‹ Le salon de lady Betty: mœurs anglaisesChapitre 19 sur 49 · LA DSMRltttB TOQUHlS DD.SXOQtER · texte numérisé non relu

LA DSMRltttB TOQUHlS DD.SXOQtER

neux dans la nuit. Elle avait. revu cette jfigure voilée, cette ombre. matte et informe; cette apparition noya sa joie, d'une sueur froide : mais se retournant yJTjément, et plongeant sa tète sous ses cou» vertures, Jane ne retrouva bientôt dans un profond sommeil , que des visions du ciel et de Frank pardonné ! de Frank vertueux par amour pour elle.

Un hasard fort rare avait attiré deux jours de suite M. Darcey hors de sa maison.

Le lendemain Franck retrouva Jane encore seule à rheurcoù il, avait.promis de revenir. Il s'arrêta sur le seuil de la chambre où elle était assise, la regardant,de loin , la voyant souriante et calme , belle et sûre.de lui : mais il n'entrait pas. On eût dit ses pieds allourdis |par une inconcevable hésitation ; son visage était à la fois pâle et coloré; il semblait traîner avec embarras, les indices accusateurs d'une nuit passée dans l'orgie , qui communique aux sens uue faiblesse insurmontable et qui imprime aux regards une fierté stupide.

Dédaigneuse de la vie, Jane fixa sur lui ses yeux pleins d'anxiété ; plusieurs minutes de silence se passèrent ainsi : à la fin , il entra brusquement et dit en affrontant le long regard de Jane :

— £h bien ! Jane, tout est résolu. Ma détermination restera même; mais dans deux semaines, trois^ au plais... .

— - Deux«.. trois semaines? que voulez-vous dire,

LS DEBinklB TOimiliB DU 8X0OU».' 170

Frank? demanda Jane d'un ton de terreur et de ' surprise.

— Un'est nul' besoin de tous préparer, chère âme ! les phrases sont inutiles avec une personne de TOtre caractère.., Puis, reprenant courage pour achever, il poursuivit sans reprendre haleine : Le vieux ami de mon père, mon seul àmi^ à moi^ quand je devins orphelin, celui que j'honore , entendez-vous, Jane, pour tous les bienfaits dont il a relevé ma misère , le vrai capitaine du Sphinx est en ce moment terrassé par une brusque maladie qui lui barre la route du devoir j à lui.

Les Smoglers ont aussi leurs devoirs; ils ont entre euxleurs lois qu'ils savent remplir. Bien des familles vivent à cette heure, sous leur empire, qui inonderaient lés grandes routes en mendiant leur pain. Et la grande route, Jane , est froide et dure au mendiant ! Bref, ce vieillard , pour nourrir UnU cela, a exposé sa fortune entière dans l'achat d'une immense cargaison qui attend de l'autre côté de l'eau des mains prudentes et hardies pour l'enlever et l'amener à bon port ; il n'a de confiance , après lui , dans aucun être vivant que moi...

Frank se tut. Il crut avoir tout dit pour mériter que Jane l'approuvât. Il attendit, mais sans la regarder encore , qu'elle lui répoildlt : il n'entendit pas même son souffle: alors il reprit avec une énergie plus prononcée :

180 LA HttmÈUB TmWKiM W IKOQUUU

^ Hier , qa^nà je rentrai ^ son m^elol m'atten^ dait;

' — Le lieux capitaine est ehtwiréy me dit-il ; il n'y a qne vont ponr le remettre au large.

J*id cmru; je l'ai tn dans d'atrocea souffrances y nnde et pâle dans sa. lutte a^ec la mort : cela n^a fait mal... J'ai tu mourir mon père! â s'est IcTé sur son cheyet le pauTre vieillard; il m'a dit ces paroles :

Fnink! que le coup qui me frappe ne i^onge pas en mème.temps tingt ftimiUes dans la misère^ tout ce que je possède est li-*bas.*« Ta le diercher : o'est pour eux!

