‹ Le Salon de 1898Chapitre 37 sur 54 · PIERROT · texte numérisé non relu

PIERROT

Elle s’est envolée, oh! loin, à tire d’aile

Et fuit toute petite, ainsi qu’une hirondelle.

C'est sur ce thème que M. Guillaume Roger a fait un triptyque. Les évocations de nature virginale enveloppées d'une atmosphère voilée lui ont fait traduire le Baiser , de Banville en une composition d’un charme délicieux. Une telle fantaisie aurait dû valoir, avec les lumineuses et paisibles études qui complètent l'exposition de M. Roger l’encouragement qu'il demandait au Conseil supérieur des Beaux-Arts. Cet encouragement était d'autant plus mérité que M. Guillaume Roger accompagne son envoi principal de petites études pleines de charme et de vérité. M. Melchers, dont j’ai parlé tout à l'heure, est un artiste que j’ai suivi avec un intérêt très vif. Ses toiles des deux Salons précédents et l'une des toiles du Salon actuel suffiraient à le mettre en une place des plus enviables. Il est d'une gravité devant la nature qui lui fait observer toutes choses avec respect. Pourquoi M. Melchers, je ne saurais trop y insister, a-t-il fait le tableau des Pèlerins d' Emmaiis? C’est certainement dans un moment où il s’était départi de sa gravité habituelle et où il a été pris de la folle pensée de voir sa nature sous un aspect vulgaire presque comique.

Il faut noter, en outre, que la peinture de M. Melchers habi-

tuellement si sensée est d'une indécision regrettable dans ce tableau. Puis, enfin, la scène est mal comprise. Tout y est maladroitement

campé. Il n'est pas jusqu’aux oranges et citrons placés sur la dalle, qui ne soient choquants. Il semble que leChrist va faire un tour de prestidigitation, un de ces tours familiers aux maîtres escamoteurs. Le type des pèlerins n’est pas, il faut le reconnaître, celui des complices habituels des illusionistes ; mais bien le type du bon public prêt à s’étonner de tout ce qui va lui être montré. En un mot les Pèlerins d'Emmaüs sont une erreur de M. Melchers.

M. Mesdag envoie chaque année dans nos Salons des études de marine qui sont de simples chefs-d'œuvre.

M. Mesdag connaît la mer.

Il la rend sous ses différents aspects avec une passion qu’avaient ses grands ancêgyp Portrait, j» très et avec un talent qui lui

est très personnel.

M. Mesdag est, en outre, de plus un des plus grands collectionneurs de la Hollande. Il a réunis des toiles de presque tous nos maîtres français du présent siècle. Sa galerie est une merveille et cet admirable musée Mesdag deviendra, dit-on, à la mort du peintre,

MESDAG

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