‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 33 sur 49 · LA MARÉCHALE DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LA MARÉCHALE DE LUXEMBOURG

en ait prêté quelques-unes(comme on prête aux riches), il en resterait assez pour expliquer que, témoin des hommages dont la vieille maréchale était entourée, Presenval ait écrit ces lignes d'une éternelle vérité : « En France, pourvu qu'on soit opulent et qu'on porte un beau nom, non seulement tout s'oublie, mais même on peut jouir d'une vieillesse considérée après une jeunesse des plus misérables. »

C'est qu'entre quarante et cinquante ans, la maréchale de Luxembourg avait compris que, passé un certain âge, la galanterie chez une femme devient un ridicule et qu'elle avait tourné non pas à la dévotion, car pareille conversion n'était pas nécessaire au xviii'^ siècle ; non pas même à l'esprit, car, précisément parce qu'elle en avait beaucoup, elle n'avait pas besoin d'en tenir bureau, mais à la bienséance. Dans son hôtel de Paris comme dans sa maison de campagne de Montmorency (qui n'était point le château féodal des anciens barons '), elle n'a-

1. Le domaiue patrimouial des Montmorency avait passé aux mains des Coudés. Le maréchal et la maréchale de Luxembourg occupai8nt,dit Rousseau, dans ses C(9«/<?5*iomv, «à EnghienouMoutmoreucy une maison particulière, bâtie par Croisât, dit le pauvre (sans doute un des deux frère? Crozat), laquelle, ayant la magnificence des plus superbes châteaux, eu mérite et en porte le nom ».

vait point de peine à réunir la meilleure compagnie qui venait lui demander des leçons d'élégance et de savoir-vivre. C'est là que jeunes femmes et jeunes gens faisaient leur début et que l'abbé de Périgord (le futur prince de Talleyrand) attirait pour la première fois l'attention sur lui par une de ces réparties heureuses dont il devait plus tard se montrer si prodigue. Sa connaissance des usages, sa pénétration des personnes, son esprit prompt à saisir les ridicules, donnaient du poids à ses moindres jugements. Aussi un homme qui connaissait le monde aussi bien que le duc de Lévis * a-t-il pu dire d'elle :

Jamais censeur romain n'a été plus utile aux mœurs de la république que la maréchale de Luxembourg l'a été à l'agrément de la société pendant les dernières années qui ont précédé la Révolution. A l'aide d'un grand nom, de beaucoup d'audace et surtout d'une bonne maison, elle était parvenue à faire oublier une conduite plus que légère et à s'établir arbitre souveraine des bienséances, du bon ton et de ces formes qui composent le fond de la politesse ; son empire sur

1. Pierre-Marc-Gastoû, duc de Lévis, né eu 1765, mort eu 1830, fut fait sous la Restauration lieutenaut géuéral et pair de France. Il est l'auteur d"uu petit recueil de Pensées el Maximes qui parut en 1808, et d"ua volume de Souvenirs et Portraits. Il fut membre de l'Académie IVauçaise.

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