OV L*ACTION RÉTROGBADE AU LIEU DS PEOGKKSSER
M. Mile» Fonler élait d'une famille hicmoirabtect illustre à plus d^in titre. Pqrmi sas ateux , il coiop*tait plus d'un savant, plus d'un brave chevalier. M. Forster possédait une propriété eonsidérabte dans le sud de l'Angleterre; mai^ il y faisait de rares visites« U avait, à Édimboutg, une maison parfaitement confortable, et il ^vait résolu d'jr fixer son séjour jusqu'à ce que l'éducatioii de sa fille Jenny ^entièrement achevée. M. Forster avait assez vu le monde pour connaître le prix de la sioil^icité des manières et du langage, et se pouvait entaadre parler quelqu'un qui visât à Teffiel ni endmrer qu'un fat vint interrompre les simples eau-
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séries d'une réunion sans prétention, pour débiter à pleine bouche des riens enflés avec toute la pompe d*un oracle.
De toutes les affectations du jour, celle qui le rendait le plus furieux, c'était l'affectation poétique de nos bas-bleus. Or, pa^mi les admirateurs de la beauté et de la fortune de Jenny ; il y avait un certain M. Jone Fitz-Gérald, pour lequel M. Forster ressentait la plus intime aversion. Ce M. Fitz- Gérald écrivait des vers soi-disant de l'école de lord Byron. Sa conversation se traînait tantôt mélancolique et larmoyante comme une élégie , tantôt elle bondissait étincelante et drapée de joyeuses métaphores, comme une satire lyrique. Il avait absolument l'air de vouloir faire perpétuellement du Bon Juan. Il avait peu pensé, mais il avait écrit beaucoup et parlé davantage. C'était un vivant magasin de mots. En ce qui touche sa réputation littéraire, nous devons dire qu'elle n'était pas sans quelque valeur. Il passait pour l'imitateur le plus original du jour. Il était en haut crédit près de la Gazette littéraire de Londres^ qu'il avait maintes fbis enrichie de sa poésie et de sa prose.
Notre héroïne, comme nous l'avons dit d^à, s^était laissée captiver par l'influence qu'exerçaient autour d'elle quelques beaux esprits des deux sexes. L'air ambiant était chargé de trop de métaphores, d'images et de pensées ridicules, pour qu'elle pût
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se soustraire â la contagion. Or, entre toutes les personnes qui avaient le don de lui plaire par leur jargon empoulé , M. Fitz-Gérald figurait en première ligne. Elle l'admirait comme un être sans pareil , et quand cet astre venait à luire près d'elle elle subissait en quelque sorte Pattraction de ses rayons. Ses phrases devenaient soudain pompeuses et retentissantes, son ton décisif. Elle critiquait avec assurance. Elle était en proie à une sorte d'enthousiasme dont il eût été difficile d'expliquer la cause , mais qui avait des effets légèrement ridi*cules. C'est dommage! miss Jenny était, au fond,, une bonne et simple fille sans prétention. Par moment, lorsqu'elle était livrée à elle-même, lorsqu'aucun contact de bel esprit ne la touchait, lorsqn'aueune nuance de Ja couleur bleue ne brillait autour d'elle, oh! dans ces précieux intervalles, elle était toute naturelle et charmante. Au lieu de grimper sur des échasses pour courir â pas immenses après l'esprit, elle allait cbueement son chemin, la démarche gracieuse, excellant dans la conversation aimable et familière. Que ne se contentait-eile de ces humbles mérites , qui la rendaient si adorable en famille , en un petit cercle resserré d'amis ! Mais non , elle se trompait de bonheur ! Elle mettait sa joie â paraître au milieu d'une assemblée que la lumière de son intelligence pût éblouir. Elle avait l'ambition de devenir l'une des étoiles lumi^
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neiises du monde littéraire fashionable* Enfin, c'était une riche et belle héritière qui avait son caprice de mode; c'était un jeune ba^bleu^ ou plutôt un jeune bas d'azur.
Le lendemain qui suivit la conversation rapportée dans notre premim* chapitre , Mortcmer arriva. Le vieux gentleman , un peu calmé , ne le fit pa& mettre à la porte, comme il l'en avait menacé 4 et Jenny , dispensé^ du soin de plaider poujr lui, se ccHi^eata de le recevoir avec un sourire uu peu co»tt*aint et une poignée de main de bien-avenue bien franche. Pourtant M. Forster était raide, trèa-raide. Morttmer étsiît sou nevQU farori ; il l'avait élevé , et comptait ( comme il le disait ) faire de lui ua homme.
•^ Eh bien! mon oude^ dit Mortimer,' j'espèrç que je ne vous ai pas trompé? Je vous avtûs promis d'étudier joikr et nuit.
— Des sojltisres , je» suppose ^ ré|iondtt le terrible oncle, d'un air fort peu gracieux»
— J'en ai fait qu^uiefoîs, mon oncle! mais enfin j^ai eu la chaude cette année , et j*espèi*e que vous êtes satisfait.
