‹ Le salon de lady Betty: mœurs anglaisesChapitre 11 sur 49 · L£ SACRIFICE · texte numérisé non relu

L£ SACRIFICE

prendre Thaleine qui lui manquait, le ministre commença le service du mariage , dans lequel il usa de toute la promptitudeJmaginable, sans qu'il fût pour cela moins indissoluble devant Dieu et devant les hommes ; car le père épouvanté et le futur bondissant entrèrent à temps par la porte du cimetière pour entendre , dans l'église sonore de sainte- Agnès, miss Anna prononcer : « Je le veux ! » aussi distinctement qu'elle avait articulé dans l'autre : « Je ne veux pas. »

— Je m'oppose au mariage ! vociféra le comte avec une voix de tonnerre.

~ Je suis en âge depuis une heure , répliqua la mariée , en manière de parenthèse au vœu solennel d'obéissance qu'elle prononçait alors, et qu'en dépit de l'interdit paternel , elle acheva tout haut devant Dieu, le prêtre , et son époux.

^ Je vous déshérite! balbutia le colérique FHz- Aymer.

— Je te dote de tous mes biens terrestres ! interrompit le jeune époux en la soutenant dans ses bras avec un regard d'inexprimable gratitude. Et les rites des épousailles arrivèrent ainsi à leurconclusion en présence du père indigné. Quant à Greystock , ne voyant nulle raison qui l'obligeât à en apprendre davantage , il rejoignit en toute hâte le riche carrosse qu'il n'avait pas commandé pour une fuite honteuse ; il hurla , à ses valets étonnés ,

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de retirer les cocardes d'argent, comme les flots de rubans blancs de leurs chapeaux , et d'aller en avant.

— En arrière, bien plutôt, dirent entre eux les ▼alets, qui se vengèrent de leur mieux par des railleries.

Digwell se précipita d'abord après lui , puis il s'arrêta soudain avec une contenance singulière. Une inquiétude mélancolique circula dans tout son corps sous le manteau brun , levé à crédit par son imprudente ambition; il se prit à rèyer, attéré qu'il était, comment il acquitterait jamais ce malheureux vêtement, d*un drap si marron , si lustré; il n'avait aucune espérance probable d'une riche mort prochaine dans la famille de son seigneur ; i moins, pensa-t-il à travers un éclair de joie , que la colère ne fasse mourir lord Fitz-Aymer. Au fait continua-t-il, un peu soulagé, il me parait assez en colère pour tomber en apoplexie; oui , j'en jurerais presque, sa fille va le faire tomber en apoplexie. Monstre de fille! Cette pensé l'aida pour le moment à surmonter l'angoisse dont le frappait au cœur la bonne fortune de son voisin Pitpipe , et il rentra dans sainte-Marie éteindre les cierges qui se consumaient tristement devant l'autel désert.

J'appris encore que lord Fitz-Âymer exhala haut et amèrement les restes de sa colère paternelle, et

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que miss Anoa prêta patiemment roreîUe à ses reproches jusqu'à ce qv'U fût épuisé de fatigue; elle devint alors toute soumise et toute caressante : la joie d'aYoir fait sa volonté lui donnait une grAce pénétrante et des charoles iiïésistiblcs. u Pardon! pardon! disait-elle à travers des baisers et des pleurs d*amonr; embrasses^moi, mon père!

pardonnez à votre tendre fille; je le veui! je le veux! je le veux t.» Et le pèreehancdia, surtool quand il vit à ses pieds le jeune époux, trop wbooiêt reuxpour n'être pas un conciliateur ardent entre lui et sa belle héritière; il laissa donc couler sa main dans celle de^son nouyeau gendre, et versa même, avec quelques larmes, sa bénédiction sur le couple aimable prpsterné devant lui; ce qui fit qu'il ne mourut pas de colère comme levait craint ou espéré le fossoyeur d^ Saiutte-Agnès.

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J'avais Tîngt-^înq ans, comme je me troayais en ▼acances à Dakenshade. Doux âge sentimental!

Lieu cher et longtemps regretté ! Dakenshade était la plus jolie maison de campagne qui se mirât dans, la Tamise de Gloucestershire à BlackwaL. C'était pres({ae un petit château au moins. Quatorze litsde maîtres , capables de loger les chevaux de toute une compagnie de carabiniers ! Et les beaux arbres ! oh ! il n'y en a point de pareils en Europe î Et les aimables hôtes! La vieille lady Layton , la châtelaine ; si bonne , si aimée de tout le pays! El ses deux adorables filles, lady Barbara, la brune aux yeux noirs, lady Betty^ la blonde aux yeux

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