‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 36 sur 49 · LA DUCHESSE DE LAUZUN · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE LAUZUN

sang), elle offre à rimaginalion le plus séduisant modèle de ces exquises et nobles femmes qui, unies à un être indigne d'elles, apportent la passion dans le devoir, le roman dans la fidélité, et mourraient, s'il en était besoin, aux pieds de leur idole.

Madame Necker s'était sentie entraînée vers la duchesse de Lauzun par un sentiment que madame Geoffrin aurait peut-être encore taxé d'engouement, mais qui était assurément bien justifié. Pour la première fois peut-être depuis qu'elle avait quitté son paj's natal, elle se trouvait en relation intime avec une personne dont l'âme pure et tendre exhalait ce parfum d'honnêteté qui, chez une femme, demeurera toujours, quoi qu'on en dise, la première des séductions. Lorsqu'elle voulait donner une idée des perfections de son amie : « Les portraits d'imagination, disait-elle, sont les seuls qui lui ressemblent. » Ce portrait, madame Necker essaj^a cependant un jour de l'écrire, et, bien qu'il ait été déjà publié, mes lecteurs me pardonneront d'en rassembler les principaux traits et de les retenir quelques instants de plus en si charmante compagnie.

Alexandre de Boaneval, si coauu sou? le nom deBouueval- Pacha. Elle mourut en 1741.

PORTRAIT d'Emilie.

Heureuses les femmes qui ont su cacher longtemps leurs mérites par la sim[)licité et la modestie, et qui ont appris leur secret aux autres avant de le savoir elles-mêmes ! Heureuses celles qui ont su se faire aimer avant de faire naître l'envie et qui ont jugé de bonne heure que l'exemple donné en silence est le plus utile de tous ! La grande considération dont jouit Emilie dans un âge encore tendre n'est pas due à la seule vertu ; car on trouve des femmes très honnêtes et qui remplissent même des devoirs austères, sans qu'elles aient obtenu cette fleur de réputation que possède Emilie. C'est donc à une pureté intérieure, c'est au caractère de ses pensées qui se peint dans tous ses discours, dans tous ses mouvements et dont sa physionomie est l'image, qu'elle doit l'estime et les égards dont elle est entourée. Cette âme douce et tendre, qui vit au milieu du monde et comme le monde, semble transformer en actions vertueuses toutes les actions indifférentes. Aussi se trouble-t-elle delà moindre omission; aussi rougit-elle encore de s'être aperçue qu'on la regardoit. Emilie connoit donc mieux que personne l'importance des petites choses dans l'exercice de ses devoirs et rien de ce qui peut contribuer au bonheur des autres, ou augmenter leur affection ne lui paroit â dédaigner. C'est par un enchaînement de moyens très délicats, connus ou plutôt devinés par les âmes sensibles et qu'il leur est plus aisé de pratiquer que d'exprimer, c'est par une constance à toute épreuve qu'Emilie s'est frayé une route

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