Ob! alors, j'ai jure! j'ai fait plus, Jane, j'ai pleuré sur sa main qui s'étendait Ters la mienne. Ainsi donc, encore un Toyage sur le Sj^kins^ un dernier Toyage, reprit-il Tirement. Pour un noUe déTouement , la dernière tournée du smogler ! pas une obole ne déshonorera cette action : ainsi, m'aide le ciel! je serai fidèle à la reconnaissance et à uni fîi>i jurée : comprenez-Tous, Jane?

Jane , qui n'aTait pas respiré durant cette expli-' cation, ne répondit alors que par un smglot qu'elle ne put étou^r 2 il semblait être le dernier effort d'une âme qui se brise, et il retentit comme un glas sinistre au fond du cœur de Frank.

€elui*ci , seulement alors', tourna les yeoxsur elle; et puisant une espèce de courage dans ses re^

Là MMmÈÊM VMVltl M tWMiUA* 191

gards épouTântés*.. car il y Toyait ime lutte à bra* ▼^, il se hâta d'ajouter poor en finir i

Je m'embarque cette Doit*

Je k saTais! dil-elle d'une Toix recueiilie et lente qui parut terrible à son amant , en sortant ie ces lèvres sans couleur.

— Il va donc arriver maintenant ce qpue je ne peut éke^ ce que je sens en dedans de moi.«« ce que mon cœur m'annonce depuis trois «is 1 Yeuxr tu être averti, Frank?poursuivit^le avec un regard fixe et profond de la seconde vue : veux^4u être averti? si tu le veux, Je ine jetteà tes pieds, je t'im* plore... tu te dégageras pour Pamour de tonâme^ de ton Dieu , pw celui de ta tendre et malheureuse Jane..» Je te crierai, demeure! demeure 1... mais non, car ce serait en vain : vous ires, vonsrevien* drez, alors* ••

Un cri sourd sortit de son ocMir et fit Ivessaillir Frank dont elle serrait fortement le bras.

-* Non, vous ne voulez pas I...

Elle mit dors ses mains^ délicates sur Tépaoledu Jeune homme étonné, et parcourant rapidement sa figure de see regards avides et curieux, elle murmurait des paroles d'mi sens indéfini dont robe- •curîté plaintive fit de nouveau tressaillir IMntrépide smogler; puis , elle prononça tout haut avec une incompnShensible tristesse :

•*- Dis que tn ne veux pas !

183 LA BSRiritM TOUKllte 90 IKOGUl,

— Jane ! s'écria Frank , s'eiforçant de surmonter un frisson superstitieux, je ne tous comprends pas : ma ?ie a été une série de dangers, de honte, si TOUS Toulez; mais quelques jours ajoutés à plusieurs années ne peuTent entraîner ma ruine ou ma damnation... Que Toulez.-Tous dire enfin : mais, parlez donc ! le but de. ce dernier serTice le sanctifie d'ailleurs; j'ose le croire, et je tous le répète, cette tournée est la dernière, Jane! je jure par le ciel que c'est la dernière.

— Dis seulement que tu ne Teux pas! répéta Jane après son inintelligible prière : dis que tu ne Teui pas l

— Jane ! cria Frank d'un . ton de surprise et < d'horreur ; c'est là .un horrible jeu! j'ai eu parfois •la crainte Tague que TQtre singulier enthousiasme ne dégénérât en démence... présentement, dé-^ vouezrfnoil je suis enchaîné. par ma parole, lié par l'honneur, par la gratitude , par Thunianité : je ferai ce que j'ai .dit, /e ie veux.. — Jane trembla. ^ £t dans trois :semaines , je rcTiendrai. Allons , ouTrez Tosbras, Jane! ma fiancée! ma femme !...

-Et' dis-moi fermement , mais tendrement adieu ! •là !... poursuiTit-il^en l!attirant passionnément à lut, Jane tomba dans. ses. bras: le serra faiblement contre son cœur; puis, aTec des lèTres aussi pures , aussi froides que la mort , elle imprima un baiser doux et profond sur les siennes : Frank

LA DERIlIÈaE TOUILIÉE SU SH06LES. 183

chancela ; le sang bondit de son cœur à sa tète, il regarda Jane à demi évanouie , livrée à sa seule protection : il crut voir en elle le ciel d'un homme! et ne hasardant pas un autre regard avant qu'il eût rempli son engagement, il se dégagea par un effort sublime de cette étroite et dangereuse étreinte, tourna dans un vertige sur lui-même , pressa de ses deux mains son cœur qui se mourait d'amour , puis s*élança hors de la présence de Jane.

