‹ Le Salon de 1898Chapitre 19 sur 54 · APPARITION DE CLEMENCE ISAURE AUX TROUBADOURS · texte numérisé non relu

APPARITION DE CLEMENCE ISAURE AUX TROUBADOURS

Tfe Ubriry

•( tfe»

U«hr«rslty af HlInoU

LA PEINTURE

Le Baptême d'un bateau de pêche , de M. Hirschfeld, est un excellent tableau. L’effet général en est juste. Les personnages sont d’un beau caractère. La trouée de lumière du fond complète cette scène sincèrement décrite.

Pourquoi M. Petitjean dans son Village de Gudmont montre-t-il une tendance chaque jour plus grande à exagérer son martelage qui fait qu’il accroche des notes inutiles dans un ensemble largement vu.

Le soir sur le môle , à Douarnene\ , de M. Abram, esquisse sous le ciel triste un groupe bien distribué.

Les paysages Alpins, les vues de la côte d’Azur ont valu à la Société des Artistes français de nombreux tableaux devant lesquels la critique passe indifférente. Ce ne sont-là, dit-elle, que des morceaux fragmentaires. Il y manque la composition essentielle, les lignes décisives, en un mot, les éléments du tableau.

Ce n’est cependant qu'à force de traduire par fragments cette sensibilité que la vue de la nature imprime à notre œil, que l’art se retrempera et qu’il pourra arriver à l’analyse, à la condensation, pourquoi ne pas employer l’expression juste, au style. Je ne saurais trop le redire. Le peintre le plus doué de tout le Salon des Artistes français , j’entends parmi les jeunes, parmi ceux qui nous donnent les plus grandes espérances, est M. Wery. Comme on sent devant la Fille de Penmarch qu’on est en présence d’un homme qui a longuement étudié la nature et qui a écarté de son cerveau toutes les erreurs qu’y avait introduites l’éducation traditionnelle de l’école. Pense-t-on sérieusement que M. Wery soit arrivé à donner à sa main la mâle impulsion qui nous le fait admirer sans avoir tâtonné, oscillés, hésité ?

Après ce rapide compte rendu de l’exposition de la Société des Artistes français , les lecteurs du Salon me permettront de présenter quelques considérations générales.

La Société des Artistes français a-t-elle eu par ses expositions annuelles une influence heureuse sur le mouvement des arts parmi nous?

Je ne le crois pas.

Dirigés par des hommes qui ne sont étrangers à aucun des secrets d’une certaine manière de dessiner, de modeler ou de peindre, elle s’est efforcée de mettre sa langue à la portée de tous. Elle a encouragé tout le monde à « faire de l’art ». Il s’est créé alors des usines innombrables où tous les Français désœuvrés ou en quête d’une profession qui les distinguât du commun se sont empressés autour des maîtres en renom. Epinal n’était plus dans Épinal. L’imagerie était partout. Les expositions annuelles ont été, dès lors, encombrées dans chaque section de productions ternes, insipides, incolores, qui ont noyé sous le flot chaque jour grossissant de leur monotonie ce qu’il pouvait y avoir d’original dans les œuvres de ceux qui l’avaient provoqué et déchaîné. Le mal est arrivé à un tel degré que non seulement l’on se demande ce qu’il faudra de kilomètres de cimaises pour les expositions futures, ce qui est l’affaire des géomètres arpenteurs, mais que l’on est encore frappé de l’influence que cette légion d’élèves amateurs a eu sur le talent de leurs professeurs.

C’est pour ce motif que je voudrais mettre à part les hommes qui n’ont pas encore été contaminés par l’épidémie régnante et leur consacrer les éloges que l’on doit aux esprits virils.

Il en est un, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises au cours de cette étude, que je place dans la Société des Artistes français audessus de tous ses collègues à cause de sa sincérité d’observation, de sa puissance comme peintre et de l’harmonie des compositions que son lyrisme a tracées sur la toile.

Jean-Jacques Henner est, à mon avis, un des plus beaux tempéraments d’artiste dont puisse s’honorer l’Ecole française.

Comment le duc d’Aumale, qui avait la ferme volonté de se montrer le protecteur des arts et qui en avait la connaissance, n’at-il jamais eu la pensée de commander à Henner « la nymphe de Chantilly » au lieu de confier à la facture sèche et si peu personnelle de Baudry, la décoration du dessus de la cheminée de sa salle à manger?

Page 1