AU CLAIR DE LUNE
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LA PEINTURE
quais les détails dans les ombres transparentes, on demeure étonné de la puissance d’un artiste qui dans les précédentes expositions ne nous avait pas paru être en aussi grande possession de son art.
M. Baertsoen doit être salué comme un maître.
M. Emile Barau, qui a eu de très brillants débuts, qui s’était attaqué très heureusement dans ses premiers paysages aux heures rapides et presque insaisissables, a, cette année, une exposition d'un grand intérêt, mais qui n’est peut-être pas aussi heureuse que ses expositions précédentes.
M. Sisley est au contraire toujours égal à lui-même. Mais il est de ceux dont la facture a besoin du temps pour patiner et harmoniser les rudesses si franches de son observation.
M. Baud-Bovy devrait se pénétrer de cette nécessité pour un paysagiste de s'exprimer toujours très sincèrement. Il est pleinement maître de son métier. Il a l'œil très juste, mais sous prétexte de sobriété, il exagère la simplicité de la chose vue et devient sec.
Il est impossible de passer devant les environs de Paris, de M. René Billotte sans être frappé du charme de telles œuvres. La Carrière de la Folie a même un effet de lumière sur les sables qui en font un tableau réellement fort. Les Vendanges à Croissy , le Clair de lune à la Folie-Nanterre , sont des pages d'un sentiment délicieux. Personne n'a mis plus de mélancolie dans un petit coin de toile que M. René Billotte.
M. Binet a d'excellentes études de paysage toutes pleines de sincérité, enlevées d'après nature avec un rare bonheur d'expression : La cour Corot à Liyancy , le Temps gris , la Lisière de bois. Il faudrait tout citer.
M. Bouvet ne se contente pas d'être un chanteur remarquable. Il se livre à l'étude des paysages. Ses préférences vont aux choses de la mer. Il se plaît dans les rochers au milieu de l’or des genêts, mais M. Bouvet compose un peu trop ses tableaux.
C'est aussi un peu le travers de M. Charles Meissonier qui porte avec honneur un grand nom, le nom d'un artiste qui a glorieuse-
ment marqué dans notre siècle et le nom d’un homme qui avait du caractère ce qui ne se rencontre pas fréquemment à notre époque.
C'est à ce caractère ferme et loyal que la Société nationale des Beaux-Arts doit sa naissance.
M. Meissonier s'était montré injuste dans plusieurs jurys pour les artistes qui, comme Courbet et Manet, avaient brisé avec les traditions étroites de l'enseignement académique. Et par suite du concours des circonstances, il est devenu le leader de l’opposition faite à ces traditions.
Frappé à son tour au lendemain de l'Exposition de 1889, par une partie de ses anciens collègues parce qu'il s’était montré à leur gré au cours des opérations du jury qu'il présidait d’une trop grande largeur d'esprit, il se raidit, brisa avec les amis de la veille et fonda la Société nationale des Beaux-Arts.
Charles Meissonier qui est un artiste convaincu et un artiste de grande sincérité, ne s’est pas fait par ses oeuvres la notoriété de son père, mais par l'élévation à la franchise de son caractère, il continue les traditions de l’illustre peintre français.
Et puis nous sommes bien loin des querelles nées des attributions de médailles.
Sur ce dernier point, la Société nationale des Beaux-Arts a fait faire un pas immense dans le sens du progrès. On continuera à décerner des médailles à la fermeture du salon de la Société voisine, mais le public n’y prendra pas garde. Mon pauvre et grand ami Manet attachait une importance aux médailles de même qu'il attachait un grand prix à la croix de la Légion d'honneur. « C'est simplement disait-il, parce que n’ayant ni médaille, ni croix, j’ai l'air d’être un intrus dans un temps où quiconque a une notoriété, est médaillé et décoré. »
S’il avait pu voir la Société nationale des Beaux-Arts, il aurait constaté que l'on peut vivre sans médailles. Il aurait, je le reconnais, vu que la plupart de ceux qui font le sacrifice de la médaille ne font pas aussi aisément le sacrifice de la croix. Mais
MUENIER