‹ Le salon de lady Betty: mœurs anglaisesChapitre 22 sur 49 · I.A ruHcto · texte numérisé non relu

I.A ruHcto

répond la nièce , ne doutant pins qu'une apoplexie n'eût frappé le propriétaire de la maison blanche.

— Ah! ça, mal8... ▼ouaai'-Je dit qu'il fût mort? interrompit tout à coup madame Simpson, tous aije dit un met de cela?... Lui mourant, pas du tout, je TOUS assure.

— Vraiment, tous m'en avez taii la peur, répondit la marchande en s'asseyant. Qu'est-ce alors pour crier ainsi? une jambe?... une épaule?...

— Du tout, madame...

— Quoi? ni mourant? ni blessé?... expliquez- Toos donc!..» Qu'estai enfin?

— Marié! s'écria impétueusement madame Simpaon, comme si elle décachetait une lettre d'un poids formidable. C'est tout.

Décrire l'effiet que produisirent ces paroles sur madame Thoms serait difficËe. Peindre également l'expresrion de sa contenance serait hors de toute puissance.

— Marié! hurla enfin sa douleur, aussitôt qu'elle put ressaisir son souffle asphyxié. Marié ! . • c'est impossible... â qui?

•— Ce que tous en penserez, je ne le sais pas, repartit l'autre TeuTe sans entendre la qaestioii, et recQUTirant du calme à la vue du désordre de l'héritière qu'elle Tenait de ruiner. Je pense, pour ma paît, que M. Fogmm s'est conduit... je ne dirai

9^ .LA riANCii.

.pas comment, pour ne pas blesser votre adoration pour lui.

-r A qi^i? redemande l'autre d'une voix convulsire. Puis, lançant tout à coup un regard perçant sur la veuve qu'elle soupçonne de vouloir l'éprou- ,vcr : à qui , enfin? lui jette-t-elle avec toute l'autorité du désespoir,

. ~ A Sally Sadlins , madame, répond la voisine en croisant ses mains sur son venti*e, comme n'ayaat plus rien à. voir ni à faire dans ce scandale révélé.

-- A Sally Sadlins!

— Allons donc, vous vous moquez! réplique madame Thorns avec le rire sardonique de l'incrédulité et du mépris.

— Je ne suis pas femme à faire de tels jeux, madame, répond madame Simpson avec mesure et toute débarrassée du poids de son secret, guérie peut-être de sa propre mystification par celle qu'elle avait causée, qui^ agissant sur elle comme un balancier équitable, lui faisait retrouver son équilibre perdu. Je les ai vus moi-même, de mes yeux.

Ici, madame Thorns porta involontairement la ' vue sur la mouche noire qui cachait le frère pei^du de l'œil solitaire de la veuve.

Il n'y a pas une heure, je les ai vus passer ensemble vis-à-vis de mes fenêtres, en. voiture, ma chère dame, groom derrière, suivis de plusieurs pauvres, et de vingt petits polissons, comme à tous

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les mariages ; j'ai couru sur ma porte, crdyaiit que mes yeux me troii^>aient; c'est alors que j'ai appris toute rhistôire par ceux qui les ont vus entrer, sortir et remonter en Toiture au parvis de l'église. Gomprenez-Yous, madame? Sally Sadlins et des gants de soie, fagotée en fiancée, portant son énorme bouquet blanc comme les plûm-puddings qui lui ont valu sans doute son entrée dans 1& cœur dé TOtre oncle? on ne pouvait apparemment le séduire que par là !

-^Oh! madame Simpson! s'écria la nièce en portant vei*s le ciel deux yeux qui n'étaient pas assez doux pour le lui ouvrir , ai-je été assez indignement déçue par cette insinuante et fausse fille! elle qui semblait si rassise, si humble... si repoussante! et ttion vieux fou d'onde, miséricorde la pu se marier à une chose si vulgaire!... j'étouffe dé honte pour fui, je l'étrangle i^ais, cette indigne syrène!

