‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 35 sur 49 · I.A DUCHESSE DE LAUZUN · texte numérisé non relu

I.A DUCHESSE DE LAUZUN

la princesse dHénin, la comtesse de Broglie, et un peu plus tard madame du Deffand. La conversation était gaie, libre, brillante, moins ambitieuse et moins philosophique peut-être ciue celle des vendredis, et, le souper fini, la maréchale faisait atteler son carrosse pour s'en retourner coucher à Montmorenc}-.

Les relations entre Saint-Ouen et Montmorency n'auraient peut-être pas été aussi fréquentes si madame Necker n'avait trouvé un charme et un attrait irrésistibles dans la liaison qui se noua bientôt entre elle et la petite-fille de la maréchale (par son premier mariage), Amélie de Boufflers, duchesse de Lauzun. Par quelle protection mystérieuse ce pur et beau lis a-t-il pu pousser sur un sol aussi malsain ? A onze ans, la maréchale trouvait que sa petite-fille était trop timide et elle chargeait Rousseau de la déniaiser en l'embrassant. A seize ans, elle lui faisait épouser le duc de Lauzun, qui n'en avait pas dix-neuf et qui, « élevé, disait-il lui-même, par un laquais de feu sa mère que l'on décora du titre de valet de chambre pour lui donner de la considération », annonçait déjà (comme si les noms portaient en eux-mêmes une fatalité) devoir se montrera la hauteur de la réputation

Flandre) et femme de ce comte de Broglie qui fut le principal agent du Secret du Roi.

laissée par le premier duc de Laiizun, dont cependant il ne descendait point K Trahie la veille même de son mariage par un fiancé qui offrait en cachette à mademoiselle de Beauvau (depuis princesse de Poix) de rompre son engagement afin de pouvoir l'épouser, délaissée dès le lendemain par un époux qui l'avait prise en horreur par esprit de contradiction, à la fois veuve et mariée, sans autre appui, sans autre exemple sous les yeux que la maréchale sa grand'mère, la duchesse de Lauzun n'en demeura pas moins toute sa vie un joli petit oiseau à l'air effarouché, comme l'appelait madame du Deffand, et elle conserva, jusqu'au jour où elle monta bravement sur réchafaud, l'air de douceur et de timidité virginale qui charmait Rousseau. « Elle avait, a dit d'elle la vicomtesse de Noailles, la faiblesse d'adorer son mari, mais la dignité de le cacher à tout le monde », et, comme madame de Bonneval ^ (une Biron aussi celle-là, mais par le

1. Le prerniei" duc de Lauzun était Nompai- de Caumont; le second, Armaud-Louis de Gontaut-Biion, né en 1745, devint duc de Biron en 178S et plus tard général des armées de la République. U mourut sur Téchafaud le 31 décembre 1793. — Sa femme, fille du duc de Boufïïers et d'une Montmorency de la branche de Flandre, naquit en 1750 et mourut égalemeut sur l'échafaud en 1794.

2. .Judith de Biron, l'un des vingt-six enfants du duc de Biron, épousa en 1717 son cousin le comte Claude-

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