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des rossignols eux-mêmes. Oh! le magique enchantement! des regards brillants, et delà musique sur Teau vers la brune. Oh ! les célestes mélodies d'amour mystérieux ! — Ou bien nous courions par le bois de chênes , tapissé de lierre et de mousse , nous y jouions à cache-cache ! Et puis , Betty et moi , nous avions toujours entendu quelque bruit 'lointain de branches écartées et de pas sur les feuilles ; et c'était Barbara , la plus brave , qui s'avançait seule , afin de démasquer l'ennemi , et de prouver notre marche. Enfin, et trop tôt, la lune nous montrait son doux visage mélancolique, ou ks étoiles nous regardaient de tous leurs yeux étincelants; c'était lé signal de la retraite. Nous retournions lentement à la maison; là , encore assis quelque temps au salon , au coin des sophas , nous causions à voix basse , et nous regardions à travers les fenêtres ouvertes , les nuages fantastiques voiler l'azur sombre du ciel nocturne ; notre imagination leur prêtait mille formes ; nous leur adressions mille apostrophes romantiques empruntées des poèmes d'Ossian. Doux moments! Douce obscurité ! Comme j'aurais de bon cœur , alors , souffleté le valet sans pitié , qui venait fermer les eroisées et les volets , et apporter les bougies ; c'est que tout était fini, On servait le thé! C'était le réveil ; lady Layton ne se rendormait plus. On pouvait considérer la journée comme achevée.
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Les choses allèrent à peu près de cette sorte ai- Tîron une semaine , ou dix jours. Lady Betty senn blait plus recueiUie , plus pensive qu'elle n'avait été d'abord. Son air était plus sérieux et plus languissant; ce n'était plus la mèoie affectation d^n* souciante indifférence.
Combien elle avait cjiangé ! sa lèvre supérieure ne se pinçait plus dédaigneuse et moqueuse , sa lèvre inférieure s'abaissait voluptueuse et sentimentale; elle ne parlait plus haut et vivement; chacune de ses paroles avait uBe harmouieuse cadence. Lorsque je la suppliais de me conter ce qui se passait en sdH âme , elle m'affirmait qu'elle n'éprouvait rien qu'une tristesse vague. Si elle était plus grave , elle ne savait certainement pas pour« quoi; c'était sans doute qu'^e vieillissait, ou peut-être , c'est que le. temps la rettdaît meilleure; elle l'espérait du moins. En somme , elle me per^ mettait de la consoler , si elle avait à être consolée. En tous cas , comme elle était déterminée , à se ré- . former et à corriger tous ses défauts , ette m'établissait son mentor , le directeur de sa conscience, elle souhaitait d'être parfaite; c'était moi qui de^ vais lui procurer cie difficile mérite.
En vérité, je ne pouvais attrib«er qu'à mon influence cette métamon[)hose , et je m'en félicitMS avec ferveur. Betty serait avant peu le modèle idéal d'une épouse accomplie. Je contemplais d'avance
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"^ en elle la compagne de ma vie à venir ! Ce serait ^le qui partagerait aies peinea et mes joies* Elle serait la mère ch^ié de mes enfants! ilyarait nnaiiitenant de la cruauté de ma part à différer da* ▼anta^ ma déciaratîon. Mais quoique je n'aie point du tout de sang écossais dans les reines , j*ai toujours été passablement adonné è la prudence.
Lady Betty avsut été longtemps folle et coquette* Cette subite sagesse qui lui poussait, n'était-elle pas la pure fiintaisie d'un moment? D'ailleurs, il y avait, dans le vague de mon sentiment, un charme que n'aurait plus ma passion déclarée. Toute réflexion faite, je décidai qu'il était bon d'<diMenrer encore. Je résolus de n'agir qu'après avoir délibéré plus mûrement.
