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LA GRANDE VAGUE

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LA PEINTURE

lègue de l'Institut. Mais par des chemins étrangers à l’art, M. Gérôme pense qu'il pourra donner une expression d’art à des reconstitutions où l’ensemble de sa composition se perd d’ordinaire dans la recherche minuscule du détail et où le grain de poésie s’envole au moment où il croit qu’il va le saisir. Les œuvres de M. Gérôme seront toujours curieuses à regarder, mais il n’en est pas une qui vous donnera l’émotion. M. Gérôme est toutefois de ceux qu'il convient, comme les artistes que j'ai précédemment cités, de mettre à part. Il ne s’est jamais laissé entamer par ce besoin de commercialiser l’enseignement dont sont victimes la plupart de ses confrères.

Ce que nous demandons d’ailleurs à des hommes comme lui, comme M. Détaillé, comme M. François Flameng qui ont réellement des convictions c’est d’aller jusqu’au bout de leurs convictions et de demeurer fidèles à leur foi. Nous pouvons ne pas partager leur manière de voir, mais si leur doctrines ne nous plaisent pas, nous leur savons gré de ne pas faire de concessions pour vulgariser l’art, ce qui équivaut à le tuer. Car ainsi que disait très justement Manet, l’art perd toujours en hauteur ce qu’il gagne en largeur.

Ainsi voici M. Détaillé. Par son éducation, par ses tendances, par ses aptitudes naturelles, M. Détaillé s’est voué à ce que l’on appelle la peinture militaire. Il s’est adonné à la représentation rigoureusement exacte de tout ce qui constitue l'attirail du soldat; il en a étudié les mouvements et il a voulu dire les gloires et les amertumes de sa vie. Il n’est point de tentative hardie qui l’ait effrayé et il a rencontré le succès presque aussi souvent qu’il a risqué, dans des genres très divers, des compositions puisées dans l’ordre d’idées où il s’est enfermé. Si M. Détaillé avait consenti à professer la peinture militaire en quelque atelier fantaisiste, nos expositions seraient envahies par des légions d’amateurs cherchant à l’imiter. Il a eu le courage de ne pas céder aux sollicitations des teneurs d’atelier pour gens du monde. Et nous devons l’en remercier.

Quant à sa peinture prise en elle-même, elle est comme la pein-

ture de M. François Flameng trop peinte. En mettant de côté tout l’intérêt qu’elle nous inspire, en faisant le départ de sa foi, aussi respectable que celle de M. Bouguereau où de M. Gérôme, nous ne rencontrons ni chez les uns ni chez les autres cet amour passionné de la vibration de l'atmosphère qui nous fait aimer ceux que l'on appelle les impressionnistes. On pourra discuter longtemps sur l’évolution accomplie dans la seconde moitié de ce siècle par des hommes qui ne se sont pas attardés à rééditer des lieux communs ou à rajeunir de vieux thèmes, mais qui se sont campés dans l’éblouissante lumière du plein air cherchant à rendre par les tons clairs les reflets qui montent du sol où descendent des nuages. On pourra contester leur foi et railler leur intrépidité. Ils n’en ont pas moins apporté un tel renouveau dans la composition du tableau que tout ce qui ne procède pas d'eux paraît attardé. Dans les mêlées de M. Détaillé, les silhouettes sont irréprochables, la couleur est juste; mais l'air circule mal dans ces foules où trop de notes attirant le regard.

Et cependant, je n’aime pas seulement dans M. Détaillé l’homme qui est d’une loyauté de caractère et d’une élévation d’esprit tout à fait attachantes. J'aime le peintre. Je prends un plaisir extrême à chercher dans ses œuvres les détails toujours si justes des attitudes, des physionomies; je suis séduit par l'ordonnance générale de ses tableaux toujours si bien mis en place. Mais cette sûreté, cette précision , cette intelligence de l'ensemble ne rachètent pas le manque d'atmosphère autour des figures mises en scène. Il faudrait si peu de chose pour que tout cela fut parfait. Mais ce peu de chose, je me garde bien de le lui demander. Il est complet dans sa forme et il aurait grand tort de n’y pas persister.

