PENSEES D'AUTOMNE
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LA PEINTURE
Comment un prince qui aimait les Clouet, les Fouquet, Watteau et Ingres, qui était par cela même dans la plus pure donnée française, a-t-il omis de s’adresser au maître alsacien ?
La Madeleine , je parle de celle du musée de Colmar, est empreinte d’une grâce si intime, si douce et si chaste que je ne sais rien de plus mélodieux que cette vision nette et délicate de la chair.
Les oppositions sont trop violentes, dit-on. Mais qu’importe ces contradictions voulues si le but est atteint et si l’on se sent pris par l’indicible charme qui se dégage de cette figure?
Devant la jeune fille d’Alsace, qu’il avait dans son cabinet de travail de la rue Montaigne, Gambetta demeurait pendant des heures en contemplation. La profondeur du regard de l’enfant, l'impression de recueillement et de sérénité que donnait son attitude si simple l’enthousiasmait.
« Henner, disait-il, est l’égal des plus grands maîtres. » Et il avait raison.
Il ne faut pas, en effet, être grand prophète, pour prédire que ses toiles, si nombreuses qu’elles soient seront recherchées plus tard avec autant de passion que les toiles de Corot ou de Manet.
Ceux qui peignent sont si nombreux. Ceux qui pensent sont si rares.
M. Bonnat mérite d’être mis également à l’abri du torrent envahissant de l’art sans art. M. Bonnat a brillamment débuté en 1861, par une Résurrection de Lazare qui est une de ses meilleures compositions. Mais il n'est pas demeuré longtemps fidèle au tabieau. Il s’est voué au portrait avec une dévotion telle qu’il a le désir de peindre tous ses contemporains. Ses premiers portraits, celui de Madame Pasqua en particulier, lui ont valu une grande notoriété. Une facture ferme, une grande recherche du dessin, des arrangements ingénieux marquent le portrait de Madame Pasqua; son portrait de la comtesse Potocka est non moins remarquable, mais la grande facilité de M. Bonnat lui a fait depuis commettre quelques erreurs. Sous prétexte d'entrain sa brosse s’est montrée parfois allourdie, des empâtements trop massifs, loin de le servir, n’ont rien ajouté à l'éclat des chairs qu’il voulait mettre en pleine lumière. Ce ne sont, il faut se hâter de le dire, que des accidents dans sa longue carrière de portraitiste.
Ce phénomène est d’autant plus extraordinaire, que M. Bonnat qui possède une des plus admirables collections de ce temps vit dans l’intimité des irréprochables crayons de M. Ingres.
Ce n’est pas à M. Lefebvre que l’on pourrait adresser le reproche de ne pas soigner la forme. Dans chacun de ses portraits, M. Lefebvre semble avoir voulu fixer d'une façon définitive l’allure de son modèle. Au risque de donner à la ligne un tour un peu sec, il se montre à cet égard d'un formalisme des plus rigoureux. Ce n'est pas lui qui se plaît aux sous-entendus. Il tient à écrire nettement ce que son œil commande à sa main. Et notez que ce n’est point un peintre indifférent. S’il ne demande à sa peinture que le strict nécessaire, il l’approprie à merveille à la sobriété, mais aussi à la justesse du trait.
Le président actuel de la Société des Artistes français , M. Jean- Paul Laurens doit être sincèrement affligé du dévergondage et des