‹ Le salon de 1896Chapitre 23 sur 64 · VENDEUSE DE CIERGES DANS UNE EGLISE GRECQUE · texte numérisé non relu

VENDEUSE DE CIERGES DANS UNE EGLISE GRECQUE

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LA PEINTURE

que soit l'atelier d’où ils sortent. Il s’affirme avec la même énergie chez les élèves de M. Benjamin-Constant ou Corrnon, Jules Lefebvre ou Gérôme, que chez ceux de M. Gustave Moreau, et le petit portrait de M. Mounet-Sully dans le rôle de l’Arétin, par M. Albert Laurens, n'est pas moins explicite à ce sujet que la tête de femme, et la bonne vieille assise au coin de son feu, de M. Fernand Sabatté.

Les élèves de iVL Gustave Moreau se distinguent néanmoins de tous les autres par leur prédilection pour les noirs. Ils en font jouer toute la gamme avec plus d'obstination souvent que de bonheur, et la plupart de leurs tableaux semblent peints moins dans un atelier que dans une cave. Le Christ mort , pleuré par les saintes femmes , de M. Rouault, est inquiétant à ce point de vue et, tout en rendant hommage à la composition, qui ne manque pas de pittoresque, au sentiment, qui est vraiment ému, on ne peut s'empêcher de regretter qu'il y manque et le sens des valeurs et le souci, même le plus léger, de l’atmosphère.

Il y a plaisir à revenir, de ces notes opaques et lourdes, aux petites scènes intimes, encadrées dans de clairs intérieurs, de MM. Paul Thomas, Dantan, Bréauté, aux Derniers rayons , de M. Alfred de Richemont ; à Y Asile du Saint-Esprit à Lubeck , de M. Simonson, et à trois toiles enfin qu'on classera parmi les meilleures du Salon : Le Seigneur soit avec vous, de M. Duvent ; le Pliage des étoffes dans une usine d' A Lace, de M. Zwiller, et la Récréation enfantine, de Madame Laura Miintz.

La première représente un intérieur d'église, en Bretagne, au moment de la messe. Près des piliers de la nef, sur des bancs, des Bretonnes en jupe noire, en coiffe blanche, se sont agenouillées ; des vieillards, humblement, se prosternent. Et le jour, à travers les vitraux dont il fait flamber les notes pourpres, se répand en clartés discrètes sous les voûtes, réchauffe au passage les vieilles pierres et carresse doucement les fidèles. Tous les accidents de la lumière sont reproduits avec une fidélité ingénieuse, qui ne s’embarrasse pas de 1 inutile et que le pittoresque retient seul. De là l'unité d’impres-

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sion que donne l'ensemble et cette harmonie fine et sobre qui est un repos en même temps qu'un charme pour l'œil.

M. Zwiller est un Alsacien qui ne prend qu'en Alsace ses motifs. 11 les a toujours choisis avec goût, et son patriotisme n'est responsable que de bonnes toiles. Il excelle dans les intérieurs d'école et de fabrique, où la lumière, par les baies vitrées, entre à flots.

Dans Y Atelier de pliage qu'il expose, il a repris ses effets coutumiers avec plus de dextérité encore et plus d'art. On goûtera ses frais visages d’ouvrières modelés à contre-jour avec une délicatesse si précise et le joyeux ramage de tons clairs dont les coupons d'étoffes, entassés en piles multicolores, ont fourni le prétexte.

Dans le salon familial, éclairé par une lumière indécise, deux bébés blonds et roses, en robe mauve, s'essayent à la danse. Aux sons rythmés d'un piano, les fillettes, se tenant par la main, glissent et tournent avec d'exquises maladresses sur les lames cirées du parquet. Du fond de la pièce, grand’maman suit la scène, en extase, et la jeune mère, tout en taquinant les touches du pleyel, se retourne et contemple, ravie, les danseuses, fiel est le motif que Madame Laura Müntz a traité, dans sa Recréation des bébés, avec une habileté consommée. Elle a le sens des mouvements imprécis et des grâces instinctives de l’enfance; elle les traduit avec une finesse et un tact qu’aucune prétention sentimentale ne gâte et que relèvent la couleur la plus fraîche, l'exécution la plus libre, la plus vaporeuse, la plus souple. J'avouerai, dussé-je froisser bien des gens, que je trouve des qualités bien autrement solides à ce petit tableau de vie intime qu’aux anecdotes pourtant si étudiées, si ingénieusement mises en scène, dont la peinture anglaise a gardé le fructueux monopole. Comme MM. Orchardson, Lorimer, dont le Jeune Duc et le Mariage de convenance sont les modèles du o;enre. Madame Laura Müntz est Anglaise ; mais son éducation s'est faite à Paris, à l'école des maîtres français. Nous ne voyons pas que son talent y ait perdu.

Aux morceaux que nous venons d’étudier, il en faut joindre deux du plus vif intérêt : une Ecole primaire en Bretagne et une École

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