‹ Le salon de lady Betty: mœurs anglaisesChapitre 20 sur 49 · LE RETODH DU SPHINX · texte numérisé non relu

LE RETODH DU SPHINX

— A la pointe ! à la pointe! cria-4-il tout à coup d'une Toix creuse ; à la pointe la plus proche ! répéta-t-il àTec une ardeur étrange en saisissant lui* même le gouTernail pour donner une exécution plus prompte à ses ordres inattendus. Ils approchèrent de nouveau du rivage , mais à une place di^ rente, et Frank, au milieu des sifflements de la rafale et comme soutenu par des ailes d'aigle , se précipita sur les rochers où tourbillonnait la tempête.

— Enfants, hèla-Ml à ses matelots stupéfaits : les biens qui m'appartiennent à bord ont quelque valeur ; je TOUS les donne. Abordez où tous voudrez ; la cargaison est sauve, ma dernière tournée est finie. Retournez à votre capitaine : bonne nuit !

En achevant ce brusque adieu, il. gravit la montagne où il disparut, insoucieux du tumulte que sa désertion inattendue venait d'élever à bord du Sphinx.

Bemîtv 00ttrire >e "Sam.

—• Ses compagnons étaient près de lui ! se disait à lui-même Frank en doublant le pas, tandis que des gouttes de sueur froide ruisselaient de son front sourcilleux : leurs barques et leurs forces ne pouvaient être loin ; ils allaient, sans cela, s'abattre comme des faucons sur mon équipage et sur moi...

Légitime défense, pardieu ! il m*étouffait C'était .

un brave, beau et tout jeune homme!... Il n'eût pas succombé, je crois, si sa cause eût été plus juste ou s'il eût eu à combattre un autre que moi... Moi, j'avais raison !

Un poids affreux qu'il ne pouvait soulever, et quiétait à son coeur a faculté de respirer, donnait I 17

194 DERNIEft 80VftIRK DB JAZfl.

toutefois un démenti secret à ses paroles. Cette tète renversée, entrevue à la foible lueur de l'habitacle, ce corps palpitant, plein de force et de bravoure, enseveli dans un si profond cercueil... Tout justifié qu'il se prétendit, le smogler^ descendant avec agitation les rochers pleins d'échos vengeurs, prit le chemin de la demeure de Jane, succombant sous une douleur poignante.

Gomme il allait franchir le seuil, il se sentit saisir fortement par le bras, et se retourna avec une sorte d'épouvante qu'il n'avait jamais connue.

— Qui va là? demanda-t-il d'une voix presque éteinte.

Pour toute réponse, le vieux smogler convalescent lui sauta au cou et l'étreignit avec la plus vive gratitude.

**- Quoi ! je ne suis pas' fe premier but de te* tisites, Frartk ! tu n'es guère curieux de voir un homme heureux !

Frank litî serra fortement et cordialement la main ; mais plus pressé d*etitrer chez Jane que de recevoir des remercîments, il fitun pas en avant en disant :

— Adenlainr

— C'est jiiste, mon garçon! répliqua le eapltaine en souriant. A chacun son aimant : mais, tu n*attendras pds â demain potlr savoir que toutes les marchandises sont en sAreté dans tios magasins se-

Bnmm toutiiB u iaub. 195

crets. Je veillais moi-même en personne sur la grève, et je n'aurais pu m'endormir cette nuit sans favohr félicité de ta victoire : elle ne m'enrichira pas seul , mtends-tu , ïrank? il a été ce soir poor toi de la mort ou de la vie, capitaine ! celle que tu m'as rendue te coàCe un peu cher, n'est-ce pas?...

Frank ne put réprimer un frisson d'horreur, et serrant en la secouant avec force la main du smogler, il lui répondit à voix basse :

—Pas une obole pour ma dernière tournée, père! Dieu seul en sait le prix. À demain.

— AâemiinF

Il était tard quand il entra chez Jane. Cette maison chère et silencieuse qu'il connaissait comme la sienne, lui parut avoir ce soir quelque chose de changé : ks lumières n'éclairaient pas...

— C'est l'orage ! pensa-t-il. Il entra toute fois. Le père de Jane était encore sorti , ce qui parut bizarre au jeune homme si préoccupé qu'il oublia d'en bénir le ciel ; car Jane était encore levée , et parée comme pour recevoir : mais, pour recevoir qui? jamais personne ne venait à cette heure dans leur maison, un peu éloignée de la ville? le vertige dansait devant les yeux de Frank : tout lui semblait ce soir inusité , frappant.

