MAREE MONTANTE
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LA PEINTURE
village de Bavière, voisin de la ville de Landsberg, amené en Angleterre à huit ans, il est Anglais par son éducation, par sa vie tout entière, par son art, mais il a gardé pour son pays d’origine une tendresse qu’il traduit par des marques touchantes et incessamment
renouvelées d’affection. La dernière qu’il lui ait offerte est cette toile où il a représenté le maire de Landsberg entouré , dans la salle des délibérations, de son conseil.
C'est une vaste salle percée sur l'extérieur de trois fenêtres. Celle de droite et celle de gauche, grandes ouvertes, laissent voir un décor charmant de place publique, avec une fontaine qu’une statue de la Vierge surmonte, avec de vieilles maisons à l’allemande aux pignons dentelés ou encadrés de rampants à courbes molles. Une jolie lumière grise, une atmosphère ouatée baignent les fonds et les mettent à la distance voulue, leur donnent la sensation indispensable du lointain.
La fenêtre du milieu est masquée par un rideau bleu foncé dont le jour extérieur adoucit, très doucement, la note crue. Sur une étagère transversale qui barre l’embrasure, un buste, patiné de tons chauds, du prince-régent. Tournant le dos à la fenêtre, un secrétaire assis à une longue table et le maire, debout, revêtu de son costume des grands jours, culotte courte et frac de velours noir, au col une chaîne d’argent.
Appuyé des deux mains à la table, le bourgmestre, éclairé par la lumière frisante, tient un discours, évidemment, au conseil, et les dix conseillers, assis de chaque côté, cinq par cinq, dans de hautes stalles en bois de chêne, l’écoutent dans des attitudes recueillies et variées.
Allemand de naissance, Anglais d'adoption, l'artiste, à ce double titre, se devait à lui-même de ne pas négliger le détail. Il l'a traité, en homme habile et qui sait, avec le plus grand soin, mais avec une sage réserve. Ni les piles de livres à tranches rouges qui garnissent les coins, ni le paquet poli et lustré sur lequel dansent les reflets de lumière, ni le buste doré du régent n'accaparent l’attention au détriment des têtes, admirablement étudiées, modelées avec décision en pleine pâte, et d'une vie intense. Les clartés douces répandues dans la salle caressent les objets et les êtres avec une égale justesse, et l'adresse avec laquelle elles sont réparties témoigne d'une sensibilité d'œil toute spéciale. En un mot, c’est la composition la mieux équilibrée, la plus saine, l'effet le plus délicat de lumière, le morceau de peinture le plus ferme. La religion du pays natal, en inspirant l'artiste, a exalté ses moyens d'expression à un point qu’il n'avait pas encore atteint jusqu'ici. D’un sujet banal en soi-même il a fait plus qu'un bon tableau, une grande œuvre.