‹ Le Salon de 1898Chapitre 23 sur 54 · SOIR APRÈS L'ORAGE · texte numérisé non relu

SOIR APRÈS L'ORAGE

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LA PEINTURE

constituent la plus étrange bouillabaisse qui se puisse rêver. Les réalités y coudoient les rêveries et les allégories. Au milieu de ce débordement de productions de toutes sortes on se sentirait affolé si, de temps en temps, un morceau de sculpture bien venu ou une toile supérieure ne permettait à votre œil de se reposer, à votre cerveau de retrouver le calme.

Dans les salons annuels, on croît rêver quand on voit sur le socle de certaines statues la mention acheté par l'Etat.

Qui nous a fait de telles mœurs qu'une commission d'achat puisse se promener dans les galeries du Champs de Mars et avec l'assentiment du ministre, qui est, je crois consulté, en dernier ressort, y acquérir des œuvres qu’on verrait avec plaisir sur le catalogue de la Société des amis des arts , parce que personne n'est forcé de souscrire à ses tombolas où sur celui de la Société populaire des Beaux-Arts parce que nul n’est contraint de lui donner sa souscription.

Je causais l'autre jour avec un des plus anciens fonctionnaires de l’administration des Beaux-Arts. « C’est bien vite fait, me dit-il, de s’en prendre aux ronds-de-cuir et de dire du mal de l’envahissement du fonctionnarisme, mais à qui la faute. Il n'est pas de jour où les pouvoirs publics ne créent des fonctions pour avoir la ressource de les demander en faveur de leurs amis. Et en attendant, que devient l'initiative privée? Quel encouragement lui donne-t-on? Citez-moi un seul de ces indépendants dont l’œuvre soit à la hauteur de l’idée qui l’a inspirée et qui puisse franchir ce cercle où tout le monde se serre les coudes pour ne laisser passer personne qui n'ait fait les démarches qu’on exige des catéchumènes. Etre libre, faire ce que l'on a conçu et comme on l'a conçu c'est le bonheur, mais c’est aussi le plus souvent la ruine. »

Il est certain que les hommes que j’ai cités dans la Société des Artistes français ne sont astreints à aucune des servitudes auxquelles sont condamnés les malheureux qui ne sont pas affranchis des courbettes. Mais ce dont il faut les louer, c'est de ne pas faire ce qui

leur serait facile de faire et ce que font par malheur beaucoup de leurs confrères, d’user de leur notoriété pour professer dans ces ateliers d’où sortent tant de gens qui encombrent nos expositions. C’est déjà bien assez qu'ils enseignent à l'Ecole des Beaux-Arts. C’est même trop.

On ne tardera pas à voir d'ailleurs combien notre pauvre patrie française a perdu de son influence sur le mouvement des arts dans le monde. On constatera à ce moment que si les peintres étrangers sont venus nous dérober l'évidente portion de vérité qu’ils nous ont pu prendre, ils se gardent bien de nous suivre dans la voie officielle où notre enseignement chancèle, encore moins de nous accompagner en ces chemins qui conduisent la pratique des arts à une sorte de jeu d'amateurs.

Cela dit, quels sont les achats que l’Etat et la Ville de Paris ont faits à la Société des Artistes français?

L’Etat a acheté à M. Jules Adler non pas les Joies populaires que j’ai précédemment signalées, mais l’étude de Y Homme à la blouse , modernité anecdotique sans doute destinée à quelque musée de province, mais qui n’est pas sans mérite. Il s’est rendu acquéreur de la Femme au Chat noir , de M. Béronneau. Ces deux acquisitions se valent, sauf cependant que l'impression de M. Adler est peut-être plus vraie.

M. Biva Paul a exposé des Pavots et M. Henri Biva Un effet de soir à Villeneuve-V Etang qui ont attiré l’attention de la commission d'achat.

M. Achille Cesbron, dont le Bouquet de roses à la guirlande a eu les faveurs de cette même commission, est un artiste de haute valeur qu’il convient de distinguer de tous les peintres de fleurs et de fruits. L'école française a toujours beaucoup aimé les natures mortes. Elle s'y est montrée triomphante et si l'on peut ranger dans les natures mortes les fleurs si vivantes de M. Cesbron, l’auteur du Bouquet de roses est dans la grande et belle tradition. Je me souviens d'un exposition particulière, que M. Achille Cesbron

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