— Ne vous agitez pas ainsi, chère dame, inter-^ rompit madame Simpson, commençant à craindre les effets de sa langue trop zélée, et cherchant dans sa tète les moyens de reculer adroitement devant ce torrent de douleur, ce qu'elle fit avec assez de* convenance, en voyant entrer M. Thorns, qu'elle accueillit de trois révérences dolentes et discrètes qui voulaient dire : Je me sauve, c'est votre tour; je n'ai pas le courage d'assister à la bourrasque donl vous menacent le sort et votre femme.

nS LA riAiictx.

*- Âh! mon mari! cria madame Tboms; il y a de belles noardles pour nous!

-* Quelles nouvelles? demanda M. Thorns accouru au ton ^é des voix de femme , tenant encoire d'une main un sixain de bonnets de coton, et de l'autre im paquet de chandelles qu'ilTenait de peÀsr au comptoir; et qu'y a^t-ii^ mon doux ccenr? poifrsuirit-il épouTantë^ar la l^âleur trenMaflte de sa femme , étant sûr d'arance qifil ne pouvait Taltrlbuer qu'à une perte d'argent.

— Tous oe le ivoires pas , M* Thorns, car c*est â peine si je le crois moi-mèmé , bîâi que celle femme qui sort, et qui était, je crois , int^ess^ à bien voir, l'ait tu de ses propres yeux, comme û hiî plait de le dire : mon sot oncle est marié do tout à l'heure à sa lùde servante, â Sally Sadlins! voilà ce qu'il y a, M. Thorns, voilà oe qû*il y a f

H. Thorns laissa tomber ses mains qui lâchèrent le paquet de cfaandeBes et le sîxaia de bonnets de eolon, écrasant le tout en mardiant dessus pour gagner la muraflle ccmtre laqudtte il demeura stupéfeit et fadetànt. Pour dire hi vérité, leurs sym-- ^'pkthRS se trouvaient alors si parfeilement d^acisord, que jamais deux emnrs ne palj^itèrent mSéUx «Bsemble; il rendait à cette vraie moitié de luimême , soupir pour soupir , pâleur pour pâleur. •• il lui ressemblait à fei«e d'harmonie dans ks sensations qui tordaient sa pensée ; ils étaient affreux.

LA riANGtE. 93S

— Oh! bien! oh! bien! dit-il après un long silence et une espèce de sanglot qui lui saura peutêtre la vie , s'il n'y a plus à l'empêcher , s'il est tout à fait marié , peut-être est-il mieux pour nous qu'il ait choisi ce qu'il a choisi.

— Vous croyez! repartit-elle en le regardant avec égarement et en réfléchissant tout ensemble. C'était la première fois depuis leur mariage qu'elle regardait les yeux du maître de sa vie; elle en ignorait jusqu'à la couleur, avant cette circonstance où les siens s'y plongèrent pour y chercher une lueur de consolation à ses faux calculs.

— Vous croyez ! répéta-t-elle d'une voix qui crie au secours.

' — Parbleu ! répondit M. Thorns d'un air profond.

— Ainsi , mon mari , il vous parait donc impossible?

— Parbleu! dit-il avec la même conviction :

aussi impossible que de prendre , comme on dit, la lune avec les dents ! Et jamais image poétique ne porta en elle-même un charme plus rêveur , ni mieux approprié au besoin pressant qu'en avait l'infortunée marchande, que cette citation liu'élle appliqua comme un dictame sur son aigre blessure.

Xa IPirt ht dalls SaUinB.

La nouvelle dont madame Simpson avait été la malencontreuse messagère , était exacte dans toutes ses particularités. M. Fogrum, habitant de la maison blanche, célibataire, jouissant de toute sa raison , en habit familier de campagne , en bas drapés, et Sally Sadlins, fille majeure, parée à l'improviste d'un, bouquet blane de fiancée , avaient été le matin même unis en mariage devant la loi, du consentement l'un de l'autre , sans rapt , sans violence , sans presque y penser ; car deux jours auparavant, ni l'un ni l'autre n'avait encore le moin-^ dre pressentiment d'une telle catastrophe, et ne

296 LA DOT DE SALLT SADLINS.

Taurait pas jugée plus possible que madame Thorns elle-même.

