LE BAISER DU ROI
— Qui 8eraît-ce donc? sinon Adolphe de Hesse, votre beau neveu, cher père.
— Vous n'avez pas été, je pense, assez hardie pour vous engager avec ce jeune garçon ?
— Jeune... de dix-huit ans, mon père! Cest mon plus vieil ami : j*étudie tout avec lui, je ne puis me ressouvenir quand j'appris à l'aimer, tant il y a déjà longtemps !
— Folie ! vous avez été élevés ensemble chez sa mère : c'est un pur amour fraternel.
— Du tout ! du tout ! je serais bien fâchée qu'Adolphe fût mon frère t
— C'est pourtant tout ce que je peux faire pour son service. H est sans fortune ; il n'a d'autre état que sa commission , et ma bonté...
— Votre bonté est immense , mon doux seigneur ! et puis il est brave ; il est magnanime ! Pour moi , quand j'ai fait attention qu'il avait d*autres yeux; qu'étant petit, il parlait mieux que tous les grands, je n'ai pas interrogé la profondeur de ses trésors.
— lU chère fille , il faudra l'oublier , dit le comte en passant tendrement le bras autour du fin corsage de Christine encore à genoux.
— Mon bon père, je ne l'essaierai pas, car je ne saurais par où m'y prendre ; et vous l'aimez vousmême.
— Pas assez pour en faire mon héritier.
— Il le serait pourtant si je mourais , mon père !
184 LK BAUim DU moi.
Le ministre regarda fixement au visage jeune et rose de sa fille comme pour plonger à travers; et le pli d'effroi paternel qui s'était formé entre ses deux yeux disparut comme un éclair.
— il n'y a là que de la vie , dit il en lui frappant doucement sur le front. Aussi , je ne songe qu'à marier cette méchante fille.
— Et vous nous rendrez les deux enfants les plus heureux de ce monde, répondit Christine, dont les yeux noirs étincelaientà travers ses larmes.
— Ma pauvre fille, vous avez été bien gâtée! Je vous ai donné trop de licence et de liberté ! Voilà présentement que vous me demandez l'impossible. Soyez raisonna1)le ; et pour vous distraire un peu , votre tante vous présentera à la cour. Vous verrez de belles choses; vous connaîtrez notre brave et jeune roi... si vous êtes raisonnable l
-— Le rude monstre! s'écria Christine en s'élevaut avec vivacité. Je ne souhaite pas le voir; on dit qu'il hait les femmes.
— C'est une calomnie : il est amoureux d'jyme.
— D'une belle?
— £t méchante comme toi.
— Comme moi?... Le comte se mit à rire, et l'instinct de Christine s*éveilla, car elle répondit après avoir un peu rêvé : Je ne l'ai pourtant ja mais vu I
^ Mais il t'a vue; et il dit...