VEAUX A VENDRE
LA PEINTURE
Il faut pourtant y revenir, car M. Puvis de Chavannes n'a pas envoyé au Champ de Mars que ces cinq toiles. Il a réuni, dans le salon auquel elles s'adossent, une admirable suite de dessins, exécutés à toutes les époques de sa vie pour les grandes compositions qui décorent aujourd'hui nos musées et nos hôtels
de ville, à Marseille, \j
à Lyon, à Poitiers, à Amiens, à Paris. Vous
y verrez comment s’est formé par lui-même, à l’écart de l’enseignement officiel, loin du convenu des écoles, ce maître incomparable.
Vous le verrez, dès le début de sa carrière, s’étudier par des recherches obstinées, laborieuses, à enclore dans un coupdecrayon toutes les délicatesses ou tous les accents de la forme. Il n’en reproduira pas toujours dans le tableau l’ana-
tomie scrupuleuse,
l’utile et savante minutie, car il est décorateur avant tout. Or, la décoration, il le sait, exclut de parti pris l’inutile, sacrifie tout ce qui n’est pas essentiel. De là cette légende mise en cours par des détracteurs
acharnés ; de là l’accusation portée contre lui d’insuffisance dans
le dessin, de manque d’études. Pour en faire justice, il vous suffira de consulter cet ensemble. Vous n’y reconnaîtrez, il est vrai, aucune
des adresses coutumières aux familiers de nos écoles. Le dessin de M. Puvis de Chavannes est sévère et les habiletés faciles font horreur à son expressif et robuste crayon. Les formes, suivant lui, ne sont faites que pour traduire et mettre en évidence des sentiments, des passions, des idées. En même temps qu'un contour, le moindre de ses croquis a un sens. Sa grandeur est faite d'honnêteté.