— Présentement, Sally ! dit le calme épouseur, rentré, comme si de rien n'était, sous son toit calme et solitaire , occupant comme la veille le devant tout entier de son attirante cheminée qu'il em«prisonnait dans ses jambes, posant sa main plutôt pesamment qu'amoureusement sur le bras vigoureux de son intacte fiancée :

— Je ne doute pas que ma nièce n'^itre dans une grande colère quand elle entendra parler de ceci. Toutefois, il n'importe, laissez-la, elle et le reste du monde, dire ce qu'elle voudra. Je ne vois pas pourquoi je ne suivrais pas ma fantaisie, comme tous les habitants delà libre Angleterre; pourvu que j'ôte m<m chapeau partout et toutes les fois que j^sntends chanter le God save tfoe king^ le rpi luimême n'a rien à voir dans ma mison, £o autre, Sally, quoique la foule doive penser que j'aurai» pu i^re un mariage plus avantageux , sous lesr n^ ports de la fortune eomflie sooalouslea autres, la foute est dans rerreur » SaHy « dans une j^rofonde Qireur. Vous ne eompreuei paa vous-mliBe eomr ment je peoi vous le prouver? parions, 6allf,qne vous eu êtes à miUe lieues?

> SBàkf le regarda, voyant que e'étaM aeu heure d'écouter, ee qt^'eUefit sans aeinreîller ^mouie d'ha- Utude.

LA M^T m SALIT SAVami 9Sff

— Vous ressouTenez-voiis, fille, de ce morceau de banque, comme tous l'appeliez , apporté par votre oncle la veille de son départ, en forme de testament? Eh bien ! en passant, il y a deux jours, Pheureux coitt de la loterie royale, qui, par bonheur et grâce au ciel, n'est pas refermée, je m placardé âla fenêtre, au milieu d'un fUet de rubans de tontes couleurs, gros comme ma tète, Sally, le nombre 125! produisant net M,060 livres! Ah!< ah! Sally! je me rappelais si bien ces numéros, 1,2,5! qui se suivent l'un f autre, aussi naturelie* ment que ABC! Après les avoir regardés de près , de loin, après avoir entendu tous ceux qui regain daîent comme moi, se les montrer et dire entre eux : 1,2,5; SN),000 livres! Je rentrai paisible* ment au logis , résolu de ne pas en souifier un mot, avant d'avoir couronné votre honnêteté et vos grâces de servante , en vous épousant, à l'élise, pour toi]yours. Ah! ah! Sally! que dite^vousde cela?

Bien que Safly fftt la piuis flegmatique persotise de son sexe, on pourra "suppoéer qu'une si importante révélation dut aumbfns exciter on elle quelquo altération de couleur ; attirer hors de ses lèvreè une exclamation de sùq)rîse ou de plaisir : il n'en fÉt rien; Sally, avec un immuable acquiescemâit' à tous les coups du sort, se contenta de répliquer s

-^ Là!... €'est curieux, monsieur.

928 LA DOT Dl 8ALLT 8ABU1I8*

—Curieux! oui, mais c'est, je vous assure, tout à fait vrai.

— QueUe singulière tournure les choses prennent quelquefois!

— Singulière, en effet, fille! car qui aurait pensé que ce malheureux nombre lâ5 dût vous amener, je pbux dire en ce moment, nous amener, Sally, une dot de 20,000 livres, sans avoir d'autre peine que d'étendre la main pour I9 prendre?

— Mais, monsieur, je pense que vous vous êtes trompé, vraiment ! "^

— Pas du tout trompé, ma chère. Je suis certain de les avoir lus, comme je vous regarde, et de les avoir transcrits dans mon portefeuille. ,y oyons ici! tenez; voyez vous-même : 123 a gagné 20,000 livres! C'est bien, j'espère, le nombre de votre billet?ah! ah! Sally!

