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LA PEINTURE
ont une valeur d'une franchise d'autant plus remarquable que M. Simon n'a pas recours aux oppositions violentes.
M. Ménard est un poète dans la plus haute expression du mot. Les scènes voilées qu’il nous décrit à l’ombre des grands bois devant les horizons immenses avec ces éclats de lumière jetés sur les nuages amoncelés ont un charme inexprimable. M. Ménard est de plus en plus maître de sa langue et d’une langue qui est bien à lui.
Avec une saveur qui lui est propre, M. Thaulow s'est essayé d'abord dans des paysages au pastel qui produisirent en 1890 une impression profonde. M. Thaulow avait donné dans ces pastels une sensation inconnue du mouvement de l'eau et une interprétation nouvelle des pays neigeux. Depuis, M. Thaulow a cherché et obtenu, à l’aide de la peinture à l'huile, des effets plus variés, d’apparence plus consistante. Mais que M. Thaulow se garde d’oublier la naïveté de ses débuts. Qu'il se défie du procédé facile.
M. Raffaëlli expose, cette année, le portrait de sa fille qui est fort belle. Il en a fait une image des plus curieuses ou tout cède devant la volonté de l’artiste, d'exprimer ce qu’il ressent, de rendre ce qu'il voit. C’est là l'originalité de M. Raffaëlli. Il a le dédain du métier et la passion d’atteindre le but en ayant recours à tout ce qui peut le servir. Depuis qu'il a observé d’un œil si juste les aspects de la banlieue de Paris, M. Raffaëlli a usé de tout. Tantôt un coup de crayon souligne un ton de gouache. Tantôt un rehaut de pastel atténue ce qu’un trait de plume avait marqué d'une façon trop violente. Personne mieux que lui n'a su creuser les ornières d un chemin, mettre en valeur un arbre rabougri, faire tituber un chiffonnier et silhouetter les toits au maigre profil des usines suburbaines. Quand il s’attaque à la représentation de l’être vivant, quand il fait comme aujourd'hui un portrait, il obtient à l’aide de cette manière de travailler des accents d’une ampleur soutenue. Le trait est cependant grinçant me disait quelqu'un, le jour du vernissage. L observation est exacte jusqu'à un certain point, jusqu'au point où ne tenant pas compte des tempéraments de ceux qui traduisant la même scène,
on se refuse à confesser qu’une égale jouissance peut nous être apportée par des artistes qui s’expriment différemment.
Le gouvernement a décoré M. Jacques Blanche et il a bien fait. M. Jacques Blanche, admirablement doué, a longtemps parcouru le pays des imitations. Mais il en est revenu sain et sauf et de ces pérégrinations qui pouvaient entamer tout talent moins robuste que le sien il a rapporté une personnalité très réelle. Son exposition est très remarquable.
M. Alexander nous avait fait espérer mieux que ses portraits de cette année qui, d’ailleurs, sont toujours bien.
M. Aman-Jean est constamment séduisant, mais pas plus que M. Alexander, il n’est en progrès.
M. Sargent fait preuve d’une habileté étourdissante. Mais, dans son portrait de cette année, la vie est absente du bel arrangement qu'il nous présente.
M. Guillaume Dubufe a peint un gracieux portrait de ses filles. M. Moreau-Nélaton a une très intéressante exposition. M. Moreau- Nélaton est par excellence un doué.
M. Courtois a envoyé au Champ de Mars un Saint Sébastien minutieusement écrit et un Jeune peintre moins préoccupé de la précision.
Je crains bien que M. Muenier poussant sa vigueur d'analyse à l’excès ne gâte la simplicité de moyens qu’il employait à l’époque où il nous faisait songer aux primitifs.
M. Montenard est du Midi. Il ne nous l’envoie pas dire. Il le dit franchement, carrément et avec bonne humeur.
M. Alphonse Moutte s’exprime avec une expression non moins heureuse.
M. Lerolle sait prêter à tous les sujets qu’il traite un caractère attachant tant il y met des qualités de forme de style et tant il sait envelopper de poésie le motif observé. Au présent Salon du Champ de Mars, M. Lerolle a été cependant moins bien inspire que d ordinaire. Sa Loie Fuller est une fantaisie bizarre
G DUBUFL