‹ Le Salon de 1898Chapitre 30 sur 54 · ECOLE MATERNELLE · texte numérisé non relu

ECOLE MATERNELLE

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LA PEINTURE 63

étant respectueux de sa pensée. Mais qui sait mettre une pensée dans un tableau? Le phénomène devient si rare qu’il mérite d’ètre signalé. Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts aurait pu s'y employer.

Dans la récente élection à l'Académie des Beaux-Arts, M. Aimé Morot l'a emporté sur ses trois concurrents. Il y avait beaucoup de raisons pour cela. M. Aimé Morot est par son éducation et par ses alliances de la famille de llnstitut, mais il serait injuste de méconnaître sa valeur personnelle qui est grande.

M. Aimé Morot possède, en effet, un bagage considérable. Il a beaucoup produit et ses productions qui se sont particulièrement distinguées par une connaissance approfondie du cheval, n’ont jamais eu, comme celles de M. Dagnan-Bouveret, l'ambition de faire penser, mais sont parvenues par la vigueur de l'expression et par des qualités d'art qu’il faut hautement proclamer à retenir tous ceux qui aiment la belle et solide facture.

Cette année, M. Aimé Morot a été à mon avis plus heureux dans le portrait du prince d'Aremberg que dans celui du duc de La Rochefoucauld. Le prince d'Arenberg, quoique homme de cheval, — il est si je ne me trompe président de la société d'encouragement des courses — s’est fait peindre dans son cabinet de travail. La tête est légèrement renversée. Les raccourcis des jambes sont heureux. L'expression du visage est séduisante. Il y a dans ce portrait des parties d’un dessin formidablement négligé, mais l'ensemble a une bonne tenue. Et puis, ce portrait a le charme qui vient de la douceur de l’expression et la signification qui résulte de l'arrangement général. On se sent en présence d'un gentilhomme qui a le goût du travail, dont le front bien modelé réfléchit et dont l'œil, cette fenêtre de la pensée, pour employer l’expression du peintre Gros, a une vivacité des plus intelligentes.

Le portrait du duc de La Rochefoucault est, il me semble, moins bien venu. La mise en scène en est plus pompeuse. Sur un fond de forêt, le cheval hardiment enlevé soulève le cavalier qui est bien

en selle. Toute la composition a grand air et l’on sent que M. Aimé Morot a peint avec amour cette figure équestre. La sûreté de main est extraordinaire et la science des valeurs donne à la toile un cachet de simplicité, de force et d’harmonie que n’ont pas eus les portraits de même ordre envoyés aux Salons précédents par le peintre. Mais ce qui me fait préférer le portrait du prince d’Arenberg, c'est la saveur de l’exécution moins heurtée, moins violente que dans le portrait du duc de La Rochefoucault bien que, je le répète, il y ait une véritable harmonie dans l’effet général, rendu avec force et vérité. Faire l’éloge de ces ouvriers robustes, de ces artistes convaincus eut été encore une fois un admirable commentaire aux vaillantes déclarations du Président de la Société des Artistes français.

Les peintres que je viens de citer n’ont entre eux aucune parenté, mais ils sont de la même famille, de cette grande famille des artistes français qui saura reléguer les amateurs à la place qui leur appartient, place qui n’est pas aux Salons que l’on ouvre annuellement car le public s’y presse pour y constater les progrès que fait notre art national vers un but qu’il n’a jamais cessé de poursuivre , la représentation de la vie.

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