£t utmt M Bpïfinn.

Le smogler fût exact daus son calcul. Trois semaines après cette entrevue , un cutter chargé de la plus riche cargaison de Tlnde louvoya près de la Cove. C'était vers la brune et par une marée basse , moment le plus favorable pour faire aborder les marchandises. Un léger signal informa le capitaine que ses complices l'attendaient sur le rivage.

Frank-Hardi, à ce moment d'un péril plein d'attrait, oublia Jane pour la première fois depuis qu'il l'avait quittée. Le vent qui soufflait alors de la terre, tourna au sud-ouest; une haute pointe de rocher prolongée au loin dans la mer dérobait le cutter au bâtiments rendus dans la vaste baie 1 16

180 LE UTOrR DU SPHinX.

Toutes les chances apparaissaient aussi foyorables qu'on pouvait le souhaiter; mais il n*était pas assez nuit close pour achever l'entreprise, bien qu'il soufflât ce que les marins appellent dans leur rude et expressif langage , une brise ronflante ; les flots levaient leurs cimes d'une manière convulsive.

— Lof! timonnier, lof! cria Frank, aussitôt que le vaisseau plongea dans l'ombre vaste des rochers : ne voyez^vous pas nos lumières le long du rivage à tribord?

— Oui, commandant, dit l'homme à la barre ; mais je pensais en moi-même... Regardez à ce sillage de la lune, s'il n'y a pas quelque chose de plus que le reflet d'un arbre sur le sommet qui semble toucher le ciel? par le roi George, U est «ouché , et je suis debout ! Il y a là def requins de lerrequi remuant.

C'est vrai I dit Frank , rêvant une secoDkde. HK^i^ i) n'y en a qu'un ; et quand cq serait un ^j^mm 9 qu'importe ! notre cargaison est sauvée si nom procédons vivement. Gouverne dr^U sur la rivière* I^e sillage du cutter fut habilement affaibli par 1«« précautions du timonnier et la a»an<«uvre des vQiIftt : sa quille en passant soûs les arç9 » taucba bieulAt le sable, h^ écoutiUes fuitut ators pp^mptam^nt ouvertes et les marciiaiidiaea passées aucoam valuent au3t oompllces qui i^étaiaal approcMi du

httnpÊé M ftmilMM d« dwUE04-Ge manè^ ne pril <|«e'Viiiftiai&iiteB^ dinraon tesqtidies la cargaison tout aatière gliiM hors du cutter et dispanit dans 1<» ^tiosité» du roc, puis fut emportée au loin eu lieu de sûreté, à travers des sentiers conuus des sails smoglers.

Il faisait alors tout à fait nuit ; Pobscurité ajoutée à la rudesse de la mer qui hurlait le long du rivage et se ruait sur le vaisseau qu'elle inondait de tor** rente d'eau, rendait le service des matelots difficile etda&fef^x. Frank ^ avee la prudence et le sangi^oid auxquels le succès de ses plus audacieuses entreprises pouvait être attribue , avait fait éteindre les Ivnnières du rivage; au moment où Tenti^eprise semblait toucher à une si heureuse iin, il donna vivement l'ordre de les rallumer en même temps que celles du cutter« Les marins continuèrent leur pénible U^vail avec un redoublemtent d'énergie, et cette scène se colora d'un reflet tout particulier.

Toutes ces lumières s'élançaieUt flamboyantes conmie des yeux de démons agitant une ronde infernale le long de la terre et des noirs rochers. Les ligures bizarres des hommesilluminés par la flamme rouge et sombre, des torches qui disparaissaient çà et là dans Tobscurité ; les rocher^ suspendus sur leur téCe et dont les dmes élevées se perdent dans utteiel noir, le<^c du navire roulant sur luimême GOUHUe sur un pivot, le rugissement de la

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mer agitée, récome des Tagues réfiéc^iManl les clartés des lumières en myriades d'étiocelles, tout répandait un caractère d'intérêt sur ce sombre tableau, tout réyeillait des pensées de mystère et d'inexprimable férocité : le cadre convenait aux acteurs.