£n se revoyant , ils demeurèrent interdits et silencieux pendant quelques instants, lisant, ou

196 DBBIVIEa SOUEIRE DE JAlfB.

croyant lire d'étonnantes choses sur le Tîsage Tan de l'autre.

Le maintien et la figure de Jane avaient perdu leurs proportions arrondies , ses traits étaient alté^ rés , ses yeux yagues et pleins d'angoisse ; pas une nuance de ces belles teintes roses n'était alors Tisi* ble sur ses joues.

— Vous êtes bien pâle, Jane! dit Frank en la pressant tristement sur son cœur; mais calmezvous présentement. Nous serons heureux encore... Ma dernière tournée est finie...

— En vérité ! repartit Jane immobile, en parcourant d'un regard tendre et craintif toute la contenance de Frank , tout est fini ? et... bien fini?

— Je l'espère ainsi , répondit Frank. Et ils retombèrent dans le silence.

— Viens ! viens ! . . . dit-il à la fin avec abandon , tu m'étouifès par ta contagieuse tristesse. Un accident nous a menacés ; mais un accident léger : nous avons failli être attaqués près de la Cave.

— Point de sang! sur ta parole, Frank? demanda Jane en interrogeant avec effi*oi les mains de son amant.

— Point de sang !... Non, Jane, non, 'mes mains sont pures de sang ! Écoute-^onc : je te dis^ mon seul amour, que nous serons heureux. Il s'arrêta, et se recueillit , comme pour se rendre compte de ce qu'il venait de dire : puis, il reprit avec un

UftHin MVOftnB Dl JARS. 107

empressement trouMé : Quelles nouvelles, Jane? dis-moi des nouTelles, chère enfont ! ne vois-lu pas que c'est moi? dis? parle... ta Toixl ta voix, Jane, après toutes ces Yoix?...

— Oui , je suis la plus heureuse des femmes ! s'écria-fr-elle avec la joie soudaine et confiante d'une enfant. Oh ! Toilà tpus mes esprits revenus avec toi. Regarde-moi ! laisse-moi voir que tu n'es plus ce que tu as été ! En vérité , Frank ! poursuivit-elle en «'appuyant délicieusement sur son bras , Dieu fait descendre ici ses bénédictions. Non ! plus d'anxiété, plus de terreur, car tout est fini et bien fini! £t elle riait en essuyant ses larmes.

— Si tu savais, Frank, ce que j'ai souffert depuis que m<Hi frère commande le service de la cdte ! Juge s'il y avait du sang sur tes mains !

Frank devint pâle.

— Je l'attends tout à l'heure avec mon père qui ne rentre pas sans lui chaque soir. 11 aimje tant ce frère qui me ressemble. Il me ressemble, Frank! seulement il est mieux... (Ah! tu m'as tenu parole; trois semaines, et te voilà!...) il est mieux; si loyal! si beau, grand comme toi, je crois... te voilà ! bonsoir, Frank !... et j'ose dire qu'il me ressemble : ris un peu de ton orgueilleuse Jane. Tu peux rire, puisque tout est bien fini! Et piiis, il t'aime comme dans l'enfance, presqu'autant que moi! Ils ne savent pas cette dernière tournée,

196 BEliniR SOUaiBB SB fAIfl.

ToiMu : je n'aurais pas dit, sur ma Tie, que lu m'aTais repris ton serment : jure de n'en jamais rien dire toi-même. Je t'ai fait absent pour une cause innocente, ne me démens plus! Silence, a\jouta-t-elle avec un sourire plein d'amour et posant son doigt sur sa bouche : je suis sûre que le voilà! ,

Un bruit tumultueux frappa en effet leurs oreilles : il sortait d'une salle contigitô donnant sur la route, ou {4usieurs personnes Tenaient d'entrer, charriant un objet pesant et mouillé.

— Qu'ils sont nombreux , ce soir I reprit Jane , le sourire encore s,ur les lèvres*

Une servante effarée se précipita dans la chambre et cria : Un homme assassiné dans la baie! Jane ne bougea ni ne s'émut, £lle fixa ses yeux sur les yeux de son amant, qui, faible et brisé, tomba sur une chaise.

