LA PENSÉE
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LA SCULPTURE
difiant leur technique, peut transformer leur inspiration. Cela est si vrai que M. Alfred Boucher, en confiant à un céramiste le soin de reproduire en grès sa figure Diane surprise , a dû remanier presque entièrement le morceau. Il lui a prêté, par ce remaniement, de nouveaux charmes.
Nulle matière ne se prête mieux, d’ailleurs, que le grès à traduire les créations du statuaire, quelques grandes dimensions qu'elles comportent. La plasticité en est admirable, et elle se façonne, comme l'argile la plus délicate, au modelage. La faible réduction qu’elle subit au feu ne la déforme pas, et la cuisson n'altère en rien le rapport établi par l'artiste entre les proportions.
Peut-être pourtant les sculpteurs ne se seraient-ils jamais avisés d’employer un mode de traduction aussi simple si l'idée n'était venue à un céramiste hardi, M. Emile Müller, que le grès n'est pas fait seulement pour le bibelot.
Informé du mouvement qui portait vers la couleur nos statuaires, il a compris à merveille tout le profit qu'il y avait pour eux à tirer d'une matière aussi riche ; il a rêvé de la leur faire accepter, non seulement pour de menues figurines, mais pour des statues, même pour des compositions colossales. Il s'est adressé aux sculpteurs, il les a vus se rendre à ses raisons. De là, tout un peuple brillant de statues, admirablement patinées, exposées par nos meilleurs maîtres aux salons.
Outre la Diane surprise de Boucher, c’est le beau groupe rustique de Falguière, la Sortie de l'école , c’est le Bœuf et le Griffon fantastiques que Frémiet exécuta jadis pour Pierrefonds, c'est la stèle tombale de Fagel, ce sont les bustes vivants d’Escoula, les figures allégoriques d'Aubé, les puissants bas-reliefs de Meunier, les inventions précieuses de Dampt.
On n’imagine pas le bel effet produit au milieu des plâtres ou des marbres du palais de l’Industrie par la Sortie de l'école de Falguière. Cette simple figure de femme dont le visage s’incline avec un sourire si doux vers l’écolière à laquelle fait fête la petite sœur, a pris
sous les colorations chaudes du grès un accent que la statue primitive n'avait pas, et nous ne voyons pas de bronze qui eût pu tenir devant ce superbe morceau revêtu par le caprice du feu de bleus si beaux, égayés çà et là de si beaux rouges.
L'ensemble fourni par les statues et les bustes se complète par une intéressante tentative faite par M. Miiller pour reproduire, en grès également, la fameuse frise des lions rapportée par M. Dieulafoy des fouilles qu’il a faites à Suse. La reproduction est d'une fidélité scrupuleuse ; il me semble pourtant que ses couleurs traduisent la faïence du Louvre avec une âpreté qu’on ne voit pas dans l'original. Quoi qu'il en soit, la richesse des tons est d’une séduction bien puissante, et l'on regrette, après avoir arrêté son œil sur cette belle pièce décorative, que nos architectes aient si peu songé jusqu’ici à utiliser une matière dont ils pourraient tirer des effets si originaux et si neufs.
H. LEMAIRE les ûuens Mont Saint .Bernard
Adrien Moreau pinx ,