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LA PEINTURE
Il est un peintre dans l’œuvre duquel M. Georges Gain trouvera amplement à récolter, un peintre qui n'a pas encore le renom qu il mérite. Je veux parler de Stanislas Lépine, mais ne faisons pas du rétrospectif, et restons dans le cadre du Salon de 1898.
La Ville de Paris n'aura que l'embarras du choix pour placer ses autres acquisitions, mais Soirée d'esthètes ferait à merveille dans les galeries du Musée Galbera, très bien ordonné par M. Formentin et dans lequel il ne manque que la place nécessaire pour y former une collection tout à fait intéressante.
Il est un certain nombre d’exposants du Salon des Artistes français, que je regrette de ne pas voir sur la liste des achats de l’Etat où sur celle des achats de la Ville de Paris.
Au premier rang de ces exposants, M. Fantin-Latour.
Le lever et Andromède sont deux toiles d'un si exquis sentiment, d’en rendu si magistral qu'on les voudrait voir dans une de nos collections publiques parce qu’il n'est rien dont la vue soit plus instructive. Devant de telles œuvres on apprend. Aucune inquiétude. Aucune hésitation. L’homme est en pleine possession de son art. Pense-t-on que l’étude des œuvres de Fantin-Latour ne soit pas d’un meilleur enseignement que les réflexions d'un professeur dont le premier soin est de se placer entre la nature et l'élève, où de commenter les tableaux des maîtres. Si l'on demandait à Fantin- Latour d’enseigner ce qu'il sait et ce qu'il fait, il s'y refuserait sans aucun doute, mais ses œuvres sont là et il est si facile de les mettre sous les yeux de ceux qui veulent étudier. C’est d'ailleurs pour réunir tout ce qui peut instruire que les musées ont été créés.
M. Henri Martin a deux toiles : l'une est une commande pour Toulouse, l'autre a été achetée par M. Maciet. Mais ses deux dessins du Dante et d ' Esperan^a auraient pu être acquis par l’Etat ou par la Ville.
Le tableau En mer , de Max Bohm méritait d’être distingué
entre tous.
Pourquoi n’avoir pas acheté Le Teverone , de M. Harpignies ? Le Raccomodeur de filets , de Madame Mertens ?
La composition de M. Max Bohm est, avec la toile de M. Wéry, et celle de M. Guinier, ce que la jeunesse a donné de plus remarquable au Salon des Artistes français. Quand le temps aura passé sur cette peinture, qu’il en aura atténué les rudesses, fondu les tons, on se trouvera devant l’un des plus remarquables morceaux de peintre de notre temps. Son originalité puissante apparaîtra alors aux yeux de tous et personne ne contestera la valeur d’une des scènes les plus hardies qu’ait suggérée la vie des gens de mer.
M. Max Bohm a choisi un sujet des plus simples. Les mouvements sont d'une justesse irréprochable. La tonalité de l'eau est d’un admirable accent. Tout se meut, tout parle dans la conception de M. Max Bohm à ce point que les parties perdues dans l’ombre sont d'une transparence telle, que pas un coin ne révèle les qualités fermes et positives de l’œil de l'artiste. J’ai pour ma part la plus grande confiance dans l'avenir du jeune peintre américain et quand je vois dans le livret qu'il est installé dans cette délicieuse petite ville d'Etaples qui a une physionomie si française et qu'il a fait ses études chez M. Jean-Paul Laurens et chez M. Benjamin-Constant, je n'hésite pas à le prendre pour nous et de lui donner ses lettres de naturalisation.
Le mer a très heureusement inspiré les jeunes gens de cette année. Il ne faut pas s'en étonner. Elle est un admirable prétexte à scènes de mœurs quand on demeure sur ses rives et à des drames quand on se risque sur ses flots changeants.
J'ai déjà parlé de M. Wéry qui a trouvé une belle inspiration dans le monde des pêcheurs.
Madame de Mertens s'est attachée à l’étude de ce même monde. Elle a décrit dans le style qui convient avec moins de force que M. Wéry (elle est femme), mais avec autant de conscience l'un des incidents de la vie de ces humbles.