Nos passe4emps continuaient cependant d'être les mêmes. Seulement, il y avait dans nos rapports plus d'abandon et d'intimité. Nous échangions fréquonmenlde petits gages de souvenirs : eutre autres cadeaux, lady Betty m'avait donné une bourse de perles de sa façon et une botte à pinceaux ; moi , en retour, Je l'avais libéralement accablée sous un monceau d'épttres et d'aqijijirelles, mais elle voulut en outre un petit album de poche de maroquin Hlas â flets dorés, où elle savait que j'écrivais çà et lé les pensées fugitives que la fantaisie me suggé* rait; je tenais cet album (n'importe de qui ). Quel objet, si cher qu'il me fût, n'eussé-je pas saerifté à
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une blonde adorée! elle le reçut en ses deux mains, le pressa contre son cœur, et me jura qu'elle lui conserverait l'usage que je " lui avais donné. Bien mieux , elle y consignerait ingénuement tous ses torts , toutes ses foutes : ce livre serait son confesseur, si bonne protestante qu'elle fût. Lalécturedes péchés qu'elle lui aurait confiés serait pour eUe, peut-être, le meiUeur moyen de s'amender.
' Hélas ! le sommet de la félicité n^est pas un plateau bien large ! Pourquoi faut-il encore que le peu de mortels qui se sont hissés jusqu'à cette cime désirée ne s'occupent qu'à s'en précipiter les uns les autres?
J'avais vécu à Dakenshade fort paisible dans mes amours , sans troubles , sans jalousie , mais à vrai dire sans beaucoup de mérite , car pas une figure d'homme n'avait été sur mes brisées et ne m'avait disputé le terrain. Mais voici que tout d'un coup un personnage se rua entre nous, qui menaça d'abord fort dangereusement ma position. C'était une manière de fasfaionable, un lord, un élégant de qualité qui menait lui-même sa voiture à quatre chevaux de pur sang „. et coupait ses habits de sa propre main. Il avait le visage parfaitement à la mode , c'est-à-dire cadavéreux et dévasté. Il possédait au suprême degré cette suffisance impertinente et languissante à laquelle la beauté ne résiste pas. En résumé, c'était l'homme du monde le mieux
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fail pourm'inquîéter, et réellement j'eusse été trè»inquiet si je m'étais senti moins sûr du cœur de ma maltresse , si le triomphe de «a conversion que je m'attribuais ne m'eût surtout entièrement rassuré.
Je n'oublierai jamais pourtant le fracas que causa l'irruption de l'illustre intrus. C'était un parent éloigné de lady Layton ; en conséquence, s'était-41 reconnu le droit de venir sans invitation et avait-il déclaré qu'il resterait jusqu'à ce quMl s'ennuyât. Il commença par commander aux domestiques de la maison comme s'ils eussent été les siens, et se fit servir et loger absolument de même que s'il fût arrivé chez lui : à peine daigna-t-il faire de la main quelques signes de courtoisie aux dames tant qu'il ne fut pas installé confortablement selon ses souhaits. Durant les premiers moments de cet envahissement, je m'étais tenu à l'écart, plein de surprise et d'indignation; on m'amena bon gré mal gré , on me présenta au noble lord qui eut l'air de toiser ma modeste apparence d'un long regard souverainement méprisant. Il m'honora toutefois d'un salut qui n'eût pas été plus glacé fût-il venu de la Laponie, et, en retour, il en obtint de moi un autre du pôle nord. J'étais on ne peut plus mécontent : ce noble parent ne me semblait qu'un usurpateur de mes droits. Ces libertés qu'il se permettait vis-à-vis de Betty et de Barbara étaient une
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TioIatioB de ma propriété. Iln'ya¥ait pas jusqu'à ses familiarités avec la vieille lady Layton qui ne me parussent aller contre mon autorité légitime. Bref, je fus immédiatement Fennemi déclaré du personnage, et mon aspect courroucé ne le dissimula guère.
Lady Betty aperçut vite les fureurs qui grondaient en moi, et elle ne négligea rien pour les empêcher d*éclater. Elle me calma d*abord un peu d'un de ces regards tout puissants qui maîtrisaient SI bien mon àœe , pius elle me conjura de l'aider à traiter le nouveau vemi selon la civilité qui lui était au moins due. Les attimtions de commune politesse qu'elle avait été obl^ée de lui montrer l'avaient déjà, prétendait-elle, excédée; elle n'en pouvait pi^è , elle appelait mon courage i son secours.