Quel est l’homme qui a été plus choyé, plus adulé que M. François Flameng. Tout lui est venu à souhait et pourquoi lui demander de modifier son allure, c'est-à-dire de s'affadir et de s’amoindrir, en adoptant des procédés qui ne lui plaisent pas. C’est si rare de rencontrer un artiste qui est quelqu’un.

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LA PEINTURE

Si j’ai parlé de ces quelques artistes qui tiennent la tête dans le Salon des Artistes français , c’est qu'ils sont à des points de vue très différents les conservateurs de principes irréductibles.

L’Etat n’en est pas là. Il professe des doctrines très variées en matière d’art. Il n’en devrait peut-être professer aucune.

Mais c’est là une question qui a été fréquemment soulevée et qui n'a jamais été résolue.

Lorsque en 1881 aété institué le ministère des arts, ce ministère avait été établi sur cette base, que l'Etat ne devait être que l’arbitre en matière d’art , qu’il avait pour mission d'aider toutes les initiatives à se produire, en leur facilitant les moyens de donner leur enseignement, mais en n’attribuant exclusivement sa protection à personne. C’était là un régime de liberté peu conforme à nos habitudes despotiques. Il sembla en ce moment au plus grand nombre, que si la France avait eu une si grande influence artistique dans le monde, c’était parce qu'elle avait choisi et encouragé un système uniforme d'enseignement, que par suite l’Ecole des Beaux- Arts, loin d’être ouverte à tous élèves ou professeurs qui y seraient venus puiser les seuls principes de l’art, était tenue de n’admettre que ceux que l’Etat choisissait pour enseigner ou pour

apprendre et que là on apprendrait tout depuis la manière de des-

M. JEANNIN PortraU,

siner conformément à une certaine méthode jusqu'à la manière de peindre, de sculpter de graver et de dresser des plans d’architecture.

On se souvient que peu de temps après que le Conseil supérieur de l’Ecole des Beaux-Arts avait émis un vote par lequel il reconnaissait que l’existence des ateliers gratuits de l’Ecole constituait une concurrence préjudiciable aux efforts qui pourraient être faits en dehors d’elle, il revint sur ce vote après la disparition du ministère des arts et que les choses marchèrent comme auparavant. Les règlements, les jurys, les médailles, les distributions de commandes furent remis en honneur. Tous les artistes, à de rares exceptions près, se remirent au travail, les yeux toujours fixés, selon l’expression de Castagnary, sur le pouvoir central, cherchant par la faveur, par l’intrigue, par l’incessant désir de plaire, à attirer sur eux un regard bienveillant de l’un des fonctionnaires préposés à un degré quelconque à la direction des arts.

La discipline républicaine a fait place à la discipline monarchique. Elle s’est même aggravée dans ses conséquences, parce que, sous un prince intelligent, ce qui s'était rencontré jadis dans les petits Etats italiens, l’opinion éclairée d’un seul pouvait rendre à l'art des services qu’il est malaisé d’attendre d’un attroupement de personnes toutes assurément disposées à bien faire, mais n’ayant souvent pas les connaissances nécessaires pour discerner, ou mus par ce désir de contenter tout le monde en dépit de l’opinion du fabuliste.

Nous avons eu un exemple de ce désir de donner satisfaction à tous non pas seulement au Panthéon où les commandes ont été distribuées avec un éclectisme fâcheux, mais à l’Hôtel de Ville.

Avec la volonté de faire une répartition loyale, le Conseil municipal de Paris, ou du moins la commission à laquelle il a confié le soin de disposer des crédits affectés à l’encouragement des arts, a fait dans le monument de M. Ballu et à l’extérieur de ce monument une série de commandes de peinture et de sculpture qui

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