‹ Le salon de 1896Chapitre 7 sur 64 · LES GRANDS SUJETS · texte numérisé non relu

LES GRANDS SUJETS

Les grands sujets, comme de coutume, foisonnent : c’est une des misères de ce Salon. Le désir de se singulariser, d’attirer à tout prix l’attention, stimule et pousse à la déraison les artistes, au moins une fois dans leur vie. Traiter dans une toile colossale un sujet d’une fantaisie déréglée leur paraît le plus sûr moyen d’implanter leur nom dans le public et de s'imposer à l’examen de la critique. Qu’on les loue, qu’on les blâme, peu importe. — « Ereintez-moi si vous voulez, me disait aux approches du Salon un jeune peintre ; mais, je vous en supplie, parlez de moi. » Et tant que le Salon sera le Salon, tant que le palais de l'Industrie, avec ses vastes salles éclairées d’un jour cru, subsistera, cet état d’esprit sera le même.

Il y aurait sans doute un moyen d'empêcher la jeunesse de se livrer à ce labeur stérile et de couper court à cette débauche de grandes toiles. Il suffirait d’introduire dans le règlement du Salon un article, un tout petit article conçu à peu près dans ces termes : — « Toute toile dont les dimensions dépasseront un mètre cinquante dans chaque sens sera rigoureusement refusée. Seul l'artiste qui pourra justifier d’une commande de l'Etat ou d’une municipalité pour

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