-T- Depuis trois ans cet arrêt y est inscrit en lettres de feu dans mon cœur , dit-^Ue en s'asseyant près de lui , et prenant sa main glacée dans les siennes. Frank ! il y a un meurtre sur ta figure. Tu n'as pas voulu être averti... Tu ne le pouvais pas, car c'était écrit dans le ciel. Paix donc 1 je suis ta eomplice.

La porte fut brusquement ouverte par la pression de la foule qui s'augmentait curieusement dans l'autre chambre. Alors, Jane soudainement

BEENIBA 80UBIBE BE JANE. 109

rappelée à la sentence irrémissible, se lève, et court yers Teffirayant objet déposé sur le plancher. 11 y eut une intention marquée de la part des assistants de s'opposer à son approche , car on cria : Fermez la porte! mais avec une force surnaturelle, Jane se fraya un chemin à travers la foule , et subit Taspect horrible du corps humide et expiré. Elle tourna autour sans proférer une parole, comme un spectre autour d'une tombe ; elle ût signe à son amant encore assis, oppressé d'horreur et d'attente : il se précipita vers elle en écartant les spectateurs qui reculèrent devant lui; il saisit Jane dans ses bras frissonnants ; et fixant sur ses yeux qui se fermaient par une dernière convulsion , un regard de passion et de désespoir , il la laissa doucement glisser près du cadavre de son frère... la mort près de la mort!

Dès-lors, il disparut. Les recherches les plus actives , les plus constantes furent vaines : jamais on n'entendit depuis parler du malheureux smogler.

SALLY SADLINS.

Sa BtxmnU.

M. Richard Fogrum, qufi ses vieilles connaissant ces désigxûiient avec plus de familiarité que de respect, «ous le nom du £fros Fogrum , 4m comme , l'appdait encore, du f6nd de sa province natale, un vieux frère qui lui gardait religieusement son nom d'enfance sur l'adresse des lettres qu'il lui écrivait une Ms Tan : Dtck Fogrum ^ s*él»it depuis plusieurs années reth*é des affaires, bien qu'il fût dans toute la force de l'âge.

A cette époque de transition, ayant eu k malheur d'atteindre une corpulence extraordinaire , et plus porté à la contemplatiim sous le poids de cette àelie santé , il tourna brusquement le dos au vieux

204 LA SBEYAITTE.

comptoir, où il araît gagné, sinon une fortune considérable 9 au moins un bien-être aussi solide que lui-même ; il acheta une petite maison blanche à volets Terts, ornée d'un grand jardin fruitier, qu'il lui plut d'appeler sa campagne, parce qu'elle était à l'extrémité d'un faubourg de Londres, et une fois installé, il s'étudia à ne rien faire. Il regarda passer la yie les bras croisés, sa pipe entre les dents, rèyant tantôt Taguement , tantôt profondément à tout ce que cette chère maison recouverte en ardoises brillantes renfermait d'utile et d'agréable s'il réussissait à y faire présider en même temps l'économie et le célibat. Outre une cuisinière à l'année et un petit jokey de louage, fils d'un pauvre cordonnier du faubourg, dont le plus jeune enfant était fier d'être groom une fois par semaine, M. Fogrum possédait dans la personne dé l'intègre Sally Sadlins une admirable surintendante de son paisible et monotone empire. Sally ne se croyait distinctement ni gouvernante , ni femme de charge : elle était Sally Sadlins; loin d'assumer le maintien et la dignité attachée à de pareils emplois , à peine semblait-elle avoir un sentiment, une idée ou une volonté qui vînt d'elle-même; elle s'était si insensiblement accomodée à l'humeur et aux mœurs de celui qui commandait sa vague intelligence, que par degrés l'apparente distance entre le maître et la servante avait diminué. Sally, quoique loin d'être eUe->