Je fus ravi de la confidence. Elle ressentait donc comme moi l'iBeotiitiodité et l'in^scrétion de cette visite inattead^e ; je ne l'en aiflui que mille fois davantage de détester cet honune ! Pauvre chère Betty! elle me l'avait dit à l'oreille, s'il demeurait seulement une semaine, elle en tranberait malade»
Cependant, comme bien l'on paise , toute notre façon de vivre avait été révolutionnée. La maladie de lady Betty se réalisa telle qu'elle l'avait prédit* Elle fut bientôt trop faible pour remonter sur l'âne et re|»*endre nos cavalcades; elle n'avait même plus la force de s'enfermer dans l'intérieur du
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cônpé que lord Browniberry faisait atteler tous lea jsurs afin de tenir en haleine ses chevaux de pur sang^. Sa santé dk^Iicate exigeait qu'elle respirât le grand air; il lui fallait s'asseoir sur le siège près âvL glorieux fashionablequi prenait plaisir à mener lui-même à la campagne ses grandes voitures»
comme à la ville aés tilôurffsei ses tandems; on avait plus de mal encore à venk à bout des soirées que des matinées. Lady Barbara me priait souvent de l'accompagner à la promenade. Quant à lady Betty, elle n'eàt pas osé s'aventurer à se mouiller les pieds dans le gazon humide; nous Tabandon* mons é(mc à la merci du noble lord, pour qui la marelie était un divertissement vulgaire tout à fait méigne d'Une personne distinguée et à la mode. La bonne vieille lady Layton n'avait pas néanmoins <i$scontmué ses siestes; lorsque B^Hrbara et moi nous rentrions au salon , nous y retrouvions bien Belty et son illustre parent éveillés ; mais je ne sais comment il advenait qu'ils étaient toujours sans lumière ; on n'avait jamais préparé le thé, et cependant il était parfois très-t»*d. J'avais alors des accès de êpleen éloquent que chacun admirait ; je m'^ prenais au crépuscule , à la lune et au& étoiles , et les traitais de la manière la plus outra-* géante; je n'épargnais pas la nuit, dont je chantais naguère si poétiquement le tendre mystère, A pré* sent j^ccusais sea cODoq^laisanees honteuses; je lui
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reprochais en termes fort rife le rôle peu honorable qu'elle jouait en tiers dans les intrigues amoureuses. Mes improvisations satiriques étaient si entraînantes, que lord Brownsberry y applaudissait lui-même. Pour lady Betty, elle trouvait moyen dé m'en remercier, soit en me pressant le pied, soit en me serrant la main ; je ne lui en voulais donc pas , mais , sa patience me navrait. Où trouvaitelle le courage avec lequel elle supportait les insupportables assiduités de notre prétentieux et maussade seigneur ? Elle ne se contentait plus de lui montrer de la politesse , elle l'accablait de prévenances, elle louait son esprit et sa conversatioa. Tant de savoir-vivre et de dévouement à l'hospitalité me surprenait , je le confesse, et me dépitait singulièrement.
