‹ Le Salon de 1898Chapitre 21 sur 54 · MRE J. ROMANI · texte numérisé non relu

MRE J. ROMANI

SALOME

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trivialités dont il est témoin. M. Jean-Paul Laurens nous apparaît en effet, au milieu de ces égarements de l’art contemporain, comme un homme qui a pu parfois se tromper, mais qui est doué d’une rare austérité de caractère et d'une plus rare probité d’artiste. Son œuvre est considérable et je le répète, sauf quelques erreurs, elle est d’une superbe tenue. Sans affecter des allures d’archéologue comme beaucoup d’autres, pour lesquels l'archéologie n’est qu'une des formes de la fantaisie, il ne traite jamais un sujet sans s’entourer de tout ce qui peut le conduire à la vérité. Son paysage du Lauraguais de l'année dernière était même une œuvre qui marque chez son auteur une puissance de conception qui n’a d’égale que la volonté d'obtenir la justesse d’un effet par la simplicité des moyens. M. Jean-Paul Laurens marche droit à l’essentiel de sa composition avec une hardiesse qui défie tous les raffinements et aussi tous les escamotages. Son allure est franche, nette et s'il est quelqu’un qui puisse réagir contre le courant qui entraîne la Société des Artistes français dans le domaine de la veulerie, c’est assurément lui.

M. Jules Breton est un lettré et un délicat. Sa poésie est une peinture qui plaît et sa peinture est une poésie qui touche. M. Jules Breton n'est pas seulement un artiste. C'est un heureux qui a écarté de sa route les cailloux qui le pourraient blesser.

M. Harpignies va chaque jour accentuant sa fermeté. Ce qui intéresse son œil ce sont les larges silhouettes des arbres noueux, les profondeurs des horizons nettement écrits. Il s’isole dans ce culte du visible et marche sans s'inquiéter de la foule. Il est lui et entend rester lui.

M. Benjamin-Constant est d'une inépuisable bienveillance pour ses confrères, mais souvent sévère pour ses modèles. Il a durement traité M. Hanotaux.

J'ai déjà dit que MM. Bouguereau et Gérôme étaient des convaincus. M. Bouguereau obéit aux tendances mystiques de sa première éducation. Il traite le sujet chrétien ou païen avec un égal

désir de plaire et il a une clientèle dans l’ancien et dans le nouveau monde qui apprécie sa facture, la cote très haut et en fait sa joie. J’ai connu M. Bouguereau il y a bien des années dans son pays natal, à la Rochelle, et depuis ce temps qui était celui de sa jeunesse il n’a pas modifié son faire. Il est demeuré fidèle au certain dans

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l’incertain, au dessin recherchant dans le vague l’inspiration des vieux thèmes, à la couleur se décolorant pour ne pas nuire à ce qu’il croit fermement être le culte de la ligne. Dans son portrait de M. et Madame Boucicault qui est une de ses meilleures productions M. Bouguereau est évidemment persuadé qu’il a donné une représentation exacte d’un homme et d’une femme. Il ne s’est pas aperçu que la manière mince et hésitante sera toujours inexpressive. Mais, je le répète, M. Bouguereau est un peintre éminemment respectable.

M. Gérôme a de bien plus hautes prétentions que M. Bouguereau. Sa peinture n’est pas moins anémique que celle de son col-

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