LE BAISER DV ROI
— Que dit-il , mon père ?
-^ Que t'importe d'un monstre, qui déteste les femmes?
— Ah ! ah ! mais il est roi . Que dit-il , enfin ? que peut-il dire? Je yeux le saroir , mon père. Ah! mon père , dites donc !
Mais le ministre était déterminé à garder le silence , et nulle prière , nulle séduction de la jeune, de la savante Christine ne put lui arracher une autre parole.
— A propos ! s'écria-t-il tout à coup, comme se rappelant une chose qu'il craignait d'oublier , parlons d'autre sujet, d'un sujet sérieux f j'amènerai ce soir un officier pour souper avec moi. Recevezle bien... Recevez-le avec déférence : je vous le destine pour mari.
— Je ne veux pas de lui ! cria Christine en courant après son père comme il sortait de la chambre; si je n'épouse pas mon soldat, je veux mourir fille.
— Que l'amour t'exauce , cousine , dit Adolphe de Hesse en sortant de dessous les longs rideaux de lampas frangés d'or où il s'était furtivement glissé depuis un quart d'heure ; il est doux de faire l'espion pour entendre un avocat tel que toi , mon amour, plaider. une cause si désespérée que la mienne !
— Désespérée ! . . . comment ? la bataille est à demi
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gagnée. La colère de mon père est une pluie sur l'herbe : un rayon de soleil Tévapore ; ne le connais-tu pas , Adolphe ? Je t'en prie , ne soupire pas ; ne croise pas ainsi tes bras ; ne regarde pas le ciel avec cet air solennel , je n'ai pas envie de gémir , moi : je veux du bonheur , de la |oié , un bal : eh bien! l'amour accordera l'orchestre , et nous danserons gaiement au bal de notre mariage.
— L^espérance t'abuse, Christine ; je comiais (on père mieux que toi. Ahl ma bien^imée! pour»ui- Tît-il en examinant $a bea.uté avec effroi,. tu n'auras pas le courage de refuser le jouet magnifique qu'il veut VoUrir en échange du cœur ardent et dévoué de ton cousin.
Christine à son tour le regarda eatte les deux yeux, et les siens se remplirent de larmes; mais comme elle ne pouvait s'arrêter long temps a une idéctriste, elle essaya un peu de colère.
— Vous ne me croyez pas destinée à augmenter la liste des amantes fidèles, à ce que je vois, et oela en dépit même de la dernière preuve que vihis vefiei de surprendre de ma bonne foi, espion?
•—Sèche cette larme, Christine! je ne suis pas assez stolque pour braver une telle âoquenoe.
— Pourquoi me fais-tu pleurer? dit Christine en souriant déjà ; était-ce donc pour le plaisir enliatin de sécher des larmes avec tes lèvres?... ou bien étais-tu en effet jaloux de quelque rival imaginaire ?
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qae 8ai»-je? de cet antidote aux émotions tendres du cœur? du comte Ericson, peut-être?
' — Ericson te déplaît, je n^en suis pas en peine; il n'est guère d'ailleurs plus riche que moi, je pense ; mais, Christine!...
— Eh bien, Christine ! pourquoi soupires-tu encore?
— Ton père t'amènera ce soir un nouvel amant, et moi je serai oublié.
— Tu le mérites pour oser le prévoir, pour m'offenser de tes soupçons! mais tu es mon cousin... et je te pardonne cette fois encore, dit-elle en passant sa tète souple et caressante sous les deux mains d'Adolphe qu'eUe tenait dans les siennes.
— Tu m'aimes donc bien réellement, Christine? — Je ne te l'ai dit que cent fois, ingrat! tu dois
être étourdi de la répétition d'un mot si court.
— Il est si nouveau pour moi, grand Dieu!
— Eh bien ! nous nous aimons, voilà qui est sûr ; mais comme mon père ne veut pas donner son cou* sentement à notre union il faut l'attendre.
—Et s'il ne veut jamais?
— Jamais! est-ce qu'on craint cela? —Christine, je le crains.
— Oh bien! alors, il faudra toujours rester ainsi; le bonheur ne s'augmente point par un. acte de désobéissance.
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— Je le pense de même. . . et tû es donc bien heareu8e,.toi?
— Quelle demande ! je te vois tons les jours ; est-ce qu'il nous manque quelque chose?
Adolphe la regarda, rêveur, sans lui répondre d*abord , puis il dit avec un soupir :
— Je te trouve bien prudente.
— Je ne veux pas briser un cœur de père.
— Non !* mais le mien !
Adolphe, si je ne suis pas ta femme avec le consentement de mon père , je n'en épouserai jamais . un autre; mais voilà tout, tout ce que je peux te promettre.
Le jeune soldat se rembrunit ; marcha vivement à travers la chambre, s'arrètant à chaque tour pour contempler ce doux tyran qui le tenait si insoucieusement dans ses chaînes. Christine essayait de se maintenir grave ; mais deux fossettes mignonnes qui donnaient tant de charme à sa boucha étaient près de reparaître sur la plus légère provocation à ce rire du cœur qui le faisait battre avec tant d'égalité. Celui d'Adolphe- ne palpitait pas sur ce mode riant; c'était un amant tout entier, dont l'imagination jalouse et pénétrante ne considérait plus Christine que comme un trésor gardé par deux, monstres propres à tuer toutes les espérances : l'ambition et l'avarice.
Tandis qu'ignorante des desseins de son père.