LES AGES DE L'OUVRIER
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LA PEINTURE
Girard poursuit ses succès qui sont grands auprès du public autant que ceux de M. José Frappa. M. Albert Fourié a eu la bonne fortune d'obtenir une commande du Ministère de l’agriculture, La Terre , panneau décoratif.
Tout près nous rencontrons un grand, très grand artiste: M. Frédéric, de Bruxelles.
Quelle joie on éprouve quand on rencontre une œuvre véritable dans cette cohue des Salons de 1898.
Dans Les âges de l’ouvrier , chaque physionomie est écrite en ses traits caractéristiques avec une vigueur d'analyse, une profondeur d'observation qui, tout en révélant des préoccupations modernes, nous rappelle les procédés des maîtres de Bruges. Tous les personnages sont bien dans l’air. Le groupe des enfants au premier plan a un charme de jeunesse inexprimable. Les adultes qui se présentent de face devant le défilé qui se perd entre les bâtiments de l’usine sont d’une réalité si claire, si nette, que l'impression si humaine que nous donne M. Frédéric, constitue la toile la plus puissante des Salons de 1898. La manière dont M. Frédéric, agence son dessin et conduit sa lumière le met à un rang tout à fait supérieur parmi nos artistes modernes.
Il est un autre artiste qui nous avait fait concevoir de grandes espérances, mais qui, contrairement à M. Frédéric, nous donne cette année de grandes déceptions. Nous voulons parler de M. Melchers chez qui la recherche d'un réalisme vraiment trop vulgaire a tué l’observation sincère.
Les Pèlerins d’Emmaiis ne nous donnent ni une bonne, ni une agréable composition. Il faut que le peintre américain revienne à ses premières amours.
J’ai grand espoir dans l'avenir de M. Emile-Georges Giran, non moins que dans celui de M. Piet. M. Giran a un portrait qui nous montre le constant idéal qu'il poursuit dans ses études de femmes, particulièrement dans ses intérieurs d'Arles qui ont pour l’observateur un si puissant intérêt. M. Fernand Piet s'est consacré
aux scènes des marchés de campagne; il esquisse en passant des aperçus de la vie parisienne, mais toujours épris du plein air toujours séduit par la simplification du dessin il nous donne avec des transparences d’une délicatesse inouïe des amoncellements de vaisselles aux tons bleus qui, enchâssées dans les foules qui se meuvent autour d'elles, apparaissent comme des turquoises serties avec art. Ce que l’on peut et ce que l’on doit faire observer à M. Fernand Piet, c'est la brutalité parfois choquante de tons violents qu’il emploie pour souligner et parfois mettre en valeur ses demi-teintes. Je crains que M. Fernand Piet soit trop préoccupé des effets que donne la photographie. Il faut étudier les effets, les mettre à profit; mais ne pas s'en servir sous peine de pervertir son œil. La peinture est déjà assez difficile pour qu’on ne vienne pas l’encombrer de complications artificielles.
Une page de vigoureuse et saine allure, la page la plus vigoureuse peut-être du Salon de la Société nationale des Beaux-Arts est Y Arrivée des toreros à la Pla\a à Séville , de M. Richon-Brunet. Il y a là des morceaux de premier ordre qui nous annoncent un peintre. Si dans Y Arrivée des toreros , le ciel ne pesait pas trop lourdement sur cette scène décrite et écrite avec une grande sensibilité et une loyale passion du vrai, l’œuvre serait irréprochable.
L’Etat a fait l'acquisition du panneau décoratif de M Anquetin. M. Anquetin est un chercheur, mais un chercheur qui s’est essoufflé à la recherche d’impressions très différentes, les recevant toujours de seconde main et ne se laissant jamais aller complètement à sa fiévreuse ambition de lui et qui pouvait nous donner un artiste personnel. Le panneau décoratif de cette année est plein de qualités, mais il y trop d'emprunts. Quand M. Anquetin se décidera à ne pas se jeter éperdument dans le souvenir des choses déjà vues, il sera quelqu'un.
Ah les délicieuses aquarelles que M. Auburtin a placées sous sa décoration destinée à l'amphithéâtre de zoologie à la Sorbonne ! Et combien elles sont plus séduisantes que cette décoration où Al. Au-
MELCHERS