LA PEINTURE MILITAIRE
La peinture militaire a relativement peu donné cette année. L’anecdote l'envahit : elle suit le goût public; elle se désintéresse des notes héroïques, qui détonnent, d'ailleurs, dans les salons bourgeois, pour chercher exclusivement la note drôle. Aussi ne trouvet-on au Salon qu'un seul tableau militaire d’où une émotion réelle se dégage : c’est cette grande toile des Aigles où M. Rouffet a symbolisé avec une vraie noblesse le lamentable spectacle d’une armée mise en déroute par le froid. Il subsiste encore une parcelle de cette patriotique émotion dans la composition où M. Chelminsky a montré l’Etat-major de Joseph traversant sous la neige le défilé de Guadarrama , en Espagne. M. Benoît-Lévy, dans sa Défense de Rambervillers , met aux prises, avec de remarquables dons de vie, une colonne prussienne et quelques francs-tireurs. Les hussards et les lanciers polonais, défilant, dans un indescriptible accès d’enthou-
LA PEINTURE
siasme, devant le Petit Caporal, en 1 8 1 3 , après la mémorable charge de Hanau, ne manquent pas d’allure. Un étranger, dont le nom nous
était inconnu, M. Charlton, a retracé, avec une poignante vigueur, cette belle page de la Débâcle où le romancier, au lendemain du désastre, nous montre dévalant sur le champ de la bataille et chargeant avec furie les blessés, passant ventre à terre sur les morts , la troupe des chevaux affolés dont les cavaliers, au cours de la lutte, ont péri.
Dans le genre épisodique familier, M. Orange s'inscrit en un bon rang avec son Narghilé. C’est pendant la campagne d'Egypte. Gravement accroupi sur ses jambes repliées, un beau nègre tire d’un magnifique narghilé d’odorantes bouffées de vapeur qui attirent l’attention d'un houzard. Saisissant le tuyau souple, il en introduit entre ses dents le bout d'ambre, au grand scandale du moricaud qui proteste. La scène est finement peinte, avec un soupçon de sécheresse trop sensible.
M. Chaperon , qui expose un excellent petit portrait d’officier
supérieur, s’est diverti à nous montrer, Pendant la halte , un troupier qui s'assure, en lui offrant sa gourde, la bienveillance d'un sergent. M. Berne-Bellecour a casé Che\ l'habitant un autre troupier qui se dévoue aussitôt à préparer du petit fagot pour la bonne. On goûtera, de M. Petit-Gérard, dont les progrès, chaque année, s'accentuent, les deux épisodes de grandes manœuvres, La Rencontre et Batterie de siège.