LE RETOUR DE LA PECHE
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LA PEINTURE
la propriété de 1 État hollandais. En attendant, il en fait les honneurs avec une grâce exquise et lorsqu'il vous fait le plaisir de commenter lui-même ses richesses artistiques, on peut recueillir de sa bouche des aperçus de grande valeur. Si M. Mesdag voulait mettre le comble à sa générosité, il devrait même léguer en même temps que ses tableaux un catalogue rédigé par lui avec les réflexions que lui inspirent toutes ses toiles qu'il aime passionnément.
M. Edgar de Montzaigle a fait un de ces tableaux qui ont toujours le don d’exciter la curiosité du public : Un entracte de première à la Comédie-Française, foutes les notoriétés du moment se trouvent là réunies, depuis Rodin qui est au premier plan jusqu'à M. Francisque Sarcey qui est au dernier. Ea composition est d’ailleurs heureuse. Les ressemblances sont parfaites. La tonalité générale est agréable. Il y a, de plus, des qualités d’art dans un sujet qui d’ordinaire s’en peut passer, ce qui n’est pas à dédaigner.
Que d’espoir n’avions-nous pas mis dans l'avenir de M. Allan Osterlind ! Ce peintre suédois s'était tout d'abord cantonné dans la Bretagne. 11 avait rapporté de là des morceaux d’une grande allure. Nous attendions toujours le tableau. Le tableau n'est pas venu. Aujourdhui M. Allan Osterlind est allé s’installer dans la Creuse Pourquoi ! Peut-être a-t-il pensé que ce département étant déserté par ses habitants qui viennent à Paris se livrer à l'industrie du bâtiment, il était bon de le repeupler. Toujours est-il que, cette année, il nous envoie La légende du Charmeur de rats.
« Le charmeur de rats ayant été chassé de la bourgade se venge en faisant noyer tous les petits enfants de l'endroit qui l'avaient suivi, ensorcelés par les sons de sa flûte perfide. »
M. Osterlind a bien interprété la légende du charmeur de rats telle qu’il la décrit dans le livret.
Mais je préfère celle que nous a donnée Théophile Gautier et dont il avait fait le livret d’un ballet que Strauss a mis en musique et que j'ai vu représenter à l’opéra de Vienne par la Cérale.
Très impressionnée par le Violon du Diable que Saint-Léon
avait composé pour sa femme la Ceritto et qu'il dansait avec elle, Théophile Gautier avait imaginé que le charmeur de rats appartenait au royaume de Satan, qu’il était Satan lui-même. Venu dans un village, il entraînait dans son empire aux accords irrésistibles de son violon tous les rats d’opéra qui figuraient les jeunes filles d'un village. Il entendait se réserver la plus belle, mais comme on ne songe jamais à tout, que le Diable lui-même a des distractions, le fiancé de celle qu'il avait enlevé et qu'il voulait retenir se glissait dans la troupe muni du talisman sacré qui anéantit les plus diaboliques calculs et c’était lui qui reprenant le violon ramenait au village toutes les égarées laissant quelque peu penauds Satan et ses amis.
C’est moins dramatique, mais c'est plus plaisant que la légende de M. Osterlind.
Madame la baronne Paini a fait un portrait de la comtesse Tornielli, ambassadrice d'Italie qui retient l'attention.
M. Aimé Perret a cinq tableau, l 'Avenir, la Fileuse , la Vanneau , la Fin de journée , le Dimanche. Tous ces tableaux, qui appartiennent à des particuliers, sont d’une bonne exécution, mais d'une conception recherchée.
Par la seule justesse du ton, M. Prinet nous séduit parfois, mais le ton n’est pas toujours juste.
Un artiste de haute lignée qui exprime fortement et avec une hardiesse qui ne se dément dans aucun des développements de son observation est M. Albert Baertsoen.
M. Baertsoen est un Belge qui a su mettre en ses toiles tout ce que la Belgique garde de lumière en son climat peu favorisé. Que ce soient des effets de soir ou de matin, il les rend en termes nets, éloquents et d’une séduisante facture.
Son excursion matinale dans la Grand rue qui appartient à M. \ imonet est une étude d'ordre supérieur. Toute son exposition, d ailleurs, est des plus belles. Que le soleil de Belgique, qui est, je le répète, un soleil quelque peu voilé, éclaire, en se couchant, les toits des maisons de la petite place de Flandre ou qu'il note sur les vieux