PORTRAIT DE M. G HANOTAUX
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LA PEINTURE
du terme de chef d’école en parlant des artistes illustres qui tiennent la tête dans le Salon des Artistes français parce que nous n’en sommes plus à la classification par écoles. Il n’y a pas à l’heure actuelle de lutte entre de grands convaincus épris de leur art et dédaigneux des ressources du métier. A de rares exceptions, l’habileté de main, la science de la composition remplacent tout. Sous cette habileté et cette science, quelques-uns des attardés demeurent fidèles à leur volonté personnelle, mais aucun ne se risque à vouloir l’imposer. Nul ne manifeste la ferme résolution qui détermine les grands courants. Nous vivons au temps des convenances et du savoir vivre. On se ménage et on ménage le voisin.
Il serait puéril de dire aux puissants du jour. Il y a là-bas au Champ de Mars un homme qui a aujourd’hui soixante-quinze ans, qui est un des plus grands artistes dont s'honorera ce siècle, un homme qui a élargi le paysage, qui l’a simplifié, qui y a enchâssé des figures d'une allure simple et superbe, M. Puvis de Chavannes. Il existe une académie au quai Malaquais et cet homme n’en est pas.
On répondrait que M. Puvis de Chavannes n’a pas fait les visites réglementaires, ce qui est vrai, mais Barye les avait-il faites et n’a-t-il
pas fallu traîner Delacroix par le pan de sa redingote pour quJil allât sonner aux portes des immortels?
Mais je n'insiste pas sur ce sujet qui est d'ailleurs sans importance.
Et je reviens conformément au programme qui m’est tracé, à l’examen des œuvres des exposants de la Société des Artistes français.
J’ai grand plaisir à louer les envois de M. Henri Martin : la Muse est un morceau exquis et Y Apparition de Clémence Isaure aux troubadours est une page aussi magistralement écrite que les plus belles œuvres du merveilleux décorateur de l’Hôtel de Ville. Les critiques que j’ai entendues formuler devant cette toile de la part de peintres haut cotés et en pleine possession de la faveur publique me laissent indifférent. Il m'importe peu que les respectables règles de la composition n’y soient pas observées, et que M. Henri Martin n’ait pas tenu compte des rapports de tous au gré de ceux qui enseignent l’art de peindre. L 'Apparition de Clémence Isaure exprime ce qu’elle veut exprimer et je n’en demande pas davantage.
Il ne faut pas exiger d’une œuvre d’art ce qu'elle ne peut nous donner, mais il faut qu’elle nous fasse partager l'impression que son auteur a eue, si toutefois il en a eu une. Que La Glaneuse et la Rue de Village , de M. Jules Breton, soient des toiles estimables, j’en tombe d’accord. Que dans le même ordre d'idées L’ ex-voto, de M. Henri Royer, soit bien réglé. Que le Dimanche en Hollande , de M. Mac-Ewen, soit d’une observation relativement sincère. Que YEcole Maternelle , de M. Geoffroy, nous offre une composition ingénieuse, je n'y contredis pas. Mais toutes ces recherches de la sentimentalité s'évanouissent devant une œuvre aussi fortement écrite que celle de M. Henri Martin !
Et cependant, M. Henri Martin n’est pas un peintre au sens où on l’entend aujourd'hui. Il dédaigne, et je l'en félicite, les procédés admis, les oppositions convenues. Aussi ses conceptions brisent-elles heureusement l'insupportable monotomie de facture qui de la première salle à la dernière de la Société des Artistes français vous forcent le plus souvent à recourir au livret pour chercher le nom du peintre. Il est