LE TESTAMENT DU HARIH
Ceci, monsieur, répondit Sally d'une Toix posée, mais peu fémmine, c'est un morceau de la banque, je crois, que j'allais vous montrer s'il tous plaît, tout à l'heure; car Sally s'apercevait que le plumpudding touchait à son déclin.
—Vous savez, monsieur, que mon oncle Tim est venu me dire hier adieu avant de se remettre en mer?
—Après ? dit If. Fogrum, la bouche pleine.
—^ Après, monsieur , il m'a donné ce papier, disant que nous sommes tous mortels !
r— Est-il riche, ce loup de mer, Sally?
— Il paraîtrait, monsieur! répliqua tranquillement la nièce ; car il m'a dit que ce papier pouvait se changer tout en or, et me rendre confortable pour ma vie Comment cela pourra-t-il se connaître?
— Laissez-moi voir ce que c'est, Sally. Est-ce le testament du vieux camarade?
— Je ne sais pas, monsieur.
— Au diable ! dit M. Fogi*um en l'examinant à la hâte, c'est un billet de loterie! un misérable billet de loterie, qui ne vaut pas, sur ma parole, Sally, le lambeau de vieux linge sur lequel il est imprimé. Écoutez bien Sally. Et Salîy s'appuya dans sou attitude écouteuse sur le bout de Ja table opposé à lui.
— J'ai mis toute ma vie à la loterie, Sally, et je n'y
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ai jamais récolté que le désappointement. Quelle mauyaise tentation a pu induire votre oncle Tim à tirer sa poudre d'une manière si folle? Un tablier, un mantelet tous aurait convenu davantage, ma pauvre Sally. Ce n'est digue ni d'y penser, ni d*y loucher, ni d'en parler. Voyons donc! voyons donc ! poursuivit-il en repoussant son assiette, et appuyant ses deux coudes sur la table pour en discourir plus commodément. —-Voyez-vous, iille : ils appellent la loterie une source aux flots d'or! N'y donnez pas, ma pauvre Sally ; restez doucement dans l'humble et heureuse station où votre étoile vous a placée. D'ailleurs, on parle tout haut d'un acte bien sage et bien despotique du Parlement qui va donner la mort aux milliers d'illusions coupables où se bercent les amants passionnés de la loterie... Gomprenez'-vous , Sally? Par les amants^ je veux dire ces enragés joueurs, consolés de ne pas jouir encore d'un seul des sourires de la fortune, (comme si tout le monde pouvait être riche, et manger, par exemple, ce que je mange !) Je disais*. £h bien ! où en étaisje?
— Fortune! répéta Sally , qui , comme l'écho , ne retenait jamais que le dernier mot d'un dts<cours.
^- Oui , consolés de ne pas jouir encore d'un seul des sourires de la fortune , par l'espoir d'enlever i6t ou tard la clé de ses faveurs. Mais le mora-
SI 4 LE TB5TAKENT DU HâHIR.
liste doit s'élever contre Tinfluence empoisonnée des loteries , pour eu garantir les simples , comme vous , Sally ! leur bien faire entrer dans la tète qu'ils y trouvent^ non seulement des pièges, mais des précipices, et des hallucinations tendantes à faire naître chez le pauvre la plus absurde des prétentions , celle d'être riche. £h bien ! j'en connais par la ville qui ne se font point scrupule d'aiguillonner les bêtes , les brutes , je veux dire le peuple, vous comprenez , (ille ? à courir vers ce mât de cocagne illummé de fausses lueurs , par le récit d'un ou deux miracles de la roue immorale et capricieuse.
Enfin , ce temple honteux n'éveillera plus avant peu, dans les passants, la frénésie d'une soudaine inspiration, qui n'est autre chose qu'une génuflexion devant le veau d'or. On ne s'égarera plus à ce sentier fourchu où la fortune semblait avec les bras ouverts inviter tous ceux qui passaient, à lui demander un don , pointant d'une main , à la banque, et de l'autre au lombard. Déplus, Sally, poursuivit M. Fogrum après avoir examiné le billet, je ne connais rien de plus absurde que ce nombre. C'est le premier , précisément que j'ai hasardé, et poursuivi quand j'étais tout à fait un jeune homme. Je le connais trop bien , ma foi ! Je me rappelle encore que je le choisis hors d'un tas énormeétalé devant moi par le marchand d'espoir «
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— Oh ! mon Dieu oui , 125 , c'est mon green dragoôn d'alors. Otez-le donc de là, Sally, que j'achèye tranquillement mon repas.
