‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 41 sur 49 · WATELET ET MADAME LECOMTE · texte numérisé non relu

WATELET ET MADAME LECOMTE

dame Necker, avec sa nature toute contraire, avait dû y chercher quelques satisfactions pour son cœur, et, n'y trouvant pas ces satisfactions, elle s'était retirée avec une blessure. « Nous avons, disait le sceptique Chamfort, trois catégories d'amis : ceux qui nous sont indifférents, ceux qui nous sont désagréables et ceux que nous détestons.» Madame du DefFand avait voulu faire de madame Necker une amie de la première catégorie ; mais madame Necker s'en était bien vite aperçue, et madame du Deffand avait passé pour elle dans la seconde.

Contenues dans les limites que je viens d'indiquer, les relations de madame Necker avec la maréchale de Luxembourg et avec madame du Deffand (quelle que pût avoir été dans leur jeunesse la réputation de ces deux dames) n'ont rien, suivant moi, qui doive surprendre. La société a toujours vécu et vivra toujours sur cette demi-morale qui ne sait que ce qu'elle ne peut pas ignorer et qui ne se rappelle que ce dont on la force à se souvenir. Cette tolérance indulgente était poussée encore plus loin au xviii* siècle que de nos jours. C'est ainsi que, dans le monde philosophique où vivait madame Necker, on recevait sans difficulté Watelet ^ et madame Le-

1. Claude-Henri Watelet, né à Paris en 1718, mort en 17S0. Voir, dans les Lettres d'un voyageur, sur la liaison I. 15

comte; Watelet, le fermier général académicien et graveur, l'auieur de VEssai sur les Jardins^ et madame Lecomle, qui avait quitté son mari pour venir habiter avec Watelet à Moulin-Joli. On allait même dîner chez eux, et je ne vois guère que madame de Genlis ' dont la pruderie affectée s'étonne dans ses Mé^noires d'avoir rencontré ce ménage irrégulier en visite chez madame Necker. Cependant madame Necker, élevée dans un milieu si différent devait parfois se sentir mal à l'aise avec ces relations nouvelles, et l'ardeur avec laquelle elle cultiva l'amitié de la duchesse de Lauzun montre bien quel attrait l'honnêteté avait pour elle.

Peut-être s'étonnera-t-on qu'elle n'ait pas recherché davantage l'intimité de ces femmes (comme il y en avait plus qu'on ne croit au

de Watelet et de Marguerite Lecomte, un passage plus poétique que conforme à la vérité. Watelet était, en effet, fort riche et Moulin- Joli une habitation fort luxueuse.

1. Stéphanie-Félicité Ducrest de Saint-Aubin, comtesse ÙQ Genlis, née au château de Champcéry près d'Autun, en 1746, morte en 1830. Outre ses romans, ses contes et son théâtre, elle a laissé dix volumes de Mémoires. La sévérité de jugement dont elle fait preuve à chaque page rappelle involontairement cette épigramme sanglante de Lebrun ;

La Genlis se consume en efforts superflus, La vertu n'en veut pas, le vice n'en veut plus.

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