profil féminin ; Mademoiselle Jenny Fontaine, dans un beau portrait de dame âgée ; M. H.-L. Lévy, dans un solide et frais portrait de jeune fille ; M. Léon Félix, dans une silhouette très fouillée de femme en noir ; M. Aviat, dans une Jeune Fille à la mandoline ; M. Charlet, dans un portrait d'Henri Rochefort assis à sa table de travail ; M. Bellery-Desfontaines, dans

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une réunion de portraits bien enlevés , témoignent de tempéraments très divers, mais leur effort à tous est remarquable et mérite de sérieux éloges.

Le portrait décoratif est représenté sans accent bien spécial par MM. Gervais, Schommer, Franzini. Le premier, dans des tonalités claires, a représenté, sur un fond de tapisserie, une jeune femme d’une distinction sobre et d’une beauté fine, entourée de deux charmants garçonnets. L'intérieur de salon où le peintre a réuni ses modèles leur tait un cadre élégant, point criard ; l’arrangement des personnages est d’un naturel heureusement étudié; on souhaiterait, par contre, plus de vigueur dans le rendu des figures, plus de caractère et plus d'expression dans les têtes. M. Schommer aime le chatoiement des soieries ; il a le sens des somptuosités étoffées, mais il n’a guère que ce souci ; — c’est trop peu. M. Franzini, enfin ne mériterait que des éloges, dans son portrait de femme, si les cheveux roux ébouriffés de son modèle ne semblaient tissés dans la tapisserie sur laquelle le visage se détache, dans laquelle, pour mieux dire, il s’incruste.

M. Marcel Baschet, continuant avec le même bonheur une série où chaque œuvre a été pour lui un succès, nous donne du président de la Chambre, M. Brisson, une physionomie noble et vraie, que le détail inutile ne gâte pas. M. Louis Chalon, dont le portrait de M. Mesureur, ancien ministre du commerce, tire l’œil à l'excès, ne s’est pas assez préoccupé, dans cette ronflante effigie, de subordonner au principal l'accessoire.

On a paru surpris, dans le public, du portrait en pied de jeune femme, en robe violacée, exposé par M. Henri Martin. On ne s’est pas assez rendu compte que si la raideur voulue de la pose, la prétention avec laquelle le modèle tient en main la fleur emblématique de chardon, chère à la littérature décadente et aux esthètes londoniens, prêtent à rire, le morceau en lui-même est charmant dans sa grâce apprêtée, mystérieuse. Ajoutons que dans ce portrait, plus encore que dans ses peintures décoratives, l'artiste a corrigé la bizarre facture par laquelle il s'est, depuis dix ans, signalé. Ce

CHOCARNE -MOREAU

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