‹ Le Salon de 1898Chapitre 42 sur 54 · ÉGYPTE · texte numérisé non relu

ÉGYPTE

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LA PEINTURE

Guérard, avait les grandes envolées d’un peintre d'avenir. Guérard a montré sa personnalité dans son œuvre d’aqua-fortiste surtout en reproduisant l’infinie tristesse de ces grands paysages mornes de Hollande. La dernière fois que je l'ai rencontré c’est précisément près de cette villa Gonzalès à Monte-Carlo dont sa veuve nous offre aujourd’hui l’image. Le pauvre homme était déjà cruellement atteint par le mal qui devait l’enlever. Il admirait l’harmonie calme et sérieuse de cette Méditerranée quelque peu monotone, qui n’a pas les grandes colères de notre océan breton et il cherchait à en rendre les raffinements de coloration, pendant qu’à côté de nous les frôlements des robes qui se précipitaient à la salle de jeu de Monte-Carlo, parfaitement indifférentes au charme de la mer, nous rappelaient les réalités de la vie banale des habitués de la côte d’Azur.

En parlant tout à l’heure des expositions de la Bodinière, j’ai omis de citer le nom de M. Albert Guillaume. Je répare cette oubli. L’exposition que M. Albert Guillaume a faite rue Saint-Lazare a été en effet l’une des plus brillantes de l’année dernière. M. Guillaume s’est fait un nom et a conquis une réputation très légitime dans le bataillon tous les jours grossissant des illustrateurs et dessinateurs d’affiches.

A côté des Forain, des Caran-d’Ache, des Steinlen, des Hermann Paul, des Ibels, il s’est fait une place et l’Exposition universelle de 1900 nous annonce, non seulement un théâtre organisé par lui, mais un aquarium fait en collaboration avec son frère et qui transforme dit-on la donnée des aquariums connus.

A la Société nationale , M. Albert Guillaume envoie un Programme pour le concert à la Scala et un autre pour les Folies-Bergère , deux aquarelles, puis des dessins extraits de ses illustrations de Mes vingt-huit jours et de Madame est servie.

Cet art de l’affiche a fait de Chéret un chef de file. Chéret demeure toujours le maître. Personne ne sait dessiner comme lui par grandes touches au pastel simplifiant l’effet général et donnant des aspects de jaune de chrome et de bleus intenses qui séduisent l’œil. A sa suite

Grasset et ses élèves ont ramené à des conceptions archaïques l’art de l'aflïche. M. Guillaume et bien d'autres, Toulouse Lautrec, par exemple, vont ou leur fantaisie les pousse et cette fantaisie les sert heureusement. Mais, je le répète, Chéret tient toujours la tète et ses romances sans paroles d’une clarté réjouissante, remuantes de sensations spirituelles, sont des tableaux achevés.

Gyp avec Bob ou Gyp sans Bob, manie sa palette ou le pastel avec infiniment d'esprit.

Madame Madeleine Lemaire apporte six bouquets de fleurs peints avec la maîtrise qu’on lui sait.

M. Le Gout-Gérard, M. Le Liepvre, M. Iwill, M. Latouche, ont d'aimables dessins.

Un maître qui dans notre époque d’incertitude et de trouble poursuit sa route avec une rare sûreté de coup d’œil, qui s’attaque à tous les sujets et qui les exprime tous avec une facture variée, mais toujours robuste, c'est Jeanniot. Son Soldat , ses Etudes de nu sont des œuvres de premier ordre. Doué d’une sensibilité extrême, M. Jeanniot a des recherches d'une grâce exquise que font valoir les ressources que lui donnent tour à tour la peinture à l'huile, l’aquarelle ou le pastel. Quand le temps aura fait justice de productions fragiles et éphémères, les œuvres de M. Jeanniot demeureront.

M. Lévy Dhurmer est en voie de se faire une grande réputation de pastelliste. Son Portrait de M. Ravaisson-Mollien est d'une facture qui plaît.

Madame Marlef, une élève de M. Roll fait des progrès sensibles. Sa Baigneuse est une étude excellente.

Nous retrouvons dans les dessins et cartons, M. Osterlind, le suédois de la Creuse avec une superbe aquarelle, Le poète Rollinat che\ lui.

M. Raffaelli a ajouté à son exposition de peinture, un portrait au pastel très clair, très net et d’une belle attitude.

M. I -ucien Simon et Madame Jeanne-Lucien Simon ont fait de

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