L'AMORCE
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LA PEINTURE
jeunes gens. Elle est le prolongement de l'Ecole des Beaux-Arts et si elle n’existait pas, si chaque année elle n’ouvrait pas ses galeries aux élèves longuement choyés par ceux qui professent au quai Malaquais, l’art français serait au dire de ces professeurs rapidement débordé par l’art étranger.
En réalité c'est le plus mauvais service qu’ils puissent rendre à la cause qu'ils veulent défendre. Ce n'est pas en étalant ses infirmités devant ceux qui se présentent en pleine santé que l'on fait bonne figure. Que de vieux grognards tels que ceux que je citais tout à l'heure répondent à l’appel. Que ceux qui ont rang dans l'armée de première ligne les accompagnent, soit, mais nous faire assister comme cette année à une revue de la garde nationale plus nombreuse que les années précédentes, c'est vraiment excessif.
Dans l’ordre d’idée qui se dit classique il faut noter M. Gabriel Ferrier, ancien prix de Rome qui a pris la succession de Schlésinger qui n’était pas prix de Rome, M. Danger avec ses grands Artisans de l'arbitrage et de la paix , une toile de grande dimension, M. Laubadère avec son Bal pour les pauvres , M. Lalire et ses Sirènes , M. Grandjean et son Char du Soleil , M. Réalier-Dumas, M. Devambez et bien d’autres.
Quand je dis classique, je fais allusion à cette éducation qui procède de traditions qui ont eu leur côté curieux, passionnant même, mais qui se sont perdues à ce point que ceux qui s'en réclament brouillent tous les genres, toutes les époques avec cette désinvolture qui a fait de notre siècle le siècle du bric-à-brac.
M. Franck Lamy, qui a le profond mépris comme beaucoup de ses confrères du milieu dans lequel il place ses inspirations et qui a jadis trouvé le succès dans l’harmonie de gestes féminins, nous donne cette année la Paix des Champs et Octobre. Comme dans les tableaux que je viens de citer il faut signaler dans ces deux toiles de grandes qualités d’exécution, en envisageant l’exécution à un certain point de vue, mais il faut souligner aussi le désaccord entre les figures et le paysage.
M. Vayson a un bon tableau, Le Départ pour les Arènes. M. Lauth s'inspire heureusement de son maître Henner. M. Alexandre Bouché a de l'avenir. Au Crépuscule est même plus qu'une promesse. On sent déjà là l'œuvre forte.
M. Roybet accommode M. Vigneron en son ragoût habituel.
Je veux signaler encore MM. Adler, Allan, Arus, Allègre, Bellery, Desfontaines, Beronneau, Bicknell, Bisbing, Bohm, Bompard, Bonnet, Eugène Bourgeois, Barillot, Beyle, Jean Brunet, Bunny, Calvé, Camoreyt, Carlos-Lefebvre, Carpentier, Carré, Jules Cayron, Lesbron, Chabas, Charpin, Chetwood-Aiken, Dabadie, Début, Mademoiselle Delasalle, MM. Robert Dupont, Duvocelle, Elias, Ewen, Etcheverry, Faber du Faur, Faehnlein, Faivre, Gaidan, Arthur de Gravillon, Grau, Guinier, Guédy, Hitchcock, Hirschfeld, Herbo, Jacques-Marie Kay, Kournisow, Kruseman van Elten, Laurent- Desrousseaux, Lavergne, Lebrun, Lecomte, Leroux, Lockhart, Lynch, Marais, Marché, Marée, Mihie, Rapin, Nordgren, Edmond Picard, Pierre, Pinta, Rapin, Raval, Ridel, Royé, Rudaux, Sabatté, Sorella, Suréda, Synave, Tardieu, Tinayre, Troncy, Truchet, Weeks, Withers, Wery. Autant de toiles autant d'efforts, d'aspirations, de dessin. La jeunesse est après tout si respectable même dans ses erreurs qu’on lui doit les encouragements qui peuvent animer ou fortifier sa volonté. Mais de grâce qu’elle en ait une.
Devant le tableau de M. Chocarne-Moreau, L' Amorce, dont j’ai déjà parlé, je me plais à revivre les souvenirs des toiles de Biard ou du tableau plus récent de Dagnan-Bouveret, La Noce cliei le Photographe. Le côté plaisant où le côté anecdotique comme dans L1 Atelier de Modiste , de M. Outin, ont des séductions qui plaisent à notre esprit français. Et si peu moderne que soit Le Maître de chapelle de Saint-Marc au xve siècle, de M. Wagrez, nous sommes si indulgents pour les à peu près que, sans nous inquiéter du plus ou moins d’exactitude de la documentation, nous estimons que c’est un devoir de louer l'exécution de ces tableaux non moins que celle de la Girouette , de M. Lequesne, très plaisante en son mouvement.