‹ Le Salon de Madame Necker d'aprés des documents tirés des archives de CoppetChapitre 42 sur 49 · LA MARQUISE DE LA FERTÉ- IMB AULT · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE LA FERTÉ- IMB AULT

xvm* siècle), qui, fidèles à des vertus conservées, comme un héritage de famille, ne prenaient du monde que les devoirs et non les plaisirs, et vivaient dans leur intérieur d'une vie sévère et pieuse. Mais il faut penser que ces femmes-là n'étaient pas très soucieuses de nouer des relations en dehors du cercle de leur parenté et de leurs amis naturels. Sans doute la conversation que dirigeait la maréchale de Luxembourg du haut de son fauteuil ou madame du Deffand du fond de son tonneau, était beaucoup moins faite pour les oreilles de madame Necker, que les graves propos échangés entre la duchesse d'Ayen et ses charmantes filles dans la grande chambre à coucher toute tendue de damas cramoisi à franges d'or, que nous a si bien dépeinte l'auteur de la Vie de madame de Montagu K Mais

l. Anne-Louise-Heuriette dAguesseau, née, eu 1737, petite-fille du chancelier dAguesseau, avait épousé en 1755 Jean-Paul-François de Noailles, duc dAyen. Elle eut de ce mariage cinq filles, appelées avant leur mariage : mademoiselle de Noailles (depuis vicomtesse de Noailles), mademoiselle dAyen (depuis marquise de la Fayette), mademoiselle d'Epernon (depuis vicomtesse du Roure), mademoiselle de Maintenon (marquise de Moutagu) et mademoiselle de Moatclar (depuis marquise de Grammoat). Voir, sur l'intérieur de la duchesse d'Ayen, et sur l'éducation donnée par elle à ses filles, la Sotice sur la vie de la duchesse d'Ayen, par mademoiselle de la Fayette, et la Vie de la marquise de Montagu.

la grande porte de Thôtel de Noailles ne s'ouvrait pas aisément, tandis que la maréchale de Luxembourg, par facilité d'humeur, madame du Deffand, par curiosité d'esprit, faisaient bon accueil aux nouveaux visages. Il n'est donc pas surprenant que madame Necker se soit liée d'abord avec les femmes qui l'attiraient et que celles dont la jeunesse n'avait pas été des plus régulières fussent aussi celles dont la maison se montrât le plus hospitalière.

Je dois avouer cependant que le contraste entre la sévérité dont elle se piquait pour elle-même et l'indulgence dont elle usait vis-à-vis des autres (n'est-ce pas cependant la meilleure règle?) lui fut un jour reproché, comme lui était reproché par ses amis de Genève le bon accueil qu'elle faisait aux philosophes, toute bonne chrétienne et protestante qu'elle était demeurée. A la vérité, ce fut par une femme qui tenait de famille le goût de faire des leçons aux gens : par la marquise de la Ferté-Imbault, la fille de madame Geoffrin. Sous tout autre rapport, il serait difficile de trouver deux personnes plus différentes que ne l'étaient la mère et la fille. Fort entichée d'aristocratie, depuis que son mariage avecun vieux gentilhomme l'avait élevée au rang de marquise, madame de la Ferté-Imbault, professait un souverain mépris pour la société

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