LA MARQUISE DE LA FE RTÉ-IMB A ULT
que rassemblait samëre '. Autant madame Geoffrin était avisée et prudente, autant madame delà Ferté-Imbault était rude et inconsidérée dans ses propos. Par opposition au ton habituel de la conversation des gens de lettres et des philosophes dont madame Geoffrin aimait à s'entourer, tout en tempérant la hardiesse de leur langage, madame de la Ferté-Imbault avait fondé une association bizarre qu'elle appelait Tordre des camarades lampons et des chevalières lanturelus, ordre dont la règle était de simuler la folie en conversation et de dire des bêtises, mais des bêtises spirituelles. C'étaient toutes ces différences qui faisaient tenir à madame Geoffrin ce propos tant de fois répété : « Quand je considère ma fille, je suis comme une poule qui aurait couvé un œuf de cane. » La seule ressemblance qu'elles eussent était le goût de morigéner les gens, et encore cette ressemblance demeuraitelle incomplète ; car madame Geofïrin enveloppait ses gronderies célèbres de tant de précau-
1. Marie-Thérèse Geoffria, née eu 1715, avait épousé en 1733 un petit-lils de Jacques crÉtampes, marquis de la Ferté-Imbault, maréchal de France sous Louis XIV. Après avoir été associée, sous la direction de la comtesse de Marsan, à l'éducation de mesdames Clotilde et Elisabeth de France, et avoir composé pour elle? plusieurs volumes de maximes et de morale, elle mourut en 1791.
tiens, de tant de caresses, de tant de douceurs, qu'elle les faisait accepter sans trop de difficulté, tandis que madame de la Ferté-Imbault, on va le voir, disait leur fait aux gens plus rudement. Elle avait fréquemment rencontré madame Necker chez sa mère, et son premier jugement sur elle avait été empreint de cette malveillance dont elle honorait toutes les personnes pour lesquelles madame GeofFrin témoignait quelque goût. Mais quelques années de commerce avaient fini par lui faire apercevoir que, sous le rapport de la franchise, de la droiture, de l'honnêteté, madame Necker n'était pas inférieure à elle, et, un beau jour, elle s'avisa de l'avertir de ce changement d'opinion. C'était au moment où M. Necker venait d'être nommé directeur du Trésor, sous les ordres de M. Taboureau, qui occupaitleposte de contrôleur général, situation assez délicate pour tous les deux. Dans ces circonstances, madameNecker reçut un beaujour de madame de la Ferté-Irabault la lettre suivante :
A Paris, ce 11) révricr 1777.
Vous m'avez fait l'honneur de me dire lundi, madame, que je vous faisois du l)ien par ma franchise et jiar mon expérience, et, comme je vous estime leaucoup, que j'aime et estime M. Necker, cela m'a échaufé le cœur et l'imagination pour vous, madame, comme si vous étiés une de mes tilles chevalières lau-