‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 34 sur 49 · LA MARÉCHALE DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LA MARÉCHALE DE LUXEMBOURG

la jeunesse des deux sexes était absolu; elle contenait rétourderie des jeunes femmes, les forçait à une coquetterie générale, obligeait les jeunes gens à la retenue et aux égards ; entin elle entretenait le feu sacré de l'urbanité française ; c'était chez elle que se conservait intacte la tradition des manières nobles et aisées que l'Europe entière venait admirer à Paris et tâchait en vain d'imiter.

Puisque l'Europe entière venait admirer chez îa maréchale de Luxembourg les manières nobles et aisées dont elle gardait la tradition, il était difficile à madame Necker de ne pas solliciter l'honneur d'être présentée chez elle et de ne pas lui rendre cet hommage banal que toute jeune femme doit à celles qui l'ont précédée dans le monde. Ce qui rendait d'ailleurscette relation en quelque sorte inévitable pour madame Necker, c'est qu'elle était voisine de campagne de la maréchale. Saint-Ouen n'est qu'à deux lieues de Montmorenc3% et, comme dans cette vie des environs de Paris au xviir siècle, on se rendait de château à château de fréquentes visites, il était impossible que Saint-Ouen ne se transportât pas fréquemment à Montmorency, et Montmorency à Saint-Ouen. Je ne vois point trace en effet que la maréchale de Luxembourg ait jamais paru aux vendredis, ni aux réunions plus intimes du mardi. La grande dame qui,

tout en connaissant fort peu les Choiseui, allait passer huit jours à Chanteloup au moment de leur disgrâce, parce que déjà il était de mode de se ranger dans Vopposition, ne se serait peutêtre pas volontiers dérangée pour aller rue de Cléry, et tout le monde acceptait qu'elle ne rendît pas de visites. En revanche, elle venait souvent pendant l'été souper à Saint-Ouen. Ces jours-là madame Necker n'invitait pas ses amis lesgensdelettres, car, à l'exception de Rousseau, la maréchale ne faisait guère cas de cette engeance ; mais elle choisissait, dans le cercle, chaque jour plus étendu, de ses connaissances, des convives qui appartinssent par leur rang au même monde que la maréchale, entre autres : comme femmes, la comtesse de Boufflers *, la vicomtesse de Cambise ^ (la célèbre amie du prince de Conti),

1. Marie-Chai'lotte-Hippolyte de Campefc de Saujon, née eu 1725, avait épousé eu 1746 le comte de Boufllers- Rouverel. Elle eut uue lonoue liaison avec le prince de Couti, dont elle tenait en quelque sorte le salon au Temple et à l"I.sle-Adam. De là sou surnom : VIdole du Temple. Elle survécut à la Révolution et mourut, à ce qu'on croit, en 1800, Voir sur la comtesse de Boufflers, Sainte-Beuve : Nouveaux Lundis, T. III.

2. La vicomtesse de Camliise était nièce de la comtesse de Boufflers. Elle émi;^ra eu Angleterre au moment de la Révolution et mourut à Richmoud en 1809. Nous retrouverons plus tard la princesse d'Hénin. Quant à la comtesse de Broglie, elle était née Monlmorc.icy (de la branche de

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