•^ Non, monsieur, je ue suis pas satisfait, et j« n'ai pas, j'imagkie, raison de l'être. Et. non seulement je ne suis pas satisfait,, mais je suis fort uu^ content de vous !
Et le bon gentleman se mSti marcher vite selon sa coutume.
l[orttear.rcgarda Jenoy comme pour lui demander ce que signifiait cette exploaion; mais sa cousine, qui ne se souciait pas d'attirer sur elle une partie de l'orage, se retrancha dans un air mystérieux et ne dit pas un mot.
— Je vous en prie, mon onde, dit Mortimer qui^ à Toccasion, était aussi orgueilleux que Lucifer; je vous en prie, comment ai-je mérité cette réception?
•^ Plaignez-yousen vérité de la réception quand j'aurais dû vous mettre à la porte* ^
-*- Je pais sortir sans être chassé, monsieur^ répondit MortiBMr, et il prit son chapeau,
— Répondez-moi, monsieur, n'ètes-vous pas un grand sot? reprit le vieux gentleman.
— Si je le suis, mon oncle, c'est que la nature m'a fait ainsi.
— Vous auriez bon besoin qu'on vous renvoyât au collège pour vous faire recommencer toutes vos études.
-^ Oài mon oaele, épârgoez-moi cette épreuve. -— Vous le mériteriez bien pourtant, tète fêlée que voua èles !
— Mon exc^ent ami, mon bienfaiteur, dit Mortimer > s'approchant et prenant la main de son oncle, si je vous ai offensé, je vous jure que ça été sans intention. Si j*ai fait quelque chose d'indigne de moi, ou qui vous ait dépité, ou si j'ai manqué à
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clair que mon cou&in park absolament comme loot le monde. Âssnrëment le pantre garçon n'entend rien à 1^ poésie ; ma foi tant pis pour lui ; car mni Je suis bien déterminée à ne jamais me marier qu'avec un homme inspiré. Je eonTîens que M. ¥itz- Gérald n'a ni la régularité, ni l'iananation des traits de Mortimer ; mais il s'exprime si singulièrement et en termes si recherchés! je dois même arrouer à ma honte que quelquefois je puis à peine le comprendre ; et puis comme sa toilette est de bon goi&t, comme son habit hii va bien ! Mon cou^n est mieux fait peut-être, mais quelle mise, bon Dieu !
Combien de f^mps encore eèt duré ce soliloque? Qui le sait? Il M interrompu soudaiiiemettt par «m MM demistress Coates, parente de miss JieKiy, qui priait la jèune fille de Toatm bien sortir êtec elle, afin de l'aider dan» le chocs td^tin mbasi, ce qui était toujours une emplette fort dâtcate poiur la dame, ^ hii semblait exi^r la plus grande circonspection.
Mistress Coates était pins petite qu'une tràs-petite i^mme, ce qui faisait qu'en son absence, ses mé^ chants aniis intimes l'appelaieiit sourent Histress Pettîcoates. Elle avait été élerée à Londres, «t «'était de bonne heure mariée à un oftciar, cadet d'une haute maison, allié de plusieurs familles titrées, arec ies noms desquelles la bcmne dame était pai^ f^itement fiamîMère. Sa oonversatioii , lorsqu'elle
n'était pas littéraire (car la pauwe faame, je ne sais pourquoi, donnait aussi dans l'azur), était tonte rétrospective. EHe parlait alors complaisamment de sir Henry dondesly* Sbovel, et de sir Hi^ chard Gammon ainsi que de divers lords et ladies, des vieux calendriers de la cour. Elle avait aussi dies opinions politiques très-prononcées; elle se classait au premier rang du torisme et il y avait un homme dans le monde qu'elle baissait au-delà de toute imagination humaine ; c'était ce BonapariCy comme elle avait coutume de l'appeler. Elle ne condamnait pas cependant formellement tous les progrès du siècle. Elle trouvait plus à louer qu'à blâmer dans l'invention de la machine à vapeur ! Quoique bonne femme au fondy elle était douée d'un certain égolsme qui lui faisait complètement négliger les autres, pour ne s'occuper que d'elle-même, ce qui, naturellement, l'empêcha d'être jamais aimée de personne. C'était sa vanité nationale fevorite de prétendre que pas une nation, excepté les Anglais. ne pouvait comprendre ce que signifiait le mot confortahle, A quoi M. Forster répondait souvent que ce n'était point étonnant, attendu qu'aucun .autre peuple n'avait même l'idée de Fégoïsme universel qu'exprimait ce beau grand mot.
Nous ne devons point oublier d'avertir le lecteur que mistress Goates admirait M. Fitz-Gérald au delà de tous les génies du siècle, parce que, selon elle,
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il écrîTait comme un démon et parlait comme un ange.
— Ah! Jenny, disait-elle souvent, croyez-m'en; ce sera un homme immortel que ce M. Fitz-Gérald! Dieu prête vie au digne jeune homme! Nous aurons en lui un second Walter-Scott, ou quelque chose d'approchant.