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LA PEINTURE
Montaigne avait raison de dire qu'il ne faut pas devancer son temps : un jour arrivera où la liberté, qui crée la vie, qui engendre le mouvement entretiendra les foyers d’activité intellectuelle sans qu’il soit besoin d’en activer la flamme par des distributions de récompenses qui n’ajoutent rien à la personnalité de ceux qui les reçoivent. Ce jour n’est peut-être pas bien éloigné.
E. BOULARD — Aus PUuu>
Dans un débat qui eut lieu il y a quelques années devant le Conseil supérieur des Beaux-Arts et où s’agitait la question de savoir si la Société nationale devait être admise comme la Société des Artistes français , à participer à l'octroi du prix du Salon ou des bourses de voyage, je me suis attaché à établir une distinction entre la médaille qui est une récompense et l’allocation d une somme permettant à quelques jeunes artistes de voyager, qui est un encouragement. Il est probable que je m’expliquai fort mal, car je ne fus pas le moins du monde compris, aussi peu compris que l'année sui-
vante quand il fut proposé de dénommer prix national, le prix du Salon que nous avions baptisé prix de Paris. De même qu'on s'était refusé à distinguer entre la récompense et l'encouragement, on se refusa à reconnaître que si nous avions donné le nom de prix de Paris au prix du Salon, ce n'était nullement pour laisser supposer qu'il pouvait être fourni par les finances de la Ville de Paris, mais bien pour encourager les provinces à faire revivre les anciens prix que l'on donnait sous l'ancien régime, par exemple à Dijon et à Toulouse. Je n'en persiste pas moins malgré mon échec dans mon regret de ne pas voir Dijon, Toulouse et bien d'autres centres artistiques comme Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, etc., etc., rééditer des encouragements utiles. Le prix de Dijon n’aurait-il fait que nous donner Prudhon, c’est-à-dire de lui permettre de voyager, qu’il serait des plus respectables. Mais hélas! nous vivons sous un régime de centralisation artistique tellement rigoureux que rien ne se peut faire sans l'autorisation des bureaux de la rue de Valois. Mais encore une fois, il faut patiemment attendre. Après cette digression sur l'émancipation des esprits en matière d'art je reprends l'examen de l’exposition de la Société nationale.
Dans la section des dessins et cartons, j'ai le devoir de mettre en vedette les deux dessins de M. Aman-Jean, Jeune femme et Jeune file. Ce sont là de belles et saines études.
Ai-je parlé dans la peinture des natures mortes, de Madame Ayrton et de celles de M. Zakarian ? Si je ne l'ai pas fait, je répare cet oubli en rendant hommage à ces deux vétérans dont les moindres œuvres ont un bel accent de décision et qui sont très supérieures aux pastels de Mademoiselle Berthe Art, bien que j’aime fort ses Glaïeuls et clématites.
M. Baud-Bovy, dont je viens de parler plus haut, expose aux dessins une série de portraits très bien compris et une étude Un berger de l’Oberland , appartenant à M. Mathias Morhardt qui, selon sa coutume, a donné en choisissant cette étude une nouvelle preuve de la sûreté de son goût.
BURNAND
PIERRE ET JEAN COURENT AU SÉPULCRE LE MATIN Dû LA RESURRECTION
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