TEMPLE A YOKOHAMA
Tfe« Ub
th«
Untv«r*lty ^
LA PEINTURE
enfin, de M. Desboutin, un Willette en costume de pierrot; de M. Dinet un joli portrait de jeune femme; de M. René Ménard un mélancolique portrait de son confrère M. Lucien Simon, un expressif et robuste profil de son autre confrère M. Charles Cottet ; de M. Besnard une silhouette curieusement cherchée de jeune fille; de M. Aman- Jean un harmonieux portrait de jeune femme encadré dans un paysage rêveur qui lui fait un fond délicieux.
M. Blanche a du savoir et de l’acquis, mais les maîtres anglais du dix-huitième siècle et du commencement de celui-ci le tourmentent. La hantise qu’ils exercent sur lui se traduit, dans chacun de ses portraits, par une quantité de ressouvenirs qui, loin d'ajouter au mérite de son œuvre, la déparent. C'est le sort de son portrait de la famille Thaulow. Il a représenté le paysagiste norvégien en plein air, assis à son chevalet. Autour du géant blond, ses enfants, sa jeune femme ont groupé leurs frais visages roses et leurs physionomies souriantes en un groupe délicieusement sympathique. Mais pourquoi sur ces gens paisibles et simples, bien portants, pleins d'embonpoint, heureux de vivre, l’artiste fait-il planer un escadron de nuées menaçantes, d’un noir d'encre? Uniquement parce que Gainsborough et Reynolds en ont jadis fait autant. Passe encore quand le personnage est tragique ; mais pour de bons bourgeois, Monsieur Blanche , à quoi bon ?
Les paysagistes sont légion. C'est Cazin, dont la verte vieillesse a gardé toute la délicatesse, tout le charme profond et prenant de son âge mûr ; c’est Bil lotte , consciencieux et fin historien de nos banlieues ; c'est l'impressionniste Sisley, dont l'église de Moret sous le ciel gris et sous les clartés du soleil n’est inférieure à aucune de ses productions antérieures ; c'est Raffaëlli, qui n'a pas le sens des valeurs, n’est pas peintre et fait fi de la perspective, mais dont la vision d'art est subtile ; c’est Gustave Colin, qui est peintre et dont les solides marines, dans la monotonie de leurs notes grises, sont superbes ; c’est Besnard, dont le Lac d'Annecy , avec les verts profonds de ses rivages, est d'une étrange et puissante saveur, dont les
Baigneuses, sous 1 eau qui retombe sur elles en cascade, sont d'une habileté qui tient du prestige.
Al. Stengelin a traduit avec beaucoup de justesse, et avec une simplicité qui n est pas sans grandeur, la course rapide des lames montant a 1 assaut dune plage. Sous leurs chocs répétés, les
bateaux de pêche, lentement se soulèvent. Tandis que le flot les dépasse et que ses redoutables volutes vont se perdre en écume sur la grève, ils ouvrent leur voile à la brise et se laissent emporter, avec un léger balancement, sur les vagues. Cette Marée montante est, avec les fines marines de M. Courant, avec celles de M. Charles 1ERT — Æmument de* Ærlcere' à- J-tetcenas Cûttet, SI l'ObuStCS,
ce qu'il y a de mieux,
en fait de paysages de mer, au Champ de Mars.
C'est à la Bretagne que M. Charles Cottet emprunte, depuis trois ans, ses sujets. 11 en aime l'accent tragique, l'aspect rude, la sauvage et morne âpreté. 11 rend cette âpreté, cette sauvagerie, cette rudesse, avec une incomparable largeur. Jetez les yeux sur ces coins d'Océan où de blanches voiles jalonnent avec précision les distances, sur le groupe, d'un relief étonnant, de ses loups de mer, sur la Vieille aveugle dont le dos tourmenté, la robe noire, s'enlèvent avec quelque lourdeur, mais avec tant de fermeté, sur l'eau verte , et dites-moi s’il n'y a pas dans ce jeune peintre l'étoffe
G BÏESSY