Toutefois, si mécontent que je fasse au fond, avec un pareil exemple sous les yeux, et après les promesses pacifiques que j'avais faites, je ne pouvais raisonnablement manifester ouvertement mes dispositions belliqueuses. Il est certain que mon ennemi avait réussi à interrompre toute conununication sentimentale directe et continue entre moi et ma bien-aimée; mais je n'étais pas sans jouir à ses yeux de certains triomphes qui m'étaient d'amples dédommagements. Par exemple , c'était constanunent moi que lady Betty chargeait de ses mes^ sages à sa mère, qui se tenait une partie du jour
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( comme nous Parons dit déjà , ) dans sa chand>re , tricotant, des bas ou des jupons de laine pour les hôpitaux par souscription du comté ; puis à peine arais^je achevé ces missions que ma bien-aimée m'expédiait yers sa sœur, qui ayait, disait-elle, besoin de mon aris sur quelqu'un de mes dessins à la salle, d'étude. Ces familiarités démontraient clairement au noble lord en quels termes nous en étions, Betty et moi, et comment nous nous entendions. Ce qui me r^'ouissait principalement, c'est qu'il pouvait voir que je n'avais nulle crainte de le laisser seul en tète à tète avec mon amie, et cette confiance seule , à mon idée , devait l'humilier profondément et le blesser au vif; la pauvre Betty n'avait-elle pas d'autre ressource pour me prouver la fidélité de sa pensée, elle exhibait le petit album lilas; c'était tout me dire, c'était m'exprimer par un langage muet, mais bien intelligible, que ce livre chéri recevait la confidence de tous ses ennuis, de toutes ses importances; il était toigours ainsi, qu'elle l'avait promis, son confesseur. Ainsi, au milieu même de nos amères tribulations , elle songeait encore à se corriger de ses légers défauts, à se rendre plus parfaite. Adorable et bien adorée Betty! à ces preuves évidentes de ton amour, mon orgueil et ma passion ne faisaient que redoubler. Enfin, la fortune parut me revenir plus prospère. Je ne tardai pas à entrevoir le terme de la
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contrainte où je gémissais. Lord Browusberry était un personnage de trop d'importance pour que la nation lui permit de s'oublier et de s'amollir dans le repos. Les conseils de l'état requirent saiH dainement sa présence ; il fot sommé de resitaer i la capitale son bettîqueux Tisag»^ tout l'élégant aUirail fashions^e qiû «nambrait l'appartement de Pillustrissine seîgiieur, fut réemballé à mon ÎBexprinaMe satisfaction. Le coupé se trouTa un hêsm matin à la porte du manoir, attelé de ses quatre obevaux de pur sang ; ipais il avait été dit que la triste Betty serait victime jusqu'au bout. Sa mère avait voulu qu'elle profitât du départ de son noble parent pour aller visiter une école de cbarité sise à trois milles, dans un village qu'il traversait en s'en retournant , et où il la laisserait. Je la vis partir avec lui désespérée; je ne lui offris cepenr dant pas de l'accompagner, c'eût été. sottement et bien tardivement faire le jaloux ; mais sur sa demande, je m'engageai de grand cœur à me rendre au devant d'elle le soir pour la ramener.
J'entrai au salon , je n'y trouvai personne, Barbara et sa mère s'étaient retirées cbacune en sa chambre; je me jetai sur un canapé, et je me mis à savourer lés délices qui m'attendaient.
11 était donc enfin parti, nous allions être seuls encore. — Mon cœur bondissait , j'avais la fièvre , toutes mes pensées n'étaient que poésies. Une feuille
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de papier blanc me tomba sous la main, elle fût eB un instant enriebie de deux sonnets qae ma va- Bité jugea digne d*ètre transcrits quelque jour sur le i>etit album lîlas de ma cbère Bettf ; mais je regardai du côté du piano, bon Dieu ! le petit afi)ttm était là lui-même; c'était la Proyidence qui avait Toulu que ma bien-aimée oubliât de le prendre avec elle ou de le serrer sous clé , ainsi qu'elle le faisait toujours. Elle l'avait laissé ainsi dans la précipitation de sa course imprévue ; j'ouvris donc le petit livre, et tout à mon amour-propre poétique , j'écrivis d'abord mes sonnets, et de ma plus belle écriture. Quelle surprise ce serait pour la pauvre enfant quand elle lirait là de pareils vers ! Mais une fois ma transcription achevée , la fantaisie bien naturelle me prit de lire moi-même, c'était de la curiosité indiscrète; mais le moyen de résister à la tentationî comment ne pas saisir cette occasion précieuse qui m'était présentée de pénétrer dans les plus secrètes pensées de celle que j'adorais? et puis, n'était-ce pas de sa part une innocente Ihiesse? n'avaft-elle pas à dessein choisi cette ingénieuse voie de mé révéler son âme? était-ce le cas d'une réserve trop craintive et délicate ? ne serait-elle pas au contraire, loin d'être fâchée, excessivement mortifié si je ne profitais point de l'avantage qu'elle m'offrait elle-même? — Ces réflexions me 'décidèrent, et sans plus résister, je me plongeai avide-
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ment dans la lecture du journal de mon ange aux yeux bleus. Les pages ou j'avais autrefois tracé quelques lignes, étaient les premières; je les sautai jmpatiemment; enfin, j'arrivai à celles où elle avait fait parler son cœur; elle conimençait par noter le jour on je lui avais donné l'album, puis elle exposait sérieusement les projetsd'amendement qu'il lui avait suggérés. Un mémorandum suivait, qui énumérait les raisons qu'elle avait d'aimer M.John. — Je pressai le charmant volume contre mes lèvres et je poursuivis.
