‹ Le Salon de 1898Chapitre 33 sur 54 · PORTRAITS · texte numérisé non relu

PORTRAITS

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LA PEINTURE

M. Cazin est un de nos plus grands paysagistes. Personne n'a mieux que lui, depuis Corot, rendu ces effets profonds ou malgré un dessin d'apparence flottante mais en réalité très sûr, il n'est pas une notation qui lui échappe et qui ne soit marquée dans la superbe entente d’une harmonie incomparable dont il a le secret. M. Cazin se plaît aux singularités impressionnantes, que donne la tombée du jour. Il a même une préférence marquée pour la nuit dont il éclaire le mystère par un trait lumineux dans le ciel ou par la lueur qui signale une maison habitée. Il ne dédaigne point d'ailleurs les aspects de la nature baignée des rayons du plein soleil. Toujours il s'empare en maître de son sujet. Cette année, de ses huit envois, tous très admirables, La nuit est celui qui vous inspire le plus de mélancolie, on pourrait dire de recueillement.

M. Friant a donné aux Salons de 1898 une œuvre de grande puissance, la Douleur. Dans un cimetière, sur le bord d'une fosse qui n’est pas encore fermée, une femme s’abîme agenouillée secouée par les sanglots. Une autre femme la soutient. Une troisième s’apprête à lui venir en aide. Un fond ,en pleine lumière derrière les noirs des vêtements de deuil de ce groupe qui occupe le premier plan des visages indifférents . Cette composition si simple , si vraiment grande, a soulevé les critiques de ceux qui, marchant au gré du vent, s'enthousiasment subitement de certains procédés de facture qu'ils dédaignaient hier, qu'ils aimeront je l'espère autant demain, mais dont la comparaison avec la manière de peindre de M. Friant n'enlève rien au talent du peintre de Nancy.

C'est, en effet, avec la magnifique exposition de M. Cottet que l’on essaie de tuer le tableau de M. Friant. Notre esprit français a toujours eu ce travers de vouloir écraser ceci avec cela. Les quatre panneaux de M. Cottet, Au pays de la mer , Le repas d’adieu , Ceux qui s’en vont , Celles qui restent , sont des morceaux de peinture d'allure superbe. Le talent de M. Cottet s'est révélé dès le premier jour et en ce premier jour nous eûmes, Puvis de Chavannes et moi, grand'peine à lui faire attribuer une demi-douzaine de voix dans la

réunion des cinquante et quelques membres du conseil supérieur des Beaux-Arts. Aujourd’hui le talent de M. Cottet s’est imposé à

l’attention, à l’admiration de tous. Mais en toute sincéritéM. Friant s’en trouve-t-il diminué?

M. Picard, de son côté, avec sa très belle exposition doit-il ne pas retenir l’attention de ceux qui, tout en applaudissant au succès si mérité deM. Cottet, aiment cet adorable petit Portrait de Coquelin aîné dans le rôle de Petruccio, qui, à côté de Dunes et de la Femme qui coud , forment une partie de l’ensemble si complet et si remarquable des envois de M. Picard. Non, il ne faut pas que l’éclat d’un talent qui s’épanouit avec la vigueur du talent de M. Cottet qui, entre parenthèse, a de délicieuses petites études de mer au-dessus de sa grande composition, nous éblouisse au point de nous faire méconnaître les individualités qui s’affirment ou se développent auprès de lui. Ainsi, il n’est pas à notre avis dans tout le Salon du Champ de Mars un peintre qui soit plus peintre que M. Simon. Dans sa scène du Cirque forain , les tons

RAFFAËLLÏ — Portrait

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