LE MARIAGE DE BLANCHETTE
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LA PEINTURE
retour à la raison fera plaisir à tous ceux qui estiment son talent sans goûter ses intempérances.
N'oublions pas non plus les minuscules effigies que M. Axilette peint toujours avec une précision piquante, un peu sèche. On regardera sans plaisir, mais avec un réel intérêt, la silhouette retracée par lui, comme à l’emporte-pièce, du romancier Paul Hervieu. M. Marcel Baschet, M. Henri Guédy ont été aussi précis, mais moins secs, dans leurs portraits de M. Henri Lavedan et du peintre Albert Maignan.
Le petit portrait de femme en robe rouge, exposé par M. Hébert, est d’un beau ragoût de coloriste, et M. Lemeunier a composé avec un goût réel les portraits de M. Félix Faure , en chef de bataillon des mobiles de la Seine- Inférieure , en 1870, et de M. Edouard Détaillé en sous lieutenant de réserve au 20e bataillon de chasseurs à pied, en 1880. Le fond de comparses sur lequel s'enlève la silhouette de M. Félix Faure est animé, grouillant, gentiment épisodique; le fond d'arbres auquel M. Fdouard Détaillé s'adosse est d'une invention ingénieuse et d'une jolie note de couleur. Ces petits portraits sans emphase sont charmants.
Les étrangers dont l’art, au Champ de Mars, est si personnel et si supérieur au nôtre dans le portrait, ne mériteraient pas, sans l'appoint des portraitistes anglais, une mention bien sérieuse. L'Amérique se recommande d'un portrait de femme où M. Seymour Thomas combine les blancs et les gris en virtuose, et d'une étude de M. Louis Lœb. L’Autriche-Hongrie a pour elle quelques morceaux honorables. L'Angleterre n’est représentée que par trois œuvres, mais par des œuvres maîtresses, et d’une valeur capitale. Saluons avec respect ces trois œuvres.
Sur un fond de tenture chamois, un petit vieillard sec et trapu, aux joues proprettes et rasées, au teint de brique. En habit de cheval — bottes à retroussis, culotte de panne et frac noir, — il est campé avec une décision tranquille sur des jambes dont l’àge n'a point détruit le nerf. Sous le bras gauche il a passé son fouet de chasse et sur la main gauche, qui tient le haut de forme et les gants, il
appuie et cale vigoureusement la main droite. On sent là une de ces natures résistantes qui ont dépensé leur trop-plein de vigueur dans les armes et que l'habitude des exercices violents, de la vie active au grand air, entretient jusqu’aux derniers confins de la vieillesse dans une virile énergie. C'est le Colonel Anstrulher -Thomson, peint par M. Lorimer. Jamais l'art anglais n’a produit, dans le portrait de faibles dimensions, morceau plus mâle d’accent et d’une gamme de tons foncés plus heureuse.
M. Orchardson a plus de réputation encore, outre-Manche, que M. Lorimer, et une réputation méritée. 11 a toujours cultivé, de compagnie, le genre et le portrait. Il a produit, dans l’un et dans l’autre, des œuvres d’un haut intérêt. On voyait de lui, l'an dernier, aux Champs-Elysées, une Réception che\ Madame Récamier qui a été fort goûtée, un portrait d’homme dont le succès n'a pas été moindre. Il se représente à nous, cette année, avec une scène de genre, le Jeune Duc , et un second portrait d’homme. Ne nous occupons, pour l’instant, que du portrait. La disposition en est aisée, pittoresque. Assis à sa table de travail, que surchargent des papiers, des livres, des brochures, le modèle, vu de profil, regarde distraitement devant lui. Une réflexion intérieure l’absorbe et sa lèvre en est égayée d’un sourire. Impossible de rien rêver, comme pose, de plus simple. L’attitude est abandonnée sans excès ; la bonhomie n'exclut ni la dignité ni la tenue. Le type, d’autre part, est fouillé avec une perspicacité qu'indiquent mille détails, tous caractéristiques, jamais par trop appuyés. C’est le modèle du portrait familial dans des milieux de culture supérieure, et l’aspect souvent creux de la facture, la monotonie de la couleur, où les bruns clairs et les jaunes filasse dominent, n’affaiblissent pas, à tout prendre, l’impression que le morceau, dans son ensemble, nous donne. On fait de meilleure peinture chez nous, on n’en fait pas de plus pénétrante.
J’ai gardé pour la fin la grande toile dans laquelle M. Herkomer a fait revivre avec une étrange puissance, une sereine et forte harmonie, le portrait corporatif d’autrefois. Né en 1849 dans un petit