LA PEINTURE ANECDOTIQUE
Attaquons la simple anecdote.
Elle peut être banale comme sujet, jamais elle n'est indifférente comme métier sous la main, étonnamment experte et prodigieusement souple, de M. Tito Lessi. Certes, il n'y a pas d'intérêt bien poignant dans son GH Blas che\ l archevêque de Grenade ou dans son Jardin de couvent , mais quel délicieux intérieur que celui de l'archevêque et quelle sérénité dans cette allée en terrasse où des dominicaines, par un après-midi d'été, goûtent les douceurs d’un farniente déguisé sous les allures du travail !
Ah 1 le joli salon que celui de l'archevêque, avec sa table massive somptueusement vêtue de velours rouge à grands rinceaux de galon d'or ! Quelle chaude et pourtant discrète harmonie entre le rouge du tapis et celui du camail, entre ces mêmes rouges et la note verte qui domine dans les tapisseries des murailles ! Et la scène elle-même, combien fine, avec l'allure obséquieuse du licencié, l'allure doucement ironique du secrétaire et l'air rogne du prince de l'Eglise ? A ce joli tableautin il est évidemment permis de préférer l'intérieur de bibliophile où l’artiste s’est complu l'an passé, où il a mis en relief, avec une véritable largeur, tous ses dons, où il animait d'une vie si intense le dos maroquiné des vieux livres et la noble élégance des plus belles boiseries Louis XV qui aient jamais existé. Mais de ce qu'il a été plus parfait dans le tableau d'hier, ne chicanons pas le peintre sur le tableau d'aujourd’hui. Son ingéniosité, sa dextérité de main, sa finesse, n'y sont pas inférieures, et le chatoiement de la couleur y est pareil.
H. LAISSEMENT