Au milieu du bruit et de la confusion, la Toix du jeune commandant frappa soudain l'attention de ces hommes farouches.

— Ecoutez! cria-t-il d'un ton sourd et bref, qui prouvait qu'il écoutait lui-même; à bas les lumières!

Les torches tombèrent dans l'eau et s'éteignirent. On n'entendit plus <|ue le sifflement de l'orage qui approchait; car la Toix menaçante de la GoTe avait retenti plusieurs fois durant le jour.

Un bruit de voix et de pas précipités s'éleva distinctement à quelque distance. Le lieutenant qui s'était couché l'oreille contre terre sur le rivage, se releva furieux et s'écria :

— God d.... ! ils ne sont pas douze ! il n'est besoin d'éteindre ni de fiiir; nous sommes tous braves ici : enfants! dehors vos coutelas! ferme, et tenez bon ! .

— Quel est celui qui. ose donner des ordres làbas? s'écria Frank en sautant légèrement sur la grève et appuyant son pistolet sur le front du lieutenant stupéfait. — Par tout ce que j'ai de plus

LE EITOUR DV IPHIHX* 109

sacré. 9 le premier sang répandu cette nuit sera le sang de celui d'entre tous qui brayera ma volonté! fuyez Ters les rochers! disparaissez, et laissez au patron à disposer de son navire !

JjC lieutenant glissa , rampant sous le pistolet, et ne se crut vivant que quand il eut atteint le sommet de la pointe.

Les voix et les pas distants avaient été suspendus à la fois ; mais les ordres du smogler furent exécutés avec tant de promptitude , que tqut l'équipage était remonté à bord, et qu'il se trouvait. alors le seul homme aventuré sur le rivage ; tandis que le cutter relâché de la côte se tenait prêt à gagner le large au premier mot du capitaine.

C'est dans cet instant que le chef de la faction du port atteignit cette scène qu'il observait depuis longtemps.

— Au nom du roi! crîa-t-il en assénant au smogler un coup si rude qu'il le renversa presque r dans la mer.

Frank se retint en se cramponnante la frêle embarcation où son ennemi se précipita lui-même pour l'atteindre. Mais sans chercher à prendre sa revanche; le. jeune capitaine.s'élança sur le Sphinx en murmurant d'une voix sourde :

^^ Point de sang cette nuit !

L'officier de la côte l'y suivit avec tant de dextérité qu'il l'étreignit au corps somme il sautait sur

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le pont tout étourdi du coup ftarienx de cet adrersaire luattéudu.'

Le i^ste des garden^dtes, arriréa one accoude trop tard pour suivre leur dief , demeurerait at»tionnaîrea et attentiH sur le tirage ^ tandis que Frank, d'abord ebaueehut d'une double attaque et ne pouyant discerner, dans l'obscurité profonde qui eUTcloppait le vaisseau , le nombre des eunenûs qui Vf âTâlent suif i , luttait yaillarament contre <5elui qui le tenait 'si fortement serré : cette lutte ftot horrible , mais prompte. Le pied de raaaaillant glissa sur une rame , et le harg la A», bien qu'étroitenfifint engagé lui-même, le courba de sa main formidable sur le plat^bord : puis un t aie étoufiK , puis un poids lourd et' sinistl« dans les eaux troublées et noires firent pressentir réyénement!

Le cutter fut au moment même largué d'une ton» gUeur de câble ; le ciel était lugubre et le vent complice.

Frank-Hardi demeura, un temps assex considérable dans la même attitude, penché sur un sabord, fixant un œO épouvanté sur l'abîme reformé; là , où il avait tu si souvent jouer et sourire l'image alors enfant de Jane 1... Il écoutait, absoibé dans une curieuse terreur , s'il n'entendait paa encore et toijjours la chute d'un cadavre : l'eau s'était reformée. Quand le souvenir et la raison lui revinrent , ht rive était loin, et le bâtiment en pleine mer.

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