LE MARAIS DE BOVES (SOMME
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LA PEINTURE
la tonalité générale et le paysage est d’une belle impression. Puis ce petit tableau est comme un oasis dans ce désert d’idées où tant de peintres croient pou-
voir remplacer la foi par les banales formules d’un système d'arrangement qui reproduit constamment les mêmes dispositions.
Je ne veux ici nommer personne, mais ce qui frappe dans ces débauches païennes ou dans les sujets chrétiens traités dans les mêmes dimensions que l'on voit cette année en si grand nombre au Salon des Artistes français, c’est une absence complète de conviction, c’est une incessante préoccupation d’ordonner des figures habillées ou nues dans des attitudes qui n'expriment rien que la volonté
de ne pas heurter les habitudes de l’œil perverti des visiteurs. Le tableau devient ainsi une reproduction et non une production.
Tous ces jeunes gens qui ont d’excellentes intentions n’ont qu’à regarder, je ne dirai pas les œuvres des maîtres qui ont immédiatement précédé notre époque, mais les deux toiles de M. Fantin-Latour. Tout est là en parfait accord. Rien ne nous reporte à une chose déjà vue. Ce sont là des chefs-d'œuvre d’observation sentimentale qui vous saisis-
B LEMEUNIER L&- TrotUns de- Pane
sent, vous enveloppent et vous émeuvent. On peut discuter les procédés du peintre mais on est en présence d’une œuvre personnelle. Et je ne crois pas que jamais Salon ait été plus encombré que le Salon des Artistes français de 1898 d'œuvres impersonnelles.
Je le répète et j’insiste sur ce point. Il m'importe peu qu’une composition soit habilement silhouettée, qu'elle occupe de grandes surfaces. Si la silhouette est muette, si les surfaces sont vides, je passe et je réserve ma sensibilité pour le moindre fait divers traité avec goût, pour le plus petit coin de paysage vrai.
Quand on a eu toute sa vie une passion constante pour tout ce qui possède un degré d’art, on en arrive forcément à s'arrêter devant tout ce qui a un accent de vérité, cela sans parti pris de théorie absolue. Le mot le plus profond, le plus juste qui ait été dit sur l’art est celui de Bacon. L’art est l’homme ajouté à la nature. La présentation d’une chose mille fois vue, l’expression d’une sensation mille fois éprouvée, sont toujours intéressantes, à la condition qu’elle soient individuelles.
En dehors de cette recherche de l’inexploré, il n’y a rien. Ainsi je prends un homme qui a été fort malmené, M. Bouguereau. Eh bien M. Bouguereau a le grand mérite d’être lui-même, de voir d’une certaine façon et de traduire comme il voit. Il en est de même de M. Gérôme qui est un archéologue. Ni l’un, ni l’autre n’ont été influencés par ce qui se faisait à côté d'eux. A ce point de vue ce sont deux hommes dont on peut critiquer les œuvres avec autant de violence qu'ils mettent à critiquer, à excommunier même celle des autres qui ne voient pas et ne pensent pas comme eux. Mais que dire de ceux qui les imitent, qui n'osent rien parce qu’ils n’ont pas un tempérament à oser et qui, se tenant dans les lignes symétriques, dans les tons conventionnels, nous offrent de soi-disant compositions d’une rigidité ennuyeuse et qui nous font regretter que l’Etat dépense tant d’argent à les encourager et leur concède des privilèges qui les distinguent du reste des citoyens.
La Société des Artistes français fait, dit-on, grand accueil aux
OUTIN