LA BOXE AMERICAINE
LA PEINTURE
lignes du paysage qui les relie, dans un ensemble harmonieux que la largeur de l'exécution rend décoratif et noble au possible.
Le lendre Automne de M. Steck, tout en n'ayant pas de destination arretée, se range plutôt, par l'esprit dans lequel il est conçu, par les notes assourdies de la couleur, par ses dimensions également, dans les œuvres décoratives que dans les paysages. Il est tard dans l'aprèsmidi ; le soleil doit se mourir au loin sur l'horizon ; ses derniers rayons, sur la cime dorée des grands arbres qui entremêlent au fond d’une clairière leurs têtes rondes, répandent une paix dorée, lumineuse. La prairie déjà est dans l'ombre et des robes de femmes, çà et là, piquent sur ses verts éteints, des notes claires. Étendu au pied d'un arbre, un jeune homme se tourne d'un air ravi vers sa femme qui, de son côté, lui sourit, et vers la fillette qu’elle tient par la main. C'est tout un poème de sérénité confiante et de joie douce, en harmonie parfaite avec le paysage, et traduit, dans l'expression du sentiment, avec autant de délicatesse que de mesure. Même délicatesse, même mesure dans la gamme, à la fois riche et discrète, des tons. Les verts sombres, les verts dorés, les verts tendres s'y fondent avec les roses, les lilas, les jaunes clairs, dans un effet général plein de moelleux. La réussite est unique en son genre.
On l'appréciera d’autant plus qu’on aura vu les essais de toute nature présentés au même Salon par des peintres pour la plupart pleins de talent, mais dont aucun n'a l’air de se douter que le genre décoratif a ses règles et que ces règles, il est dangereux de s'y soustraire. On s'imagine que pour un panneau de tenture et un tableau les mêmes procédés de composition peuvent servir, qu’il n’est même pas besoin, dans le premier, de savoir composer.
On y transporte, vaille que vaille, un motif dont l'illustration tout au plus se contenterait : dans un décor de théâtre où se creuse un bassin de marbre, où l'eau jette son obligatoire variété, on place au hasard quelques nus dont le groupement ne cherche à signifier quoi que ce soit et ne signifie rien, en effet. Les formes, d'où l'on exclut tout accent, restent veules, et les paysages, non étudiés, manquent
de lignes. La couleur, à laquelle aucune recherche ne préside, est monotone et froide comme le reste. C'est de l'art décoratif, à ce qu'on croit : c'est un mauvais tableau, simplement.
L'erreur de M. Gorguet est celle-là. Loin d’évoquer Paphos, sa grande toile nous produit l'effet d'un pensum, courageusement accepté, inutile.
On s'intéressera davantage à la vaste composition destinée par M. Lévy à l’Hôtel de Ville de Lyon. Sous un portique semi-circulaire soutenu par un double rang de colonnes qui laissent entrevoir, dans le lointain, les églises et les tours de la ville, la Bourgogne , personnifiée par une petite femme élégante de formes, et banale, reçoit l’hommage des grands hommes que son sol fertile a produits et que le peintre, autour d’elle, a plantés par groupes sympathiques.
Ici, Bossuet avec les gens du grand siècle. Ailleurs, de Brosses et les libres esprits de son temps. Plus loin, les Carnot, Lamartine.
Devant l'allégorique Bourgogne, trois jeunes femmes, vêtues de draperies claires, et qui doivent, selon toute apparence, figurer les départements sortis d’elle, semblent gênées au milieu de ce beau monde. Un Génie, dont rien ne motive la présence, sauf peut-être un vide à combler, contemple la scène avec un attendrissement sans limites. Il est de trop, les jeunes personnes également, mais l’œuvre, dans son ensemble, a de la tenue ; l’arrangement, avec son mélange d’architecture et de paysage, est heureux; les fonds sont fins, étudiés, avec des colorations pleines de charme ; les personnages, campés dans des poses naturelles, se reconnaissent et s’identifient aisément. D’un sujet qui n’avait rien d’entraînant l’artiste a tiré ce qu'il pouvait. Il s'est acquitté à son honneur de la besogne; on n'a que des éloges, en somme, à lui faire.
Le cas de M. Béroud n’est pas le même. Pour un riche Américain, il a peint, dans un vaste panneau qu’il croit décoratif, la Beauté , reine des rois. Il l’a fait avec un tact sans pareil. Comme il lui était arrivé, l'an dernier, d’emprunter le décor du Sénat pour y placer, au lieu de la tribune, une nudité criarde, il a pris pour cadre, cette fois,