MANON LESCAUT
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LA SCULPTURE
a modelé. Il y a dans la première un ressouvenir des inventions poétiques de Prud’hon, et comme une transposition, en sculpture, de sa grâce vaporeuse et molle. La nouveauté des attitudes et l’ingéniosité de 1 arrangement ne frappent pas moins, dans le groupe de M. Boucher, que la pureté exquise du sentiment.
Dans le genre décoratif, une Vénus lutinant l’Amour, de M. Clausade, et un vase en marbre, de M. Massoulle, ne sont pas des morceaux négligeables. Le mouvement de la Vénus est heureux ; il met en relief habilement, des formes jeunes et passionnément étudiées que relève, à la mode du dix-huitième siècle, une pointe de légèreté souriante. Les figures féminines dont M. Massoulle a orné la panse de son vase décrivent des courbes gracieuses ; elles ne rompent pas la ligne, elles l’accentuent, et l’harmonie de l'ensemble est charmante.
Mais pour cette douzaine d'œuvres hors de pair, combien de morceaux vides de sens ! Peut-être, à bien regarder, trouverons-nous quelques idées ingénieuses agréablement mises en forme : la stèle tombale de Chaplin, par M. Denys Puech, la Desbordes -Vahnore de M. Houssin, le Semeur de M. Richer, le Grisou de M. Greber,
Y Amour maternel de M. Laporte. Joignons-y, dans la foule banale des bustes, quelques physionomies pleines d’accent, le Brisson et
Y Ambroise Thomas de M. Bernstamm, le Président de la République de M. Hercule, le Marquis de Salisbury de M. Bruce-Joy, et nous aurons épuisé la liste des morceaux vraiment distingués du Salon.
Cette pauvreté a lieu de nous surprendre ; elle nous inspire des craintes sérieuses pour l'avenir. Nos artistes, il est vrai, restent toujours des manœuvres d’une conscience au-dessus de tout soupçon, d'un indéniable et solide savoir. Mais l'originalité, où est-elle? On réédite à perpétuité les mêmes formes, platement conventionnelles, on ne songe pas à en créer de plus neuves.
Aussi toutes les œuvres exposées, en sculpture, se ressemblentelles, ont-elles entre elles comme un air d’étroite parenté. On les croirait fabriquées de la même main : elles sont sœurs. Voilà long-
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temps déjà que cela dure, et cela durerait, sans doute, éternellement si le bon public, à la fin, ne se lassait. Le bruit court, maintenant, qu’il se lasse, et les sculpteurs, d’atelier en atelier, se le répètent. Ils opèrent toujours dans le même sens, mais une inquiétude les a secoués, et cette inquiétude se traduit par des essais chaque année plus nombreux de sculpture en couleur.
D’aucuns passent à la cire leurs marbres ; ils en jaunissent ainsi la blancheur, ils en amollissent jusqu'à la fadeur les contours, et de ce qu'ils rivalisent avec la sculpture en saindoux, ils se jugent très forts. D’autres, plus hardis, peignent le marbre comme jadis on peignait la pierre, comme on mettait le bois en couleur. Ceux-là encore font erreur. Les tons de la nature, dans le portrait, sont parfaitement admissibles ; dans la figure nue, ils répugnent. Seuls, les peuples enfants peuvent y prendre plaisir : la statue est pour eux un trompel’œil ; elle les charme d'autant plus qu’elle s’approche davantage de la réalité. Encore ont-ils restreint la couleur au bois et à la pierre.
Cette distinction judicieuse, M. Gustave Michel l'a faite quand il a mis en couleur son Aveugle portant le paralytique.
Il a pensé, non sans raison, que la pierre seule se prêtait à un essai de cette nature, et l'innovation qu’il a introduite en substituant à la peinture, qui masque la matière, la teinture qui la pénètre en laissant le grain apparent, doit être encouragée. Qui sait si nous ne verrons pas la sculpture, à la suite d'essais de ce genre, se transformer, par cela seul qu’on aura changé de matière et que, délaissant le marbre, les sculpteurs s’attaqueront plus fréquemment à la pierre.
Cette supposition, peut-être, étonnera. Elle n'a rien, pourtant, que de rationnel. Il n'est pas, pour transformer un art, de moyen plus radical que de contraindre l'artiste à modifier ou à changer sa technique. Or la technique du sculpteur n'est pas la même quand il travaille le marbre et quand il travaille le bois ou la pierre. Il y a donc des raisons sérieuses pour juger que, si nos sculpteurs s’attaquent à d'autres matières que le marbre, cette substitution, en mo-