Voici quelles étaient ces raisons de m'aimer qui étaient classées par ordre et numérotées :
— u Peemièke KAisoir. En fait de mariage un bon caractère est préférable à un grand es^ prit. Si le cher John n'est pas fort sur le dernier article , ce n'est pas sa faute; son excellente nature établît suffisamment la compensa-tion. »
Folie ! pensais-je. Est-ce à dire que je suis un imbécile sans méchanceté , un mouton qui lèche la main qui lui tond le dos; est-ce bien là le^ns? n'y a-t-il point de faute d*impression ? mais non : le texte est parfaitement clair et correct. U n'y a point d'erreur : avançons toutefois !
— u. Seconde kaisoiï. La beauté n'est nullement nécessaire chez un mari. John se croit un Adonis f il s'admire beaucoup; tant mieux
pour sofi bonheur, cela m^jéparçneramn peu rembarras de nCen occuper. »
Peste! xa'éormi-je, de la malice et du jnauTais ccBur. La tète de tourpait déjà*
^ uTEOisiiiiBiUUSOif. /'a/£ft^6ftcfi^d'irf fif^ les aitacàetf^ents passionnés ne produisUieni en ménage qu'inquiétudes^ Jalousies et querelles incessantes. SHl en est ainsi, l'esprit calme que w^ifhspire M. John, m'est un sûr garant de la vie sereine et paisible qui nous attend. »
Je frappai du poing les touches du piano , 4pii se lamentèrent misérablement.
— uQuATJLisME AAisoir. Js mc suis demandé quelquefois si cette estime pouvait passer pour de r amour et en tenir lieu; mais fai réfléchi que rien n'était si près de l'amour que la pitié; or, J'ai pitié de M. John pourtant de causes, que ma conscience est en repos. Assurément Je ne suis pas très^loin d'aimer ce Jeune homme,i>
Pitié ! criai-je , poussant du pied un fauteuil ,<{ui ftit rouler à dix pas! Pitié! ah! merci !
-— (i €iirQUiÈit£ TUkJ^OTH. J'ai pitié de lui parce qu'il est nécessaire que Je le mette sottë la remise durant le séjour de lord Broumsberry à Dakenshade. Autrement mon cher illustre parent pourrait être découragé par les apparences et ne point se décider à cette déclaration qfi'il me fait depuis si longtemps attendre. » i 12
Ahf me mettre sous la remise! L'indignation me coupait déjà la parole !
— « Sixième raisoit. J'ai pitié de lui, parce que si lord Brotonsberry se laisse prendre tout à jpaity j'e serai contrainte de mortifier le pauvre cher John par la signification d'un congé en forme, »
Mille grâces , belle Betty !
— « Septième RAISON. J'ai pitié de lui parce qu'il met une grâce , une complaisance charmante à quitter la chambre toutes les fois que sa présence est importune* »
A meryeille , Betty ! J'irai maintenant jusqu'au bout sans m'interrompre ! Je n'ai même plus de colère...
