‹ Le Salon de 1898Chapitre 13 sur 54 · ACCIDENT · texte numérisé non relu

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LA PEINTURE

de M. Grolleron. M. Victor Gilbert montre la sûreté de main qu’on lui sait. M. Antonin Mercié qui avait laissé la peinture depuis quelques années y revient avec une Eve d'agréable facture. L’Ex-voto , de M. Rudaux est à mettre en lumière et dans la Bourrasque , M. Paul- Albert Laurens se montre décidément un peintre du plus grand avenir. Il faut s’arrêter devant le Raccommodeur de filets , de Madame de Mei tens. Madame de Mertens a une notion tout à fait remarquable de la nature vue avec quelque chose de plus, avec la volonté d'enfermer sa vision dans une forme très personnelle.

M. Joseph Bail traite avec une véritable maestria les ustensiles de cuisine. Depuis Ribot, personne n'a mieux rendu le marmiton et ses accessoires.

Le tableau de M. Emile Troncy. L 'Equipe de traîne est d’une allure primesautière. La mise en place des hommes des bateaux est ingénieuse et le respect du vrai qui domine tout dans cette toile en font une composition des plus attachantes. Il faut remarquer le portrait de sa mère, par M. Félix, Avant la messe , de M. Brispot et le Vive l’ Empereur , de M. Boutigny.

M. Chartran est à notre avis en progrès. Je préfère son Siegfried au Léon XIII et en général aux portraits qui lui ont valu un si grand renom de l'autre côté de l'eau.

Puisque je parle de portraits, rien de plus curieux que le Portrait de M. Jules Roques , par Willette.

Il est un homme à qui j'envoie mon salut, c’est mon vieux camarade mon vieil ami Charles Monginot. Charles Monginot expose, depuis quarante ans des œuvres d’une facture puissante. Dans ses natures mortes il apporte une virtuosité incomparable et lorsqu'il traite la figure il la traite magistralement. Son exposition de cette année comprend Un mage avec des chatoiements d'étoffe d’une superbe harmonie et Une corbeille de pêches qui est des plus appétissantes.

M. Julien Dupré a une bonne toile Le labour et une autre non moins bonne la Prairie. M. Julien Dupré est un maître animalier.

M. Vuillefroy demeure fidèle à ses compositions rurales. M. Tatte-

grain nous apporte une de ces Epaves chères aux oiseaux pillards...

J'aime La Procession , de M. Duvent et les Femmes de Saint- Jean-de- Lu\ , de M. Sautai. Il faut citer encore le petit Portrait , de M. William Cot, celui plus grand de M. Paul Dubois; la Suzanne, de M. Beronneau est un excellent tableau. La nageuse , de Madame Demont-Breton est intéressante, moins cependant que les envois de Madame Frédéric Wallet. M. Beyle s'est fait un succès par le choix de son sujet, la Première communion d’une petite foraine.

Je viens de dire que j'aimais La Procession, de M. Duvent.

Je veux insister sur cette œuvre. La Commission d'achat de l'Etat a fait l'acquisition de la toile de M. Duvent et elle fait là une très bonne acquisition.

M. Duvent est un artiste soucieux de son art. Suivi depuis quelques années avec attention par un petit nombre d'amateurs. Il a aujourd’hui élargi le cercle de sa renommée. On s'arrête devant son tableau et on rend hommage aux grandes qualités de la composition, à la juste perception de lalumière, àla sûreté du dessin qui le distinguent entre tous.

Le peintre de La Procession n’a cependant rien changé à sa vision des choses. Mais c’est un sincère, un obstiné qui est parvenu par le choix de son sujet (il n’en faut pas souvent davantage) à faire percevoir à ceux qui hier passaient presque indifférents devant les douces et fraîches caresse de sa brosse ce que sa manière a de séduisant. Il n'a pu cependant éveiller encore chez des hommes qui demain ne lui marchanderont pas leur admiration, une conviction assez forte pour qu'il ait pu recueillir un nombre de voix suffisant parmi les membres du conseil supérieur des Beaux-Arts. M. Duvent avait posé sa candidature au prix du Salon. Il n’a eu que peu de suffrages. J’espère que M. Duvent ne se montrera pas ému de cet échec.

M. Sautai a eu comme M. Duvent des débuts brillants mais il a modifié sa manière. Son talent s'est fait plus robuste. Il a cherché à fixer des impressions plus serrées et il y est parvenu sans que d’ailleurs la qualité dominante de son œil qui est la recherche de la délicatesse en ait été atténuée.

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