Sally reprit et reploy» le billet avec un grand sang-froid, ne paraissant nullement déconcertée par la perte d'une douce espérance ; il est vrai qu'elle ne se doutait point de la puissance des illusions et de l'amertume d*une attente trompée : Sally ne souriait jamais ; et quand même la rigidité de son visage eût permis une telle élasticité à ses muscles, un sourire peut-être n'eût pas contribué beaucoup à augmenter l'attraction dont elle était entièrement dépourvue. Durant ce temps , son maître continuait de manger et de déclamer , déclamant et mangeant , jusqu'à ce qu'il ne pût ni manger ni déclamer davantage ; alors il congédia Sally avec les débris du diner , et se tourna pensivement au feu qu'il envahit tout entier dans ses jambes , car M. Fogrum haïssait horriblement le froid qui lui portait sur les nerfs , et mêlait quelque spleen à son inoffensive éloquence. Aussi se garantisssaitil des fureurs de l'automne par des bas de laine drapés et à mi-cuisse , se souciant aussi peu de la mode, que Sally de son billet de banque. Étant pour lors barricadé contre tous les brouillards de la Grande-Bretagne, et bercé au fond de sa vie d'ortolan par les nuages savoureux du tabac , dont la tiède fumée forme l'innocent opium de l'Anglais
dl6 LE TUTAVERT DU MAIIH.
pesant et pudique , il laissait échapper par inter- Tiriles u^esurés comme un refrain de ballade : « Stupides numéros ! green dragoon ! green dragoon ! 6 stupides ! stupides numéros !
ta Sxmtét.
A quelque temps de là, madame Thorns, comme la génisse blessée et ruminante, ne pouvait, d'aucun côté qu'elle se tournât dans son magasin cotonneux échapper au mal-aise d'une imagination bouleversée de nouveau par certains indices reçus la veille sur madame Simpson, qu'elle ne nommait plus que la perverse Simpson!... mais elle fût soudaia tirée de ses vapeurs de mauvais augure , par les frappements vivement réitérés du marteau de cuivre sur la porte marchande. Quels furent sa surprise et presque son effiroi en voyant entrer l'objet de ses profondes terreurs, madame Simpson elle-même! Elle se hâta de l'introduire dans le par- 1 19
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loir, ou petite salle de compagnie, pour cacher autant que possible les plaques rouges que Tétonnement et l'émotion faisaient monter à ses joues plus sincères que ses lèvres qui s'efforçaient de sourire.
La vue de cette figure de reuve qui la poursuivait comme un triste songe aurait suffi seule pour la surprendre ; mais il y avait de plus dans les manières agitées et la contenance défaite de cette veuve mouchetée, je ne sais quoi d'inei^plicahle qui donnait un intérêt puissant à sa visite inattendue.
— Dieu nous bénisse! madame Thorns , s'écria la visiteuse dès qu'elle put retrouver son haleine entrecoupée par la rapidité de sa course. Avez-vous pu croire.. • Quand vous avez appris que votre Àncle... votre misérable oncle?..» Et sa bouche de^ menrait entr\>uverte , sans pouvoir achever.
— Bon Dieu ! s'écria à son tour madanue Thorns, fanatisée par Tair d'égarement de la veuve, qu'est^il arrivé? mon pauvre cher oncle! que vouk^voi»
dire?... malade!... mourant! h<Has mourant, poursuivit-elle, n^obtenant aucune réponse et atteignant à la hâte son «hapeau et son voile pour sortir.
-^ Âh! bien oui! vous if y êtes pas, inraimeiit! glapit madame Simpson. Je pensM^ qhe vous aviez appris... ; '
^ Pauvre ondei adoré! onde A jamata regretté 1