— Oui, mais vous.. •

— Quoi, mais vous?...

— Vous devez m'entendre, M. Fogrum; vous parlez toujours , dit Sally, lente et calme comme le néant. J'ai oublié de vous dire que, depuis deux mois» j'ai vendu le morceau.

—Comment, vendu! vendu depuis deux mois!...

gémit en dedans le pauvre M. Fogrum à demi-mort, cherchant d'une main tremblante à se retenir pour ne pas glisser à côté de sa chaise.

-*^'y pensez plus, M. Fogrum, poursuivit Sally,

LA SOT U SALLT SABLIIfS. 999

le soutenant sans la moindre émotion visible et du même ton qu'eUe avait dit : Oui! à l'église. Vous aviez assuré qu'il ne valait pas la peine d'être gardé; je n'en ai point foit de cas. Monsieur doit en savoir plus que moi, ai-je pensé toute seule, et je l'ai changé pour ce schall blanc, que Phomme m'a dit être un bon marché à ce compte. Tâtez comme il est fin, monsieur!

— Et l'homme?... l'homme?.. • où est cet homme! demanda M. Fogrum, repoussant avec horreur le schall que âally étendait sous sa main.

— Je ne sais pas, monsieur. Il passait un jour que j'étais sur la porte, il s'est mis à m'offrir je ne sais combien de choses qu'il colportait sur son dos; nous sommes tombés d'accord de ce mouchoir pour le chiffon que j'avais là dans mon étui et qui épointait toutes mes aiguilles.

Une rumeur sourde et inarticulée sortit^'âu fend de M. Fogrum, qui demandait peutêtre à Dieu de ne pas faire un malheur. Il parait pourtant que c'est mal présumer de lui, car après s'être enfoncé sur sa chaise de manière à n'en pas tomber, il s'écria :

— Femme!... un schall pour vingt mille livres!... Sally, faites-moi du thé! j'étouffe... Et il demeura perdu dans ses sensations tumultueuses.

Il reste à révéler qu'après l'application de cinquante sangsues, que Sally Sadlins posa longtepips

SSO «A MX >B 8AUT SABLUU»

avec raplomb de nnnooeiioe; M. Fognim se rétablit peu à peu iTua coup de sang <iui lui laissa ^es éblouissements pendant six mois : de plus» n'ayant rien changé à ses mœnrs eélibatalres et a?ec Taide du temps qui amène à tous maux l^r guérison, il arriva inaensiblenent à eo de^ de cowpositioii et dé bonne kumeur qui lui permit de raconter qudquefùis à Sally elle-même, entie le phim-pudding et un verre d'excellent whiskey, c^ttebistoire inouïe comme l'anecdote la pli» saillante de son immobile existence. JSally l'écouta toujours avec une portion d'intérêt et de surprise satisfaisante pour le narrateur désolé.

Le mariage n'importa aucun changement sensible dans la maison blanche; la seid» différence ^'il y tetroduisit fut que Sally, toujours fMe de son utilité silencieuse, s'assit i table ^u tieu de resr ter debout à c6té, et qu'elle fut cKs-lors appelée madame Fogrum au lieu de iSal(ïr Soifiiîn9.

FIN BU TOHK PaSHIIR.

Zabit,

Utufiname. U

Is Nex rouge, 71

Les deux Égtitet, 91

Let roMoyeur». 98

Le Sacrifice. 103

L'Mbum de Utdy BéUx, 117

Le Smogier. 151

La Jeune Fille. 168

La dernière tournée du Smogler. 173

Le retour du Sphinx. 185

Dernier «ourire de Jane. 193

Sai^ SadUn», 201

La Servante. 203

Le TcAtameot du Marih. 211

La fiancée. 217

La Dot de Sally Sadllnt. 225

F» DB LA TABLB.

Mûimnt ^tBbBtitB-i^ûimmt.

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