lA SBEVANTE. 905

même rersée dans l'art de l'élocution , devint en reranche une si parfaite écouteuse, que M. Fogrum commença à goûter un plaisir délicat , après avoir recueilli par la ville une foule de petites nouvelles et d'anecdotes, à venir les raconter à Sally , auditoire toujours attentif bien que muet, dont les yeux brillaient assez pour prouver qu'ils ne dormaient pas, et dont les oreilles n'eussent pas été distraites de son devoir par un tremblement de terre. Qu'on se garde toutefois de supposer rien que de candide dans l'espèce de galanterie qui régnait, à leur insu, entre ces deux personnages : un seul c<Mip-d'œil sur Sally pouvait convaincre le plus intrépide artisan de scandale, que dans ce commerce étroit et sans nuages, il ne se trouvait qu'un narrateur infatigable, content de ses récits, et un public vierge, toujours satisfait d'entendre des sons sans les comprendre; car Sally ne comprenait rien. Son intelligence était un abime qui ne rendait rien de ce qu'il recevait, un instrument qui n'avait jamais vibré sous aucune parole, sous aucun fait. Les traits seuls de Sally étaient un bouclier sur lequel venaient s'amortir tous les javelots de la calomnie. Sa vertu s'y montrait , non en beau , mais avec une rudesse d'expression , qui persuadait l'incrédule , et désarmait honteusement la curieuse malignité. Ceux qui avaient le courage d'y revenir à deux fois se demandaient comment la nature exaltée à tort et à tra-

306 LA staTAiin.

vers par les po^teset les optimistes, atait pasi araricieiisement frustrer de ses faveurs, un être destiné à faire partie de cette frêle moitié de Thomme appelée hardiment et quand même : le beau sexe! n'arait-elle rien de mieux à faire que d'infiiger à Sally Sadlins une amplification de taille qui lui donnait des droits incontestables au grade de caporal de grenadiers? ne pouvait-elle au moins, en lui accordant cette haute et fabuleuse stature , la remplir d'énergiques et fortes pensées? toutefois, {Hrivée du charme qui attire, elle ne fut, par bonheur pour sonSrepos, dotée d'aucune impressionnaùi^ lUë de coeur : si Sally n'était pas née pour être adorée, nulle femme ne pouvait le regretter moins. On pefiit affirmer en toute certitude que le fantôme même de l'amour n'effleura jamais son imagination, ni ne troubla d'un soupir le sommeil profond de ses nuits et de ses jours. Elle avait entendu çà et \k , quelques personnes parler de l'amour; elle supposa donc, si toutefois elle était en état de supposer, qu'il devait y avoir par le monde quelque chose qui s'appelait ainsi; car on n'invente point un nom, pour en discourir; mais comme cette chose impénétrable ne la regardait pas, elle ne prétendait pas plus à deviner cette énigme qu'à décrire les éléments de l'air qu'elle respirait sans y penser depuis sa naissance. Enfin Sally était la plus innocente, la plus simple et la plus désintéi^essée des mortelles

LA ilEVAim. S07

qui cntr» jamah sot» le toit d'an c^bataire, pour monter dor r«ig de première senrante i celui de mflUres9e de maieon

AnsM n'était^e pas le hasard seul qui arait placé celte silencieuse fille sous rantoritë d*un maître à la fois solitaire et raconteur. £lle avait été cheiv chée, étuffi^ et choisie par madame Thorns, nièce prudente du rieux marehand; et comme cette dame rivait beaucoup dans l'avenir, elle avait souvent ft^émi que son oncle, à travers sa solitude et son emb<»point, ne deineurât pas toujours doué de cette discrétion qui sied si bien aux oncles riches quand les nièces ne le sont pas assez. Son imagination vive et craintive tout ensemble se figurait par fois cet homme si peu mouvant, escaladant tout à coup le mariage par un soubresaut inattendu. Cette reerudescence imaginaire poursuivait le repos de la tremblante héritière jusqu'à mêler souvent un peu d'aigreur au miel de son lien avec M« Thorns, marchand de bas dans la Cité. Celui-ci par bonheur n'avait d'oreilles que pour l'addition de la vente de chaque journée, compte toujours satisfeisanty vu l'inquiète rigidité de cette épouse qu'il avait prise comme pièce de comptoir, sans être un moment arrêté par la raideur et la sécheresse de son a9pect, que rehaussait la couleur d'ocre de son vêtement. D'ailleurs la dot avait un peu arrondi tons les angles aigus du caractère de sa

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femme, ayant été payée comptant par l'oncle pressé de sortir des affaires. Le marchand de bas, homme simple et exact, en recevant ce don du loyal Fogrum, s'était soumis à prendre la nièce par-dessus le marché, d'autant qu'elle savait écrire et compter avec une grande exactitude.

C'est elle qui, avec l'infatigable persistance des faiseurs de multiplications, avait deviné sous l'enveloppe rogue et formidable de Sally Sadlins, un trésor inestimable de pudeur, un vrai garde-fou contre tous les coups de tète de l'homme fragile. Elle enchâssa donc avec un art admirable dans l'existence placide du bien-aimé propriétaire de la maison blanche, ce joyau terne, mais solide, fait pour résister des siècles aux frottements de l'ennuî et aux langueurs de la domesticité.

