BEAUX-ARTS
LA PEINTURE
a section de peinture du Salon de la Société nationale a des oeuvres du plus haut intérêt.
Il est un artiste qui domine la Société nationale des Beaux - A rts comme M. Henner domine la Société des Artistes français. M. Puvis de Chavannes est une figure des plus attachantes. Insouciant des hiérarchies, dédaigneux des évolutions journalières qui se sont produites autour de lui, garanti contre l’inquié-
tude par la fermeté de sa croyance, il est demeuré seul en face de son rêve traduisant avec l’énergie de sa conscience individuelle et la force d'une conviction chaque jour grandissante, sa volonté de réagir contre le tableau et de remettre en honneur la composition décorative. Il s’était en effet produit au commencement de ce siècle sous l'influence de David, marchant à la suite de Vien, une réaction violente contre la décoration. David avait détourné l’art français de tout ce qui pouvait être un ensemble prévu pour une place désignée. Il lui paraissait que le peintre devait inscrire sa pensée sur une toile mobile et se garder de faire quoi que ce soit pour un emplacement défini. Prudhon dans son Triomphe de la gloire , est le premier qui ait tenté de protester contre ce parti pris. Delacroix a repris plus tard la tradition française, mais toujours avec la préoccupation de faire le tableau. C’est Puvis de Chavannes qui en 1 865 , dans son Ave Picardia Nutrix a nettement brisé avec les préjugés de l’école de David. On s’est aperçu à dater de ce moment que l'art qui ne tient pas compte du milieu, dans lequel il doit exprimer sa pensée, est purement conventionnel. Le cadre a repris la place qu’il doit avoir. Je me souviens à ce sujet de l’admirable décoration que Ribeira a peinte à Naples pour être placée au-dessus du maître-autel de l’église des Camaldudes. Les moines ont un tel souci de la mise en scène de cette décoration, qu'ils ne vous la montrent qu'à l'heure de la journée qui lui est la plus favorable, rien n'étant indifférent dans l'entourage d'une peinture et dans la manière de la présenter. M. Puvis de Chavannes a fait cette année un grand sacrifice en consentant à exposer dans une des salles des salons du Champ de Mars sa sainte Geneviève. Si l’on admire malgré les voisinages déplaisants, la simplicité de la sainte Geneviève, si l'on demeure saisi par la profondeur de la ville endormie sur laquelle elle veille, ce panneau prendra un tout autre aspect lorsqu’il sera mis au Panthéon. Mais M. Puvis de Chavannes est Président de la Société Nationale des Beaux-Arts. Il ne peut refuser à ses collègues de leur donner la primeur de ses compositions. Il en agit ainsi chaque année et chaque année on voit