‹ Le Salon de 1898Chapitre 32 sur 54 · S™ GENEVIEVE · texte numérisé non relu

S™ GENEVIEVE

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sous un jour qui n'est pas son véritable jour ce qu'il a fait pour une destination précise. M. Andres Zorn me disait avant-hier: « Il vous faut aller à Boston, vous croyez avoir vu les peintures décoratives que Chavannes destinait à la ville américaine. Eh bien vous ne les avez pas vues. Quand je me suis trouvé là-bas devant ces compositions enchâssées dans des marbres d'un ton de terre de sienne claire, j’ai été émerveillé. Il n'y a rien de plus beau aux Etats-Unis. »

Devant les panneaux décoratifs de M. Puvis de Chavannes, lorsque ils sont dans leur cadre, on éprouve des jouissances intarissables d’émotion et de rêverie. Lorsqu'ils sont mêlés à la foule, ils apparaissent comme dépaysés. Mais il faut lui savoir gré de ne pas craindre ces épreuves et d’apporter modestement au Champ de Mars la page magistrale qui ira continuerait Panthéon, après la fermeture des Salons, l’admirable décoration que M. le marquis de Chennevières a eu la très heureuse idée de lui demander et que nous voudrions encore plus complète.

Le morceau capital de l'exposition de M. Dagnan-Bouveret qui envoie six toiles au Champ de xMars, est Le Christ et les pèlerins à Emmaiïs. Il est peu de légendes qui aient plus séduit les artistes que celle du Christ et des pèlerins. Elle a été traitée de mille manières. M. Dagnan-Bouveret l’a conçue dans le goût de son tableau de La Cène de l’année dernière. Le Christ est rayonnant, attirant à lui toute la lumière de la composition, à mon avis plus émouvante que sa composition précédente. Le groupe de droite qui représente le peintre, sa femme et son fils, est empreint d’une tendresse intime qui en font une page d'ordre supérieur. La facture de cette partie du tableau est si simple, les attitudes des trois personnages sont si respectueuses que l’on ne se lasse pas de contempler cet exquis renouvellement d'un thème particulièrement cher aux grands croyants de Bruges, de Cologne et de Florence et interprété avec une observation de la nature qui fait de cette partie du tableau de M. Dagnan-Bouveret un des plus purs chefs-d’œuvre de la peinture contemporaine.

Le Flamenco , de M. Besnard qui par la suavité du dessin, par

l'harmonie de la couleur, le mystère de la scène représentée, et le charme qui se dégage de l'ensemble de la composition est une de ces toiles impressionnantes que l'on voudrait toujours avoir sous les yeux. Mais l'envoi le plus important de M. Besnard est le portrait qu'il inscrit au livret sous cette rubrique. Portrait de théâtre. C’est là une œuvre magistrale. Quelle merveille que ce jeu de tons roses rompus par les plis craquants de la robe. Puis il y a dans l’attitude de tout le personnage un sentiment tellement vrai, si juste que jamais M. Besnard n’est parvenu à une telle plénitude d'expression, à une si grande intensité de vie. C'est à ce point que dans la salle où est exposé le Portrait de théâtre , ce portrait vous appelle ; on ne peut s’en détacher. La femme qu’il représente est là toute entière avec son allure, ses gestes, et aussi avec l’éclat de sa beauté si particulière et si caractéristique.

Avec M. Carrière, c'est autre chose. La notation est plus simple, la facture plus mystérieuse. M. Carrière nous invite à l’apaisement et quand nous sommes en présence de l’intime mélancolie de son portrait de femme et d'enfant ou devant les profondeurs infinies de son panneau décoratif destiné à la Sorbonne, nous oublions les conflits violents des accords bruyants pour nous laisser aller au charme des symphonies plaintives et caressantes qu'il nous fait entendre. Le son vient à nos oreilles à demi voilé ; mais il nous ravit par son harmonie, qui fait de M. Carrière, un des plus grands virtuoses des temps modernes.

Mais parlons des aînés. Depuis le jour où M. Carolus-Duran a exposé L’homme endormi, qui est au musée de Lille, il n’est pas de peintre qui ait plus produit. Chaque année, M. Carolus-Duran expose une série de portraits aux visages clairs, aux étoffes chatoyantes. Quelques-uns sont demeurés célèbres, celui de la Dame au chien par exemple qui est également dans le musée de sa ville natale. Le peintre lillois ne s’en est pas tenu aux portraits ; il a abordé tous les sujets, scènes dramatiques, paysages, grandes compositions pour plafonds. Toujours il a rencontré les succès que lui valent cette année son Portrait des enfants du Prince Murat , sa Liseuse et La jeune fille en deuil.

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