De ce côté, du moins, elle était sûre que rien ne devait intercepter le cours droit et légitime de l'héritage grossi par trop d'économie pour n'être pas souhaitable. Les rentes de M. Fogrum étaient si transparentes de probité, que cent fois le jour elle appuyait sa sécurité de nièce contre le rempart qu'elle avait elle-même planté au pied de ses futures possessions.

Un vent d'alarme venait pourtant de rider tout à coup ce beau calme, fruit de tant de prévoyance. M. Fogrum avait été vu trois fois frappant à la porte de madame Simpson, et une quatrième toh

LA SSBTAIVTB. 900

jouant de ses cinq doigts sur la Titre de cette dame pour appeler son attention. Cette familiarité inouYe soulevait un nuage triste sur le front calculateur de la marchande de bas, et par un dimanche, Tun des plus tristes dimanches qui eût pesé sur son magasin i^rmé, elle demeura fort pensive dans sa haute chaise, creusant sa tète pour chercher à madame Simpson un charme, une grâce, une séduction qui pût justifier la vague terreur qui obsédait ses esprits. Son chapeau ne bougeait pas ; ses mains tenaient fortement serré son livre d'heures, où elle se faisait accroire qu'elle lisait le salut ; il n'en était rien : la maison blanche, toujours la maison blanche était là comme lithographiée par son imagination ardente, mais fixe, et l'usurpation de cette maison blanche, qu'elle envisageait comme le port où devaient se reposer un jour ses membres fatigués de poser et d'étiqueter des bas ; cette usurpation dont le rêve seul était un cauchemar, clouait toutes ses facultés du dimanche sur la chaise solitme du comptoir inaetif.

Une supposition tranquillisante, toutefois , se fit jour à travers les espèces de soupirs qui haussaient par moment son fichu plat, tendu sur sa poitrine sans contours.

M. Fogruro qui , selon le conseil du médecin , allait et venait pour ne pas augmenter le poids de son opulente santé, ne pouvait-il être entré chez I id

910 LA SSRVARTE.

cette femme pour y recueillir les nouvelles, les événements, les on dit de son ancienne rue? N'étaitil pas sur d'en trouver toujours une fraîche provision chez une veuve oisive qui n'avait rien à faire que ses mitaines de filet, et la récolte journalière de tous les bruits du quartier? Il n'était pas non plus étonnant que cet oncle bien aimé et très-lourd, eût trois et quatre fois de suite demandé une chaise à la veuve d'un vîeux ami, pour coupçr en deux une promenade qui Tessouflait. £n définitive, madame Simpson n'était guère, plus que Sally, peutêtre, propre à faire rêver un célibataire. Autrefois, madame Simpson pouvait avoir été épousable; mais pas un de ses amis d'enfance n'était assez jeune pour se le rappeler. Il est vrai qu'à cette heure, sa manière de s'ajuster révélait quelque prétention, car on ne la voyait jamais sans un très-gros nœud de ruban posé à la Jolie femme sur la tempe gauche, avec un parti ferme de ne l'en ôter jamais. Elle cultivait la mode déjà un peu ancienne d'une mouche noire au visage , mais cette mouche même n'était pas appliquée où la coquetterie l'eût placée, car ellesiégeaitoù l'impérieuse nécessité l'appelait , sur l'œil gauche ! Ainsi donc, et tout résolument, madame Thorns rentra dans son assiette, et conclut en allant ouvrir à son mari, qu'il valait mieux que son oncle frappât quelquefois à la'porte de madame Simpson, qu'à une autre porte plus attrayante.

Ce ^e^tament in Matin.

— Qu'avez-Tous donc là, Sally? demanda M. Fogrum à sa femme de charge, un jour qu'elle tirait quelque chose de sa poche, tandis qu'elle assistait, debout, au long dîner de son maître, attendant avec une admirable patience qu'il eût fini d'un large plat pour lui en servir un autre. II en était alors au plum-pudding, et Sally, sans réfléchir clairement sur l'extrême durée de Téloge muet, mais plein d'éloquence, accordé à son talent, sentait qu'elle pouvait chercher de quoi remplir les quarante minutes de cette louange journalière. Il l'interrompit cette fois par ces mots :

— Qu'avez-vous donc là, Sally?

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