LES CONVALESCENTES RENTRANT A MURANO , VENISE
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LA PEINTURE
des engrenages, des ponts roulants, des forgeurs frappant à grands coups de marteau sur l’enclume, caractérisent la métallurgie. Le milieu de la composition reste vide.
Est-il bien nécessaire de parler du plafond qu’un peintre américain, M. Dodge, a composé pour la Bibliothèque nationale de Washington ? Il a pris pour sujet : L’ Ambition. Pour caractériser cette funeste passion qui conduit les conquérants à leur perte et les nations à l'abîme, il a utilisé le vieil et poudreux attirail que l'allégorie et la mythologie combinées mettent à la disposition des artistes. Il n’y a rien trouvé de démodé; il a exhumé pêle-mêle du magasin d’accessoires de la peinture classique, les Renommées, les Pégases, les Chars de Phaëton ; il a corsé avec quelques figures de guerriers, du style « pompier » le plus ferme, ces motifs nécessairement un peu minces; il a passé sur le tout une couleur grise et froide, et son œuvre vient un peu tard sans doute pour distraire ou pour amuser des Français.
M. Marioton a toutes les audaces. Dans un ciel léger, fin et tendre, il a dressé des terrasses de marbre et sur elles il a placé des personnages qui bavardent. Un platane s’élance de là dans l’azur et sa cime, chargée d’amours et de lanternes vénitiennes allumées, — on est en plein jour, pourtant ! — s’incline et penche sur l’abîme. A ces architectures, à cette scène, aucun contrepoids du côté opposé. M. Marioton s’était juré d’être absurde. Il a gagné son pari.
Dans un panneau rectangulaire auquel des guirlandes de fleurs forment un cadre, une figure de femme, élégamment drapée de mauve, monte sur un char de nuages en plein ciel. De ses jolies mains nonchalantes elle égrène des fleurs dans l'espace, des fleurs qui symbolisent, dans la pensée de Mademoiselle Louise Abbéma, les Parfums. Le morceau, pris en lui-même, est charmant de délicatesse et de grâce mièvre; appliqué à la décoration d'une muraille, il serait irréprochable ; encadré dans les moulures d’un plafond, il encourra le reproche de ne point suffisamment plafonner.
On adressera le même reproche à M. Blanchon pour sa Cuisine des
Anges. On lui en fera d'autres encore, et de plus graves. Quelle singulière idée de nous représenter en plein ciel un fourneau sur lequel un séraphin gâte-sauces fait sauter, avec toutes sortes de grâces ridicules, je ne sais quelle omelette d’œufs célestes. Et quelle pauvre exécution que la sienne ! quel douloureux salmis de tons rosés et jaunâtres ! Croirait-on que l'artiste eut jamais des dons de peinture ? Nous lui en avons connu jadis, et de solides. Sous quelle funeste influence se sont-ils, en dix ans, appauvris et presque évaporés? Manque de conviction et défaut de culture, en voilà, j’imagine, les raisons. M. Blanchon est un homme à la mer.