— «Huitième kxisov. J'ai pitié de lui parce que son extrême confiance en mon affection le rend par trop ridioule, ce qui fait que notre méchant lord se moque du pauvre sot sans miséricorde. »
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— « Neuvième raison. J'ai pitié de lui parce que si Je finis par V épouser on dira partout que je l'ai pris comme pis aller et en désespoir de cause j attendu que lord Brownsberry lui a généreusement cédé la place. »
MM
— « Dixième raison. J'ai pitié de lui parce
qu*il a eu la bonhomie de consentir à venir à ma rencontre à mon retour de técole de charité, sans soupçonner seulement que je vais là uniquement afin de fournir à mon irrésolu parent une dernière occasion de se déclarer. Oui, j'ai sincèrement pitié de ce cher John. Cest un excellent j'eune homme ! On ne trouverait pas demeilleure étoffé pour y tailler un mari. »
En vérité, criai-je,en vérité! chère Betty. Eh bien, remettez, s'il vous plait, vos ciseaux dans votre botte à ouvrage. Je ne suis pas, je croîs, précisément du drap où vous vous couperez un époux! Mais voyez-vous le plaisir qu'il y a à pénétrer les secrètes pensées de la femme qu'on aime! — Ne nous plaignons pas pourtant ! — Remercions plutôt la fortune ! — La découverte , si amère qu'elle soit et dill&cîle à digérer est au moins salutaire , et nous en ferons notre profit.
Sur quoi je fermai brusquement le petit album lilas, et le balançant avec délicatesse entre deux doigts de ma 'main droite, je l'envoyai se poser à son gré sur le tapis dans un des coios du salon. Je m'approchai alors d'une croisée ouverte. La rivière coulait justement au-dessous. Quelle tentation ! Mais ne serait-il pas plus dramatique et plus beau de me brûler la cervelle ^ que de me noyer ? Ou bien si je prenais la poste , si je courais après le coupé du noble lord , si je lui demandais raison
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lepntblet au pôîiig de fô trahison de nta tnaHresse! — Yàiik quels sanglants desseins je roolafs en ma peiâséë. — Il fallait absolument qirti y eût quelqu'im' de tûé. Mais je ne pouvais déterminer le choix de la ▼ictime. Toutefois je penchais à me ddnnèr la préférence. Ce serait jdus facile. Tétais M, moinnèmé à ma disposition. Et puis' finir à lâ Werther ce serait un dénoùment bien poétique et digne en tout point du commencement de mon roman !
yétais encore à la fenêtre, étreignant la rampe de son balcon, et plongé en mes mortelles perplexité, lét^^ù'accburut lady Barbara, riant et dansant; te^ nant un paysage esquissé; sur leqitel dlié Tottlalt avoir mon avis. £Hè' fut pétrifiée à' mon aspeét^. 06 eût dît qu'elle doutait que je fu^ du nontbl'ë tlës vivants. Je devais en effet avoir l'air déjà phisqn^ moitié mort.— La pauvre fiUé pâlit soudain, pulis die rougit. — Mais elle se remit peu à )»eu, et se hasarda à me demander la cause de mon trouble ex^ tràordinaire;..
L'émotion de Barbara qui doublait sa beauté, le profond intérêt qu'elle m'avait, eomme invôléntai^ rement, témoigné; l'anxiété que trahissaieht son céilliumide et son agitation, tout cela mefrapt^a d'un rayon lumineux qui me rendit' la ibrce et' Tespiéranee. Oui-, je pouvais me venger de lady Betty et d'une' façon beaucoup plus agréable quVn me
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tiofattt-oà eb me faisant sauter le crâne'. ~ Barbara élMt incontestablement plus jolie que sa soeur, et Vkji mieux faite, mille fois plus sensée et spiritûeQe l Douce et bonne Barbara ! Comme elle s'était noblement sacrifiée en me cédant à Betty ! Car elle nfayait aimée aussi, elle, la belle enfant aux yeux noirs! Que disai$-je Elle seule m'avait. aimé véritablement! Et moi je m'étais trompé, voilà tout. Pavais afimé d^abord les deux sœurs, puis j'avais cru préférer la blonde ! Là était mon erreur ! C'était la bruùe que j^adorais réellement à mon insu. Quelle létale' méprise m'évitait la protection du ciel! Mais je le remerciais à genoux ! Combien j'étais heureux qu'il m'éùt ouvert les yeux et arrêté au bord du précipice ! Il h^était donc pas trop tard pour récompetfser ma vraie blen-aimée de sa tendresse discrète etcàcbée! Oh! suprême félicité! ce serait ÏBarbara qui preifdrait ma vie et recevrait la mienne! Barbara était là femme que Dieu m'avait destinée! Elle serait! la mère de mes enfants, elle, et non plus la paijure Betty qui avait rompu elle-même, grâce à la Provideiice, les liens dont je m'étais imprudemment laissé garrotter. L'enchanteresse avait détruit son' charme^ de sa propre main ; mon cœur, ma raison, mon libre arbitre, tout m'était restitué,
Pavais besoin d'ppancher mes sensations qui débordaient. J'entamai promptement les aveux. Ce fut de p'àrt et d'autre une inexprimable confusion :.
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nous rougissions, Tun et l'autre, jusqu'au blanc de nos yeux. Je m'expliquai néanmoins, et très-clairement, malgré mon trouble extrême- Je remerciai Barbara tout en larmes, de son dévouement et de son amour désintéressés. Je lui jurai qu'elle n'avait point eu affaire à un ingrat. Puis, allant droit au but, je lui confessai ma passion que je m'étais vainement dissimulée longtemps en moi-même, et qui m'était enfin miraculeusement révélée. Je déroulai mes projets, et lui saisissant la main, je lui contai mes espérances de fortune, ma généalogie.^ Je fixai l'é^ poque de notre mariage, le lieu de notre future résidence ; j'allai jusqu'à lui déclarer la somme que je me proposais d'employer en cadeaux de noces.
C'était à présent le tour de Barbara. La chère enfant était pourpre ; elle tremblait, elle balbutiait.
— Je suis désespérée, dit-elle, —j'ai peur, —j'espère ; — je ne sais vraiment que répondre.
Il lui fallut s'arrêter pour se remettre un peu. Moi, je m'étais jeté à ses pieds; j'étendais les bras pour qu'elle s'y précipitât. J'avais une image sur la vue. J'attendais en une extase indicible.
— Comment, lu hésites, m'écriai-je hors de moi, tu n'oses parler, ma divine Barbara ! Oh ! tu m'aimes! eh bien, ne crains pas de le dire! laisse sans
-frayeur s'échapper de tes douces lèvres les mots «élestes! Di^moi, répète-moi que tu m'aimes ! Barbara avait retrouvé quelque courage.
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— Hélas I monsîeur lohn, répondit -elle d*un voîx plus assurée, je vous jure que ce n*est pas ma faute, si tous vous méprenez ainsi. Mais voici trois ans que mon cousin le capitaine a la promesse de ma main,—- et que nous nous aimons;-— et il est arrêté que je l'épouse avant les fêtes de Noël.
Et elle se retira lentement, n'osant pas me regarder, et m'abandonnant le soin de tirer moi-même les conclusions de sa réponse.
Ce fut là un second coup par trop rude. Ma stupéfaction était efi&oyable. Je n'avais plus une goutte de sang dans les veines. Je me relevai et fus me contempler au miroir. Je me trouvai une mine de trépassé qui me fit reculer six pas. Je ne songeais plus à me tuer. Je croyais la besogne achevée. J'eus bien, je pense, un bon quart-d'heure de vraie folie.
Cependant j'avais bu machinalement toute l'eau d'une carafe qui était sur un guéridon. Je m'étais assis. Je repris un peu de raison et me mis à considérer ma situation. Elle était horrible. A quelle école j'avais été I Barbara ne m'aimait donc pas, décidément! La pauvre fille n'était pas si à plaindre que je Tavais supposé. Elle n'avait pas souffert le moins du monde de ma loi^ue indifférence, et le retour de mou affection ne la touchait pas davantage! bref, elle avait ses sentiments et sa main engagés ailleurs! En quelle lourde erreur j'étais tombé Le magnifique désappointement! J'avais choisi un